L’armée travaille, principalement secrètement, pour contrer la menace des tunnels de Gaza et a utilisé près de 100 véhicules d’ingénierie à la frontière pour localiser et détruire les passages souterrains du Hamas en Israël, a déclaré mardi Gadi Eizenkot, chef d’Etat major de l’armée israélienne.

De plus, l’option d’une frappe préventive est « discutée dans les endroits où elle doit être discutée », a déclaré Eizenkot à une conférence en mémoire de l’ancien chef d’Etat major Amnon Lipkin-Shahak au centre interdisciplinaire d’Herzliya.

« Nous avons des capacités sophistiquées », a déclaré Eizenkot, qui pouvait faire référence au système de détection des tunnels qu’Israël a développé en réponse à la mence souterraine de Gaza.

« Nous en faisons beaucoup, mais beaucoup [de ce que nous faisons] est caché du public. Nous avons des douzaines, si ce n’est une centaine, de véhicules d’ingénierie à la frontière de Gaza », a ajouté Eizenkot.

Des soldats israéliens à la frontière avec Gaza, près du kibboutz Nir Am, dans le sud d'Israel, le 13 janvier 2016 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Des soldats israéliens à la frontière avec Gaza, près du kibboutz Nir Am, dans le sud d’Israel, le 13 janvier 2016 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Eizenkot répondait directement aux critiques contre l’armée dans la première version d’un rapport du contrôleur de l’Etat Yosef Shapira, publié la semaine dernière.

« Le projet soumis souligne les lacunes et les échecs, parfois sévères, de la préparation face à la menace des tunnels et du traitement de la question », avait déclaré à ce moment le bureau du contrôleur dans un communiqué.

Le chef d’Etat major a cependant affirmé que les tunnels étaient bien perçus comme une menace centrale contre Israël, et qu’ils étaient traités comme telle. Le calme relatif dans la région, a-t-il ajouté, ne distraira pas l’armée de la menace posée par le réseau souterrain de tunnels du Hamas.

« Nous ne permettrons pas que le fait que le sud soit calme nous aveugle », a déclaré Eizenkot.

L’évènement, intitulé « L’armée et la société israélienne » était la quatrième conférence de la sorte depuis le décès de Lipkin-Shahak en décembre 2012.

Seulement un sur 120 000

Pendant son discours, Eizenkot a défendu la pratique de donner des permis de travail aux Palestiniens comme outil central dans le combat contre les facteurs économiques qui mènent certains Arabes aux terrorisme.

« L’une des questions principales est : ‘qui n’est pas un terroriste ?’, a déclaré Eizenkot. Il n’y a eu qu’un seul cas, pas deux, dans lequel un terroriste avait un permis de travail en Israël. Dans la dernière décennie, sur les plus de 120 000 personnes possédant un permis de travail, il n’y a eu qu’un seul terroriste. »

Non seulement ce programme d’attribution de permis de travail a été une réussite dans la prévention des attaques terroristes parmi ceux qui ont des permis, mais il a aussi eu un impact positif sur leurs familles, a déclaré le chef d’Etat major.

« Combien de membres de la famille de ceux qui possèdent des permis de travail ont mené des attaques ?, a demandé Eizenkot. Un seul, le jeune homme qui a mené l’attaque terroriste à Otniel le mois dernier. Il était le fils de quelqu’un qui possédait un permis de travail. »

Eizenkot a considéré que la responsabilité des violences actuelles allait principalement aux médias palestiniens et à la faiblesse du leadership palestinien à dénoncer le terrorisme, comme beaucoup d’autres responsables israéliens.

Les hommes et femmes palestiniens ne se rassemblent plus physiquement pour planifier des attaques terroristes ou des manifestations violentes, a-t-il dit. « Aujourd’hui, tout se passe sur les réseaux sociaux. »

Un dessin encourageant aux attaques terroristes contre les Israéliens publié sur la page Facebook du Fatah en octobre 2015 (Crédit : capture d'ecran PMW)

Un dessin encourageant aux attaques terroristes contre les Israéliens publié sur la page Facebook du Fatah en octobre 2015 (Crédit : capture d’ecran PMW)

« Environ 90 à 95 % des attaques sont menées par des jeunes hommes ou de jeunes femmes, non mariés, qui prennent une décision, a-t-il déclaré. Ils voient les incitations [à la violence] dans les médias et comprennent qu’il est juste [de commettre une attaque terroriste] pour cette idée. »

En plus des incitations [à la violence] qui encouragent les Palestiniens à prendre un couteau et à poignarder un civil ou un soldat israélien, a déclaré Eizenkot, Israël et les autres pays occidentaux doivent combattre les incitations [à la violence] qui poussent les jeunes hommes et femmes musulmans à rejoindre le groupe terroriste Etat islamique.

« Qu’est-ce qui pousse des milliers de jeunes gens à rejoindre l’Etat islamique depuis le monde entier ? Six cents depuis la Belgique, 2 000 depuis la France, plusieurs centaines depuis l’Angleterre, des centaines d’Australie et même 50 à 70 depuis Israël », a demandé Eizenkot.

Eizenkot a également réaffirmé l’engagement de l’armée à apporter la sécurité aux citoyens israéliens vivant en Cisjordanie, mais a souligné les défis présentés par les attaques improvisées, souvent non planifiées par des individus avec des couteaux ou des voitures.

‘Dans ce tiroir, il y a un couteau’

L’armée israélienne, a-t-il déclaré, a empêché avec succès les attentats suicides bien plus mortels grâce à ses capacités de renseignements. Mais contrairement à ce type d’attaques, qui nécessite de la planification et de la coopération entre plusieurs parties, les attaques au couteau ne laissent aucune piste de renseignements que l’armée pourrait suivre.

« Ce n’est pas la première intifada. Ce n’est pas la deuxième intifada. Il n’y a pas d’organisation », a-t-il déclaré.

« Nous ne voyons pas d’organisations. Nous ne voyons pas le Hamas agir. Oui, ils encouragent, poussent et incitent aux attaques. Ils ont des infrastructures en Cisjordanie qui essaient d’agir, mais elles sont en général traitées par les forces de sécurité », a-t-il déclaré.

A la place, les violences actuelles sont menées par des individus, qui présentent un défi nouveau et unique à l’armée. « Chacun a une cuisine et dans cette cuisine, il y a un tiroir ; et dans ce tiroir, il y a un couteau ; et vous pouvez mettre ce couteau dans votre poche et aller mener une attaque », a expliqué Eizenkot.

Le chef de l’Etat major a applaudi l’armée israélienne pour ses succès jusqu’à présent à servir de tampon entre les attaquants et la population civile vulnérable en Cisjordanie, notant que 80 % des attaques en Cisjordanie avaient été dirigées contre des soldats, et pas des civils.

Eizenkot a rejeté les appels à une large opération militaire en Cisjordanie le long des lignes de l’opération Rempart, faisant écho aux déclarations similaires du ministre de la défense Moshe Yaalon.

Des soldats embarquent l'un des suspects à l'arrière d'un Zeev, un grand véhicule blindé de transport de personnes, à Qalqilya le 14 janvier 2016. Le commandant des soldats, Lt. Col. Nimrod Cibulski, leur a fait éloigner l'adolescent palestinien de sa famille avant de lui attacher les mains et de lui bander les yeux, afin d'épargner au père du suspect la vision de son fils attaché, selon Cibulski. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Des soldats embarquent l’un des suspects à l’arrière d’un Zeev, un grand véhicule blindé de transport de personnes, à Qalqilya le 14 janvier 2016. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

« En Cisjordanie, il y a six brigades qui opèrent, des douzaines de bataillons, plus de cent compagnies, qui nuit après nuit sortent en mission, a-t-il déclaré. Les personnes qui ne connaissent pas les faits sur le terrain appellent à une opération Rempart 2. Mais ceux qui connaissent les faits sur le terrain savent que la situation a changé depuis Rempart et que l’armée israélienne opère librement pour contrecarrer le terrorisme en Cisjordanie. »

Cependant, il y a toujours plus de travail qui doit être fait, a-t-il déclaré. « Nous devons fournir la sécurité et le sentiment de sécurité, sans excuses. »

Eizenkot a brièvement discuté de la controverse entourant l’organisation Breaking the silence, qui a été critiquée pour ses tactiques de dénonciation.

« Les soldats savent ce que sont des ordres légaux et illégaux, et ce qu’est l’esprit de l’armée israélienne. On leur apprend en formation que ce n’est pas votre droit de refuser un ordre illégal, il vous est demandé en tant que soldat de refuser un ordre illégal », a déclaré Eizenkot.

« Nous attendons que nos soldats répondent à des ordres illégaux en temps réel, pas en allant à une conférence trois ans après et disent ‘Je brise le silence’ », a-t-il déclaré.