Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a salué mercredi à Ryad le rôle joué au Moyen Orient par l’Arabie saoudite et marqué la volonté américaine de contrer les efforts de l’Iran pour « déstabiliser » la région.

« Où que vous regardiez » au Moyen-Orient, « s’il y a des problèmes il y a l’Iran », a accusé le chef du Pentagone après des rendez-vous avec le roi Salmane d’Arabie saoudite et le ministre de la Défense saoudien, le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le chef du Pentagone a loué en revanche les efforts de l’Arabie saoudite, chef de file des monarchies pétrolières du Golfe et puissance sunnite de la région, pour « restaurer la stabilité dans cette cruciale région du monde ».

« Il est dans notre intérêt de voir des forces armées et des services secrets saoudiens forts », a-t-il souligné.

L'artillerie de l'armée saoudienne tirant vers le Yémen à partir d'une position près de la frontière saoudo-yéménite, dans le sud-ouest de l'Arabie saoudite, le 13 avril 2015. (Crédit : Fayez Nureldine/AFP)

L’artillerie de l’armée saoudienne tirant vers le Yémen à partir d’une position près de la frontière saoudo-yéménite, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite, le 13 avril 2015. (Crédit : Fayez Nureldine/AFP)

Mais il n’a pas indiqué si les Etats-Unis comptaient renforcer leur soutien militaire à la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite, qui se bat au Yémen contre les rebelles Houthis que l’Iran est accusée de soutenir.

Les Etats-Unis cherchent avant tout au Yémen « à amener ce conflit dans des négociations sous l’égide des Nations unies, pour s’assurer qu’il se termine le plus tôt possible », a-t-il souligné.

Les responsables du Pentagone sont convaincus qu’il faut augmenter la pression militaire sur les Houthis pour les ramener à la table des négociations.

Mais les critiques internationales sur le grand nombre de victimes civiles occasionnées par les bombardements de la coalition arabe rendent plus difficile un engagement militaire accru de Washington au côté des Saoudiens et des Emiratis, les fers de lance de la coalition.

L’administration américaine n’a pas encore indiqué par exemple si elle allait revenir sur le gel de la fourniture de bombes à guidage de précision à l’Arabie saoudite, décidé en décembre dernier par l’administration Obama, inquiète du nombre de victimes civiles au Yémen.

Depuis l’intervention de la coalition en mars 2015, plus de 7 700 personnes, en majorité des civils, ont été tuées et 42 500 blessées dans le conflit au Yémen.

Des enfants yéménites devant une école détruite par une frappe aérienne dans la ville de Taëz, dans le sud du Yémen, le 16 mars 2017. (Crédit : Ahmad Al-Basha/AFP)

Des enfants yéménites devant une école détruite par une frappe aérienne dans la ville de Taëz, dans le sud du Yémen, le 16 mars 2017. (Crédit : Ahmad Al-Basha/AFP)

Toutes les médiations de l’ONU et sept accords de cessez-le-feu ont échoué.

L’administration Trump cherche à réchauffer les relations avec l’allié saoudien, qui s’étaient considérablement refroidies sous l’administration Obama.

L’Arabie saoudite s’était sentie marginalisée pendant la négociation de l’accord sur le nucléaire iranien, signé en juillet 2015 par la précédente administration.

Un nouveau Hezbollah

L’administration Trump compte s’appuyer davantage sur Ryad pour mener sa politique au Moyen Orient, qu’il s’agisse de contrer l’influence iranienne, de lutter contre le groupe Etat islamique, ou bien des efforts pour trouver un accord de paix israélo-palestinien.

Le président Trump a déjà reçu il y a quelques semaines à la Maison Blanche le ministre de la Défense et puissant vice-prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane.

Et le président américain, pour l’instant peu friand de déplacements internationaux, pourrait se rendre en Arabie saoudite, selon Jim Mattis.

Les dirigeants saoudiens s’inquiètent de voir l’Iran s’immiscer dans les pays arabes, utilisant les communautés chiites pour avancer ses pions, comme à Bahreïn, ou au Liban.

Le président américain Donald Trump et le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui est aussi ministre de la Défense, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Le président américain Donald Trump et le vice-prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui est aussi ministre de la Défense, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 14 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Ils trouvent une oreille désormais plus favorable à Washington avec l’administration Trump, qui ne cesse de dénoncer « l’influence néfaste » de l’Iran au Moyen Orient.

« Nous devons empêcher l’effort de l’Iran pour déstabiliser » le Yémen et y créer « une nouvelle milice à l’image du Hezbollah », la très puissante milice chiite libanaise, a ainsi déclaré Mattis mercredi à Ryad.

L’administration américaine aimerait de son côté que le royaume saoudien augmente sa participation à la campagne contre le groupe terroriste sunnite Etat islamique (EI) en Irak et Syrie.

L’Arabie saoudite pourrait par exemple participer avec plus d’opérations aériennes, ou augmenter son effort d’aide humanitaire, avait indiqué mardi un responsable américain de la Défense.

La guerre contre l’EI reste « la priorité numéro 1 » des militaires américains, a-t-il rappelé.

Mattis s’est rendu à Ryad au premier jour d’une tournée au Moyen Orient qui doit le mener également en Egypte, en Israël, au Qatar et à Djibouti, en Afrique.

Certains experts conservateurs américains estiment que les Etats-Unis doivent travailler à la constitution d’un front commun contre l’Iran entre Israël et les pétromonarchies du Golfe qui, pour l’instant, n’ont pas de relations diplomatiques avec l’Etat hébreu.