Fondée sur une colline escarpée qui surplombe la mer Méditerranée bleu azur, la ville de Haïfa, au nord du pays, parfois appelée la « San Francisco d’Israël », a connu des hauts et des bas en termes de popularité depuis au moins le 3e siècle, lorsqu’elle avait été décrite dans le Talmud comme un petit village de pêcheurs.

Tandis que le quartier du Carmel, au sommet, a longtemps été le centre de l’activité de la cité, un grand nombre d’habitants se dirigent dorénavant vers ce qui était une partie plus douteuse de la ville – la « ville basse », la zone la plus proche du port où les anciens entrepôts de pêche ont laissé la place à des cafés branchés, à des galeries d’art et à des restaurants.

Il y a Hanamal 24, un bistro franco-méditerranéen situé dans un ancien hangar de céréales, qui sert de savoureux macarons débordant de crème aux poireaux et des bonbons au chocolat blanc remplis de pâté.

Le restaurant voisin, Chang Ba, permet de déguster des curry thaï authentiques et épicés et une salade à la papaye fraîche. En descendant encore la rue, rendez-vous au Morel World Tapas and Wine, enseigne aux délicieux accents méditerranéens.

Vous trouverez également des cocktails originaux et des harengs piquants au Venya Bistro, et de robustes saucisses maisons que vous accompagnerez d’une bière artisanale au Libira Brew Pub. (Aucun des restaurants cités ci-dessus n’est casher).

De l’autre côté de la rue, dans le quartier connu comme celui du marché turc historique, vous découvrirez encore plus de bars et de restaurants, dont le populaire Falafel Mishel ainsi que des boutiques locales – dont une ou deux ont déménagé de Tel Aviv à Haïfa.

L’une des nouveautés du quartier est le 1926 Designed Apartments Hotel, avec ses petites kitchenettes dans ses chambres aux couleurs vives.

Le bar du Venya Bistro, l'un de nouveaux établissements de la scène du centre-ville de Haïfa (Autorisation : Avi Shumacher)

Le bar du Venya Bistro, l’un de nouveaux établissements de la scène du centre-ville de Haïfa (Autorisation : Avi Shumacher)

Le quartier a un potentiel énorme, explique Iris Arie, directrice d’Ir Tahtit, l’organisation municipale qui s’est donnée pour objectif de redynamiser le centre-ville de Haïfa.

« Certaines personnes, à Haïfa, croient encore qu’aller dans le centre-ville est dangereux et risqué », dit Arie, qui a déménagé de Jérusalem à Haïfa pour prendre la direction d’Ir Tahtit. « Mes voisins me demandent si j’ai peur ».

La crainte face à l’inconnu a été l’un des défis à affronter lorsqu’il a été question de développer cette partie de Haïfa, qui était connue comme une zone dirigée par les organisations criminelles et qui a longtemps été évitée par les locaux.

Le centre-ville – situé autour du port datant de l’époque médiévale et plus exactement du 11e siècle – a été tout d’abord fondé sous le règne ottoman.

Il est ensuite devenu un pôle commercial majeur qui a été exploité par les Britanniques pendant toute la période du mandat, après la Première Guerre mondiale.

Quand l’état d’Israël a été proclamé, le centre de la vie et des activités à Haïfa s’est déplacé au sommet de la colline, dans le quartier du Carmel, dans lequel se trouvent les résidences plus chics et l’université de Haïfa, ainsi que les hôtels, les musées et les différentes institutions culturelles. Pendant cette période, le centre-ville s’est vidé de toute activité, en particulier le soir.

« Nous voulons que ce secteur redevienne un endroit vivant, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept », explique Arie.

« Que ce soit là où les gens sortent, que ce soit là où ils se promènent. Les gens ne vivent pas encore vraiment ici et c’est notre principal objectif : attirer les jeunes de Haïfa pour qu’ils s’installent dans ces quartiers », ajoute-t-elle.

Un immeuble d'habitation rénové dans le quartier du marché turc de Haïfa (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Un immeuble d’habitation rénové dans le quartier du marché turc de Haïfa (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Aujourd’hui, le centre-ville de Haïfa accueille environ 3 000 résidents, en particulier des artistes ainsi que des étudiants.

C’est à peine suffisant pour former une population locale, souligne Arie, dont l’organisation tente d’attirer la jeune génération dans ce centre urbain, les encourageant à ouvrir des magasins et à s’installer dans les appartements qui sont restaurés au fil du temps.

Elle espère que cette opportunité de nouveauté attirera davantage d’habitants.

« Vous pouvez travailler, faire la fête et vivre ici », dit-elle. « C’est le seul endroit où vous pouvez faire toutes ces choses à Haïfa. C’est plus intéressant pour les jeunes et c’est cette idée que nous essayons de promouvoir ».

Certains locaux ont parfaitement saisi les possibilités induites par ce renouveau.

Il y a les chefs, comme Ran Rosh, au Hanama, qui avait créé son propre restaurant à Paris après s’être formé dans des restaurants deux étoiles du Guide Michelin, qui a fait le pari de s’installer à Haïfa.

Au Morel, Liraz Krispin est venu à Haifa après avoir quitté sa communauté rurale Abirim en Galilée supérieure, conscient qu’il pouvait tirer son épingle du jeu avec cette opportunité qui se présentait à lui.

Jessica Halfin, d'origine américaine, dirige des visites touristiques gastronomiques à Haïfa (Autorisation : Avi Shumacher)

Jessica Halfin, d’origine américaine, dirige des visites touristiques gastronomiques à Haïfa (Autorisation : Avi Shumacher)

Jessica Halfin, Américaine de 34 ans venue en Israël depuis le New Hampshire, a fini par s’installer à Haïfa avec son époux israélien – et maintenant trois enfants en bas-âge.

Cette gastronome est dorénavant à la tête de Haifa Street Food Tours, qui organise des visites touristiques gastronomiques dans les rues de Haïfa, faisant découvrir la toute nouvelle scène culinaire locale aux habitants de la ville et aux visiteurs étrangers.

Halfin est là depuis suffisamment longtemps pour témoigner de la transformation de ces anciennes allées obscures et de ces vieux entrepôts, où les restaurants locaux se butent encore aux entreprises plus traditionnelles.

Elle perçoit dans sa nouvelle ville, celle qu’elle a adoptée, un fort potentiel encore inexploité et vante l’attitude amicale innée des habitants, qui apprécient les charmes simples et familiers de la ville.

« Haïfa, c’est tellement plus que les jardins de Bahai », dit-elle, se référant à l’espace vert impeccablement entretenu qui appartient au Bahai World Center, un site touristique majeur pour de nombreux visiteurs de Haïfa.

Halfin, lors de ses visites gastronomiques, présente aux visiteurs les quartiers plus modestes et plus intimes du centre-ville redynamisé, commençant par le quartier du marché turc (entre les rues Atzmaut et Natanzon, qui mènent à la place de Paris), un secteur résidentiel et commercial établi dans les années 1930 par les ouvriers portuaires qui étaient majoritairement originaires de Turquie.

Elle montre d’abord les points d’ancrage du quartier le long du Boulevard Atzmaut, comme le restaurant familial (et casher) Shany, dirigé par Zvi Abramowitz dont le père, chef pâtissier, prépare encore des tranches épaisses de gâteau aux grains de pavot et des spécialité hongroises crémeuses, ainsi que du hamantaschen aux noix et du rugalech poudreux et tellement généreux en chocolat.

Au bas de la rue, l’enseigne casher Burekas Bachar HaAgala où Avi Alchades, après son père et son grand-père, continue à préparer des tranches fines de pâte à filo sur une plaque en marbre enduite d’huile d’olive, qu’il accompagne d’une combinaison de fromage salé, de champignons et d’épinards avant de faire cuire le tout au charbon.

Des Burekas maison cuites au charbon au restaurant Burekas Bachar HaAgala de Haïfa (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Des Burekas maison cuites au charbon au restaurant Burekas Bachar HaAgala de Haïfa (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le développement du centre-ville de Haïfa a été suffisamment intéressant pour attirer les jeunes qui avaient pu quitter la ville. Ils se retrouvent au sein d’un quartier appelé Mitcham 21, le nom qui désigne ce nouveau regroupement d’artistes et de créateurs dans la zone du marché turc.

Parmi ces nouveaux venus, des artistes nés à Haïfa comme Danny Meler et Romi Eff, qui dirige une coopérative, le Street Rats Studio.

Un mannequin présente les vêtements créés par Romi Eff pour Agoraphobix (Autorisation Agoraphobix)

Un mannequin présente les vêtements créés par Romi Eff pour Agoraphobix (Autorisation Agoraphobix)

Les deux femmes vendent des assiettes blanches en céramique peintes par Meler, des tee-shirts excentriques et des estampes d’icônes de la chanson et du cinéma.

La marque Agoraphobix d’Eff propose pour sa part ses lignes de maillots de bain personnalisées, ses mini-jupes et ses portefeuilles, dont un grand nombre présentent des roses avec des impressions de crâne et de tibia.

Leur inventaire est créatif et audacieux mais il a été difficile de constituer une base de clientèle, reconnaît Meler. Elle a le sentiment que si la ville basse a voulu encourager les entrepreneurs comme elle, elle n’a pas fait suffisamment pour aider à leur réussite.

« Les gens viennent mais c’est plus pour acheter la marchandise que l’art », dit-elle. « C’est dur à accepter ».

La ville basse doit faire davantage que de seulement organiser quelques festivals de rue par an, explique Meler. « Ils sont efficaces pour leurs propres relations publiques », dit-elle. « Mais ils ne font pas suffisamment de choses pour nous ».

L’organisation Ir Tahtit, qui fait partie de la municipalité de Haïfa, a connu des difficultés lors de sa création.

Son premier directeur, Tzahi Turano, a été reconnu coupable en 2010 de falsification de documents alors qu’il gérait la campagne du maire de la ville, Yona Yahav.

Il a alors quitté son poste de porte-parole de la municipalité pendant un moment, puis a pris la fonction de directeur d’Ir Tahtit avant de revenir à la mairie en 2016 au poste de chef de la communication.

Certains propriétaires n’ont pas été convaincus par le travail réalisé par Turano.

« Il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait », dit un créateur israélien qui a été propriétaire d’une boutique dans le centre-ville de Haïfa pendant un court moment. « Il n’a pas aidé les propriétaires de magasins à faire fonctionner leurs boutiques ».

Il y a eu également d’autres problèmes, indique ce créateur, dont le fait que les habitants de Haïfa issus des quartiers de Denya et Carmel sont « terriblement arrogants », ajoute-t-il.

« Ils ne prendraient jamais le temps de s’arrêter dans le centre de Haïfa. Les seuls visiteurs que nous avions venaient de l’extérieur », déplore-t-il.

Cela peut être compliqué de trouver le bon mélange d’activités qui attire les visiteurs, dit Arie.

Les cafés, les bars et les restaurants fonctionnent relativement bien, mais les boutiques connaissent plus de difficultés. « Les gens viennent manger, dîner et faire la fête. Mais ils ne viennent pas acheter », explique-t-elle.

Uri Unger, qui a déménagé ses créations de bijoux LoveNaomi à Haïfa, ville dont il était originaire - depuis Tel Aviv. (Autorisation : Ir Tahtit)

Uri Unger, qui a déménagé ses créations de bijoux LoveNaomi à Haïfa, ville dont il était originaire – depuis Tel Aviv. (Autorisation : Ir Tahtit)

Uri Unger fabrique des bijoux tendance en or pour sa ligne, LoveNaomi, et partage son espace avec Lir Stern, créatrice de mode.

Il est revenu à Haïfa, sa ville natale, depuis Tel Aviv, après avoir été choqué par le prix des locations là-bas.

« Je suis content d’être de retour », dit-il. « Mais oui, les jours peuvent passer sans qu’on ne fasse pas beaucoup de commerce ».

Arie ajoute qu’il est dur d’attirer du monde dans les rues de la ville et dans les boutiques dans l’espace urbain israélien en général.

Les Israéliens préfèrent faire leurs achats dans les centres commerciaux que dans les centres-ville, dit-elle.

« Même la rue Dizengoff à Tel Aviv vit des moments difficiles », dit Arie. « C’est comme ça que le monde urbain se renouvelle – lentement ».

Halfin, qui domine la scène culinaire à Haïfa, pose un regard différent sur les développements en cours au sein de la municipalité, révélant – comme seul une nouvelle venue peut le faire – ce qu’a à offrir sa ville d’adoption.

« C’est vrai, ce n’est pas comme à Tel Aviv, où les gens affluent pour visiter la ville », dit-elle. « Mais à chaque fois que je me promène, il y a un nouvel endroit qui vient d’ouvrir et cela doit vouloir dire quelque chose ».

Tous les commerces et les restaurants mentionnés dans cet article figurent sur le site Internet Ir Tahtit. Vous trouverez aussi une carte pour les piétons détaillant les rues du quartier du centre-ville de Haïfa.