Le système de récepteurs cannabinoïdes de notre corps peut jouer un rôle dans la protection de notre système nerveux suite à un traumatisme, affirment des chercheurs israéliens.

Une équipe de l’université Hébraïque de Jérusalem a constaté que les rats et les souris qui ont subi un traumatisme crânien récupéraient nettement mieux de leur traumatisme lorsqu’ils étaient traités avec des composés cannabinoïdes. Cette découverte pourrait éventuellement mener à des essais cliniques dans un proche avenir.

Les cannabinoïdes sont des composés chimiques dérivés du cannabis ou fabriqués industriellement, qui agissent sur des récepteurs cannabinoïdes spécifiques dans les cellules de notre corps. Le plus connu est le tétrahydrocannabinol, ou le THC, le principal composé psychoactif de la marijuana.

Le système endocannabinoïde, les récepteurs naturels du cannabinoïde de notre corps, se trouve dans le cerveau et la plupart des organes du corps et est considéré comme une partie du mécanisme neuroprotecteur chez les mammifères, a expliqué la professeure Esther Shohami de l’université hébraïque de Jérusalem.

Lorsqu’un événement externe comme un accident vasculaire cérébral ou un traumatisme survient, le corps répond en produisant ces molécules qui devraient protéger le cerveau, a précisé Shohami. Dans des études antérieures, les chercheurs ont examiné l’endocannabinoïde 2-AG chez la souris suite à un traumatisme cérébral. Le 2-AG est produit par le corps naturellement, mais dans des quantités relativement faibles qui ne suffisent pas à protéger efficacement le cerveau.

Les chercheurs ont remarqué que les niveaux de 2-AG étaient significativement plus élevés suite à un traumatisme, même s’ils ne savaient pas pourquoi.

« Un niveau élevé ne signifie rien en soi, ce qui compte, c’est ce pourquoi il est là », a déclaré Shohami.

Ils ont administré un supplément de 2-AG dérivé de plantes à des souris suite à une lésion cérébrale et ont constaté que le composé a aidé les souris à se rétablir plus rapidement.

« Il est produit par le cerveau, mais ce n’est pas suffisant pour protéger le cerveau, alors nous avons dû augmenter [la dose] », a indiqué Shohami. « Le cerveau crée une protection. Nous voulions imiter ce que le cerveau fait, et nous voulions le faire mieux ».

Les souris ont seulement reçu une dose unique, mais ont montré des effets positifs jusqu’à trois mois après la blessure. L’effet principal du 2-AG est un effet anti-inflammatoire, a précisé Shohami.

« Le rétablissement suite au traumatisme était meilleur, la fonction motrice, la fonction cognitive [étaient mieux récupérées] », a constaté Shohami. « Tous les paramètres que nous avons examinés dans le cadre du dommage ont été affectés par le 2-AG et étaient meilleurs que les souris non traitées ».

Le problème était que les deux récepteurs cannabinoïdes de type 1 et 2, ou CB1 et CB2, étaient impliqués dans la réponse. Le CB1 est responsable des effets psychoactifs des cannabinoïdes et est moins stable, de sorte qu’il ne peut pas être utilisé comme médicament. Le CB2 n’est pas impliqué dans les effets psychoactifs des cannabinoïdes.

« Si vous pouvez distinguer les deux récepteurs, vous pouvez rendre ce médicament plus attrayant pour l’industrie pharmaceutique, pour que les médecins prescrivent, car la préoccupation concernant les effets secondaires seraient considérablement réduites », a souligné Shohami.

Shohami et son équipe ont développé des molécules synthétiques, modelées sur le 2-AG, qui activent sélectivement les récepteurs CB2 et ne se lient pas aux récepteurs psychoactifs du CB1. Les chercheurs ont examiné l’effet de ces molécules, appelé HU-910 et HU-914, sur des rats suite à un traumatisme crânien fermé. Ils ont étudié les effets des composés à la fois sur le cerveau des rats et sur les voies cortico-spinales, une voie neurale qui part du cerveau et qui s’étend vers le bas de la moelle épinière et qui est responsable du contrôle moteur du corps. Personne n’a examiné les effets du cannabis sur le tractus cortico-spinal avant, a indiqué Shohami.

Les chercheurs ont constaté une amélioration de la récupération après un traumatisme crânien du cerveau et du tract et une amélioration des compétences motrices, qui est un paramètre important pour le rétablissement.

Il n’y a pas de médicaments approuvés pour le traitement des lésions cérébrales, a déclaré Shohami, en partie en raison des échecs dans le développement d’un traitement par l’industrie pharmaceutique dans les années 1990 et 2000, ce qui a rendu les compagnies pharmaceutiques réticentes à s’intéresser à de nouveaux traitements.

« C’est une pathologie très complexe. Le traitement doit être soigneusement conçu à la fois en termes de mécanisme et de synchronisation. Le timing du traitement est très critique et cela a été la base de l’échec de plusieurs essais », a indiqué Shohami.

Le médicament devrait être administré sous forme de dose unique dans une fenêtre thérapeutique spécifique quelques heures après la blessure.

Toutes les données de l’équipe n’ont pas été publiées, mais les chercheurs espèrent que le traitement avancera vers les essais cliniques et finira par devenir un traitement prescrit pour les traumatismes crâniens.

Le professeur Raphael Mechoulam, qui a collaboré à la recherche, a d’abord découvert la structure du THC. Mechoulam a également découvert le système endocannabinoïde dans les années 1990.

Shohami présentera sa recherche, intitulée « Le rôle des récepteurs CB2 dans le rétablissement de la souris après un traumatisme cérébral », lors de la conférence internationale sur le cannabis médical, Cann10, qui se tiendra à Tel Aviv du 4 au 6 juin.