Contrairement à ce qu’affirmaient d’anciennes recherches, le cerveau autiste ne semble pas avoir une forme ou une taille anormale, selon une équipe de chercheurs dirigée par des Israéliens. Le résultat serait que les IRM ne peuvent probablement pas être utilisées pour diagnostiquer la maladie.

De petites études précédentes avaient conclu que les cerveaux de personnes autistes pouvaient être plus larges que la normale dans certaines zones et plus petits dans d’autres.

Pourtant, dans l’étude dirigée par les Israéliens, une comparaion de quelque 1 000 IRM a montré des anormalités dans 3 % des cerveaux des personnes autistes, ce qui ne constitue pas une différence significative médicalement, expliquent les chercheurs.

Publiée dans la revue Cortex Cérébal le mois dernier, l’étude implique que les scientifiques auront à chercher plus en profondeur les marqueurs biologiques du spectre de troubles de l’autisme, si ces marqueurs existent réellement.

« Ces résultats suggèrent que l’autisme n’est pas un trouble associé à une pathologie anatomique et, en conséquence, des mesures anatomiques seules sont susceptibles de ne pas avoir beaucoup d’importance scientifique et clinique pour identifier les enfants, les adolescents et les adultes avec un syndrôme d’autisme ou pour déterminer leur neuropathologie », expliquent le Dr Sigal berman, psychologue, et Shlomi Haar, un étudiant en médecine, tous les deux de l’Université Ben-Gurion, et la Pr Marlene Behrmann, une psychologue à l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh, co-auteure de l’étude.

Depuis au moins 10 ans, les scientifiques ont débattu pour savoir si l’autisme se retrouvait dans la forme du cerveau.

Dans un retour à la pseudo-science de la phrénologie, de nombreuses petites études, la plupart avec 40 ou 50 participants, avaient conclu que l’autisme pouvait être associé à la présence d’une matière grise intra-cranienne, d’une matière blanche et d’un volume des amygdales plus grands, ou avec un volume du cervelet, du corps calleux et de l’hippocampe plus petit. D’autres études n’avaient pas trouvé de tels éléments.

Les chercheurs israéliens et américains ont mis a profit la récente publication de données du centre d’Echange de Donnée de l’Imagerie du Cerveau de l’Autisme pour tirer des conclusions claires. La base de données inclut des IRM du cerveau de plus de 1 000 personnes âgées entre 6 et 35 ans du monde entier, la moitié atteinte d’autisme et l’autre non.

Les chercheurs ont analysé avec précison les IRM, en divisant chaque image du cerveau en plus de 180 zones d’intérêt.

Ils ont procédé à des multiples mesures anatomiques, comme le volume, la surface et l’épaisseur de chaque région. En comparant les cerveaux des personnes autistes à ceux des personnes non autistes, ils n’ont trouvé que des petites différences anatomiques en général. Par contraste, il y avait de grandes différences dans le groupe des personnes non atteintes d’autisme.

« La découverte la plus étonnante a été de voir que les différences anatomiques à l’intérieur même du groupe de contrôle et de groupe autiste étaient immenses et dépassaient largement les différences minuscules entre les deux groupes », a expliqué Dinstein.

En reflétant la tranche d’âge des sujets, « les individus du groupe de contrôle divergent de 80 à 90 % dans leur volume célébral tandis que les différences de volume cérébral entre le groupe autiste et celui de contrôle sont de 2 à 3 % au maximum. Cela nous a conduit à la conclusion que les mesures anatomiques du volume cérébral ou des zones de surface n’offrent pas beaucoup d’informations concernant le mécanisme sous-jacent ou la pathologie des troubles du spectre de l’autisme ».

« Nos conclusions offrent des réponses définitives concernant plusieurs débats scientifiques concernant l’anatomie cérébrale qui ont occupé la recherche sur l’autisme pour les 10 à 15 années passées », a-t-il noté.

En se basant sur ces conclusions, les chercheurs ont déclaré qu’il est peu probable que l’autisme ait un unique marqueur anatomique, de ce fait les IRM ne seront probablement pas utiles pour diagnostiquer les troubles en l’état actuel des connaissances. Plutôt, a déclaré Dinstein, les marqueurs biologiques sont probablement partagés uniquement dans les sous-groupes de personnes autistes.

« S’attendre à trouver une seule réponse pour tous les patients atteints d’autisme est naïf. Nous devons réfléchir à comment séparer ce groupe très hétérogène de troubles en des sous-groupes plus pertinents d’un point de vue biologique », a-t-il expliqué.

Les études précédentes ont montré que les anormalités de taille chez les cerveaux de personnes atteintes d’autisme présentaient très probablement des aperçus de la diversité naturelle de l’anatomie cérébrale, a expliqué Dinstein. L’étude qu’il a menée a finalement pris un regard assez large pour voir comment tous les aperçus s’assemblent, souligne-t-il.

« Le problème avec les petits échantillons, l’hétérogénéité à l’intérieur d’un large groupe et un préjugé scientifique de présenter seulement les résulats positifs, est que les petits échantillons sont susceptibles de produire des différences significatives parmi les groupes autistes et de contrôle dans quelques unes des 180 régions cérébrales », a-t-il expliqué. « Notre étude explique simplement pourquoi cela se produit et met un terme à plusieurs débats de longue date ».