Une entreprise qui construit des navires pour la marine israélienne est possédée par la famille de Samir Moqbel, le ministre libanais de la Défense, a annoncé mercredi la Deuxième chaîne.

La construction de quatre « corvettes Saar 6 », qui devront protéger les champs de gaz naturel offshore d’Israël, a été l’objet d’un accord de 2015 entre l’Etat juif et l’entreprise allemande ThyssenKrupp. Le groupe allemand a sous-traité ce travail au chantier naval possédé par Moqbel, dont le nom est German Naval Yards Kiel. Dans le cadre de l’accord de 2015, d’une valeur de 430 millions d’euros, ThyssenKrupp fournira les quatre navires à Israël sur une période de cinq ans.

Selon la Deuxième chaîne, l’identité du véritable propriétaire de l’entreprise a émergé quand Erel Margalit, député de l’Union sioniste, a récemment envoyé une lettre urgente au procureur général Avichai Mandelblit, lui demandant d’ouvrir une enquête sur cette affaire. Dans la lettre, Margalit affirmait avoir récemment rencontré des « sources importantes » pendant un voyage en Europe, qui l’ont informé de l’identité du propriétaire du chantier naval.

Margalit a également dit à Mandelblit que trois hommes d’affaires israéliens anonymes représentant l’establishment de la défense, deux anciens officiers de la marine et un important avocat, avaient « fait pression » sur le chantier naval, qui s’appelait alors Abu Dhabi MAR, pour qu’il change son nom en German Naval Yards Kiel, couvrant ainsi ses liens avec le monde arabe.

Erel Margalit, député de l'Union sioniste, pendant une réunion de la commission des Finances à la Knesset, le 11 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Erel Margalit, député de l’Union sioniste, pendant une réunion de la commission des Finances à la Knesset, le 11 janvier 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Le fait que l’un des propriétaires de l’entreprise qui construit les navires de guerre d’Israël est le ministre de la Défense d’un pays désigné comme état ennemi et qui, selon des rapports, coopère avec l’organisation Hezbollah et avec l’Iran, allume un voyant rouge », a écrit le député.

Le quotidien Yedioth Ahronoth avait annoncé la semaine dernière que les quatre navires étaient construits dans un chantier naval possédé par des entreprises libanaises basées à Abu Dhabi, mais aussi que des responsables soulignaient qu’aucune information classifiée sur les navires de guerre n’était en jeu.

Yedioth avait cité le chantier naval sous le nom d’Abu Dhabi MAR, expliquant qu’il s’agissait d’un important constructeur naval du Golfe persique, qui gère les quais où les navires sont assemblés.

Samir Moqbel, ministre libanais de la Défense. (Crédit : Sgt. Mick Burke/CC BY 2.0/WikiCommons)

Samir Moqbel, ministre libanais de la Défense. (Crédit : Sgt. Mick Burke/CC BY 2.0/WikiCommons)

Les circonstances de l’accord sont la conséquence d’une tentative de ThyssenKrupp et d’Abu Dhabi MAR, qui a échoué il y a quelques années, de coopérer sur des projets de construction de navires militaires. Un communiqué de presse publié en 2009 sur le site internet de ThyssenKrupp affirmait qu’il traiterait les contrats avec la marine allemande et l’OTAN, et qu’Abu Dhabi MAR s’occuperait du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord.

En 2011, ThyssenKrupp avait annoncé la fin de l’accord avec Abu Dhabi MAR, bien qu’une petite partie de celui-ci ait été effectuée, comme le transfert d’un navire de guerre de Kiel, en Allemagne, appelé HDW Gaarden, à Abu Dhabi MAR. En conséquence, HDW Gaarden avait changé son nom pour Abu Dhabi MAR Kiel. Le site internet de l’entreprise affirme qu’elle est devenue German Naval Yards Kiel en 2015, mais ne mentionne pas de lien avec Abu Dhabi MAR.

Yedioth a déclaré que le changement de nom avait eu lieu deux mois avant l’accord entre Israël et ThyssenKrupp, et citait des sources qui disaient que cela avait pour but de faciliter le contrat avec Israël.

Abu Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, ne reconnait pas l’existence d’Israël et n’entretient pas de relations diplomatiques ou économiques officielles avec l’Etat juif. Israël et le Liban n’ont pas non plus de relations diplomatiques, et dans le cadre de la loi israélienne, son voisin du nord est considéré comme un état ennemi.

Le ministère de la Défense a déclaré à Yedioth dans un communiqué que « le contrat d’achats de navires protecteurs a été signé avec l’entreprise allemande, avec l’implication directe du gouvernement [allemand], qui finance même un tiers du coût de l’achat. »

L'INS Rahav, le plus récent sous-marin d'Israël, partant du port allemand de Kiel vers Haïfa, où il est arrivé en janvier 2016, le 17 décembre 2015. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

L’INS Rahav, le plus récent sous-marin d’Israël, partant du port allemand de Kiel vers Haïfa, où il est arrivé en janvier 2016, le 17 décembre 2015. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

En réponse aux demandes de Yedioth, German Naval Yards Kiel a déclaré être un sous-traitant de ThyssenKrupp Sea Systems, et contribuer à l’ingénierie des vaisseaux et à leur construction sur le chantier naval de Kiel. L’entreprise a souligné que tous les contacts entre le chantier naval et les responsables israéliens passaient par ThyssenKrupp.

Cette dernière révélation intervient peu après la publication d’articles indiquant qu’une entreprise du gouvernement iranien possède 4,5 % de ThyssenKrupp.

Le groupe allemand est lui-même au centre d’un scandale sur l’achat de sous-marins et d’autres services par la marine israélienne.

Mandelblit a ordonné ce mois-ci que la police examine les accusations contre David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui aurait utilisé sa proximité avec ce dernier pour pousser Israël à acheter plusieurs sous-marins à ThyssenKrupp, les navires de défense des champs de gaz méditerranéens et lui permettre de construire un chantier naval en Israël. Shimron était le représentant de l’entreprise en Israël.

Stuart Winer a contribué à cet article.