Après les protestations d’un groupe juif pacifiste du campus, l’Université Hillel de Princeton a annulé au dernier moment un discours prévu par la vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, qui devait avoir lieu lundi soir.

Citant une « dictature libérale » et accusant le Centre Hillel de « faire taire la voix de la démocratie israélienne », Hotovely prononcera à la place son discours au Centre du Habad du campus.

Hotovely devait parler lundi soir au Centre pour la Vie Juive de Princeton, affilié à Hillel, un réseau d’organisations juives à travers les campus nord-américains.

Dans le cadre de sa visite aux États-Unis, Hotovely prévoyait de prendre la parole et distribuer la nouvelle brochure du ministère des Affaires étrangères dans trois grandes universités de la région de New York.

Citant un récent article du Times of Israel, un groupe appelé Alliance of Jewish Progressives (AJP) a protesté contre la tenue de son allocution.

Les pamphlets pro-israéliens qu’elle voulait distribuer « négligent de façon flagrante toute revendication palestinienne sur la terre et ne représentent rien de plus que de la propagande », a accusé le groupe dans une lettre envoyée au journal universitaire de Princeton.

« Le travail de Hotovely cause des dommages irréparables aux perspectives d’une solution pacifique au conflit israélo-palestinien. Elle a déclaré son opposition à un Etat palestinien et s’est donnée pour mission d’étendre la construction de colonies en Cisjordanie », poursuit la lettre.

Elle a été signée par plusieurs organisations du campus, y compris la branche J-Street de Princeton, et des douzaines d’étudiants à titre individuel.

En conséquence, le Centre pour la Vie Juive à Princeton a décidé de « reporter » le discours de Hotovely « jusqu’à ce que nous puissions examiner correctement le programme par notre comité consultatif d’Israël », a déclaré le directeur exécutif de l’organisation, le rabbin Julie Roth.

« Nous sommes chanceux que nos collègues du Habad aient accepté d’accueillir le programme », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle encourageait les étudiants intéressés à y assister.

« Nous regrettons le changement de dernière minute et nous présentons nos excuses à Mme Hotovely pour le dérangement. Nous sommes impatients de poursuivre un débat solide et sain autour d’Israël dans notre communauté. »

Mais Hotovely n’a pas dit son dernier mot.

« En annulant cette conférence, vous empiétez sur la liberté académique fondamentale des étudiants. Vous niez la liberté fondamentale des élèves d’entendre différents points de vue, de questionner, de contester et de penser par eux-mêmes », écrit-elle dans une lettre à Roth.

« Vos actions vont à l’encontre des principes essentiels de l’éducation, contredisent les valeurs d’une institution d’enseignement supérieur comme Princeton qui s’avèrent être intangibles et indispensables de partager avec ses étudiants », poursuit la lettre. « En outre, en acceptant les exigences des voix radicales, vous faites taire la voix de la démocratie israélienne. »

Hotovely a déclaré plus tard que l’annulation de son discours à Princeton révèle « une crise de valeurs profonde et sévère ». Elle a ajouté : « Une dictature libérale est en train de régner ici ».

Alan Dershowitz, célèbre avocat juif américain et défenseur pro-israélien, a soutenu Hotovely. « C’est une censure scandaleuse », lui a-t-il dit dans un courriel, selon le bureau du vice-ministre des Affaires Etrangères. « Cela suggère que les étudiants n’ont pas la capacité d’évaluer les idées d’un conférencier et ont besoin d’un comité pour leur dire qui ils peuvent écouter. »

En début de semaine, Mme Hotovely a pris la parole à l’Université de Columbia à New York, où ses vues bellicistes sur le conflit israélo-palestinien ont été accueillies avec beaucoup de scepticisme, selon les personnes qui ont assisté à l’événement. Mardi, elle doit s’adresser à l’Université de New York.