Dans un meeting à guichets fermés la semaine dernière, l’Université du Cap a adopté une proposition appuyant des mesures du mouvement BDS [Boycott, Divestment, Sanctions] contre Israël pour toutes les organisations étudiantes.

La direction de l’université doit cette semaine décider si elle l’adoptera. Les étudiants juifs craignent que leur organisation sur le campus soit interdite, et qu’une période de cauchemar s’installe.

Conformément à la rhétorique anti-israélienne qui balaie l’Afrique du Sud depuis le début de l’opération « Bordure protectrice », le conseil représentatif des étudiants a voté lundi dernier une résolution soutenant le mouvement BDS, déclarant qu’Israël est un Etat d’apartheid, et appelant à l’expulsion de l’ambassadeur d’Israël.

Le conseil étudiant représente et intercède en faveur des 27 000 étudiants de l’Université du Cap (UCT). Après le vote, le conseil a remis sa proposition, qui avait été promue par le Forum Solidarité Palestine demandant d’adopter les mesures de BDS au conseil d’administration de l’université. La direction dispose de sept jours ouvrables pour répondre.

Selon un courriel envoyé par Luigi Bonfig, qui dirige sur le campus la SAUJS, [l’Union sud-africaine des étudiants juifs], la résolution a été adoptée lundi dernier avec neuf voix pour, trois contre et trois abstentions. La SAUJS de l’UCT a été avertie au sujet du vote secret par une personne haut placée sous couvert d’anonymat, écrit Bonfig. La SAUJS demeure la seule organisation juive en Afrique du Sud qui s’adresse aux étudiants juifs.

« Cette résolution est en violation de la Constitution sud-africaine et du Bill of Rights [déclaration des droits]» écrit Bonfig. « Cette résolution est contraire à l’esprit et à l’objet de la Déclaration des droits avec une position qui est fortement biaisée, agressive et conflictuelle car elle est censée représenter les vues et les opinions de tous les Sud-Africains ».

Au Royaume-Uni la semaine dernière, un vote du même type a eu lieu dans lequel le conseil exécutif de l’Union nationale des étudiants de Grande-Bretagne ont poussé les associations étudiantes à adopter les mesures de BDS. La motion a été adoptée comme un amendement à une motion condamnant « la punition collective et la tuerie de Gaza ».

« Ce sont des gens qui disent : ‘le sionisme c’est du racisme’, ‘il faut en finir avec le sionisme’. S’il s’avère que, pour eux, nous sommes une organisation sioniste et nous soutenons Israël, ils peuvent nous bannir et chercher à nous radier », a déclaré Carla Frumer, trésorière de la SAUJS au Cap.

Manifestation à Johannesburg contre l'opération Bordure protectrice à Gaza (Crédit : RODGER BOSCH / AFP)

Manifestation à Johannesburg contre l’opération Bordure protectrice à Gaza (Crédit : RODGER BOSCH / AFP)

Le Forum Solidarité Palestine a organisé un grand rassemblement sur le campus, en proclamant qu’Israël est un Etat d’apartheid et en appelant à des mesures de boycott. Après le rassemblement, Frumer, qui parlait au Times of Israel avait l’air secouée par cette résolution et par le fait que les étudiants juifs de l’UCT puissent vivre dans une atmosphère de peur et de menaces.

« Nous ne devrions pas avoir honte de notre identité sioniste », a déclaré Frumer. Les étudiants du Cap ont décidé d’organiser un rassemblement conjointement avec la communauté juive dimanche après-midi pour montrer leur soutien à Israël. L’événement aurait attiré 3 à 5 000 personnes.

Cependant, l’atmosphère au Cap baigne dans la « palestinophilie » : avec une foule de
30 000 à 50 000 personnes, la manifestation anti-israélienne fut l’un des plus grands rassemblements de la ville depuis la fin de l’apartheid, selon l’AFP.

Ariella Carno, qui dirige la SAUJS, affirme que l’atmosphère en Afrique du Sud n’est pas agréable pour les Juifs en ce moment, mais elle explique que c’est la même histoire chaque fois qu’il y a un conflit dans la bande de Gaza. En fait, dit-elle, l’université de Johannesburg a résisté à une résolution similaire il y a plusieurs années.

Carno rappelle que la résolution a été adoptée par l’ensemble des associations mais non par la direction de l’Université. C’est ce qui s’était produit à Johannesburg. Elle prédit que la même chose devrait encore se produire au Cap.

Malgré tout, c’est une année très difficile. « La Semaine de l’apartheid israélien a été un véritable cauchemar », a déclaré Carno.

A l’université de Johannesburg mercredi, un historien contesté, né en Israël, le professeur Ilan Pappé, a affirmé devant une salle comble que la clé de la paix était de faire d’Israël « un État paria, un Etat voyou à travers le boycott et les actions du mouvement BDS » [Pappé enseigne à l’Université d’Exeter au sud de la Grande-Bretagne].

« C’est beaucoup plus moral et plus efficace que toutes les bombes » a déclaré Pappé, selon le site Middle East Monitor.

Ariella Carno, qui est habituée à la rhétorique anti-israélienne de Johannesburg, souvent plus menaçante, comprend que les étudiants juifs du Cap soient secoués par le rassemblement anti-israélien de jeudi.

« Lorsque les élèves se lèvent contre vous, ils vous donnent envie de fuir et de se cacher sous un meuble » explique-t-elle. Elle a exhorté les étudiants de l’université du Cap à être fiers d’être sionistes et qu’il n’y avait rien à craindre. « Si vous voulez porter un T-shirt de Tsahal sur le campus, allez-y ! » a assuré Carno.

« Ces événements sont liés à la situation actuelle en Israël. Chaque fois qu’il y a un conflit, les campus deviennent fous. Et puis il y a la paix et tout le monde s’inquiète à propos de devoir repasser à nouveau les examens », a déclaré Carno.