« Trois fois par an, tous les mâles d’entre vous se présenteront devant l’Eternel, ton Dieu, dans le lieu qu’il choisira : à la fête des pains sans levain, à la fête des semaines, et à la fête des tabernacles ». [Deutéronome 16]

En estimant que « tous les hommes » concernait la famille entière, ce passage du Deutéronome appelait les Juifs à accomplir un pèlerinage dans un lieu d’adoration central trois fois par an. Mais il ne s’agissait pas seulement d’une sortie familiale récréative, dit le rabbin Benjamin Lau, s’exprimant sur le site internet d’études de la Bible 929.org.il (site qui, si vous ne le connaissez pas, vaut le coup d’être découvert). Non, il s’agissait d’une sorte de « rendez-vous » avec le Créateur, où vous le verriez – et où Il vous verrait.

Et comment préparer un événement si important, un de ces moments qui deviendrait sans aucun doute l’un des plus marquants de toute votre existence ? Durant la période du Second Temple, quand observer les préceptes du judaïsme était une manière de vivre, les pèlerins arrivaient vers Jérusalem en nombre depuis tout le monde antique. Ils voyageaient à pied ou à dos d’âne, à cheval ou à chameau. Dans chaque nouveau village, dans chaque nouvelle ville, d’autres voyageurs se joignaient à la procession, convergeant en de larges convois dans ce voyage qui pouvait durer de longues semaines.

Et pourtant, les difficultés de cette longue expédition étaient rapidement oubliées lorsque les pèlerins se rapprochaient de Jérusalem. Brûlants d’excitation, ils savaient qu’ils allaient se plonger bientôt dans le tourbillon d’activités de la Terre sainte et qu’ils pourraient adorer le Seigneur comme Il l’avait commandé.

Bien sûr, quand ils arrivaient enfin, ils ne pouvaient d’aucune manière monter sur le mont, recouverts comme ils l’étaient de poussière et la saleté suite à leur voyage. Même après s’être plongés dans les eaux claires du Bassin du Siloé dans la ville de David, ils n’étaient pas encore prêts à faire un sacrifice dans le Temple : Ils devaient encore purifier leurs esprits et leurs corps dans un bain rituel appelé le mikvé. Et c’est pourquoi, sur les 700 bains rituels qui ont été découverts jusqu’à présent à travers Israël, 200 ont été trouvés dans Jérusalem et, sur ceux-là, seuls 50 se situent à proximité du mont du Temple.

Le début du Circuit des Mikvés à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le début du Circuit des Mikvés à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un grand nombre d’entre eux se situent sous le mur du sud du mont, une zone comblée d’antiquités ouverte aux visiteurs qui pénètrent dans le centre archéologique unique Park-Davidson. Et inutile de se demander pourquoi il y en a autant, explique Gura Berger, qui travaille au sein de l’entreprise de développement de Jérusalem-Est. Au même moment, il pouvait y avoir des milliers de pèlerins qui avaient besoin de ce bain rituel.

Il y a quelques semaines, avec la contribution généreuse du philanthrope australien Kevin Bermeister, l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA) a ouvert un circuit spécial consacré au mikvés dans le parc. Préservé et restauré par l’IAA, il consiste en un parcours bien balisé qui vous emmènera à des douzaines de bains rituels situés sur la route exacte qui était suivie par les pèlerins avant qu’ils ne commencent leur ascension finale.

L’idée, a expliqué Berger alors qu’elle nous guidait le long du circuit il y a quelques jours, est de montrer aux visiteurs venus de tous les horizons à quoi ressemblent les mikvés, comment ils étaient utilisés à la période du Temple et les règles strictes qui étaient appliquées – dont des instructions détaillées d’où venait l’eau (la pluie), ce qu’il fallait porter pour y pénétrer (rien) et comment il fallait s’y immerger (d’un seul coup).

Un ancien mikvé aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un ancien mikvé aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Il est difficile de l’imaginer à moins que vos souvenirs ne remontent aussi loin : mais jusqu’au début des fouilles dans les années 1990, le secteur entier – qui avait été abandonné après l’ère byzantine – était recouvert de terre. Connu sous le nom d’Ophel, il est mentionné à plusieurs occasions dans la Bible en référence à l’espace qui sépare le mont du Temple et la cité de David, où le Roi David avait établi Jérusalem comme étant sa capitale.

Le nouveau circuit commence juste aux abords du mur, au sud, avec une vue des fouilles entreprises en contrebas, dont le site où une minuscule grenade en ivoire – seule relique découverte des trésors du temples du Roi Salomon – a été découverte. Vous pouvez aussi voir, en dessous, une large place qui, durant l’ère Hasmonéenne (au deuxième siècle avant l’ère commune) comportait en fait une citerne aux côtés enduits. L’eau des citernes comme celle-ci servait à alimenter les bains rituels.

Le parc archéologique aux abords des murs de la Veille ville de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le parc archéologique aux abords des murs de la Veille ville de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La Bible parle d’une purification dans l’eau à de nombreuses reprises. Et pourtant, dit Berger, le bain rituel tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a pas été inventé avant la période du Second Temple, lorsque les prêtres ont développé toutes sortes de règles pour permettre l’accomplissement des commandements bibliques.

Selon une tradition plutôt étonnante, l’eau dans les bains n’était jamais sale même si elle n’était jamais changée. Mais une autre affirme également que – même s’il y avait des milliers de personnes circulant dans la zone et que les animaux y étaient abattus sans arrêt – il n’y avait jamais de mauvaises odeurs sur le mont du Temple. Et qu’il n’y avait pas de mouches non plus.

Un ancien bain rituel à découvrir sur le circuit des mikvés de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un ancien bain rituel à découvrir sur le circuit des mikvés de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Il n’y a que peu de Juifs qui sont restés dans la ville après la destruction du Second Temple en l’an 70 de l’ère commune et les autres ont été interdits après la révolte de Bar Kochba (de l’an 132 à 135 de notre ère commune). Plus tard, les habitants de l’époque byzantine ont construit leurs maisons sur les ruines d’un grand nombre de ces structures et ont transformé les bains rituels en réserves ou en citernes. Pendant le circuit, vous pourrez apercevoir les vestiges de l’une de ces maisons, dont un sol en mosaïque avec une inscription grecque : « Heureux sont les habitants de ce foyer ».

Dispersés tout le long du circuit, des douzaines de bains rituels, ainsi qu’une vaste variété de citernes qui servaient à les alimenter. A un moment du parcours, nous arrivons à une citerne immense et profonde. A l’intérieur, il est facile de voir qu’elle a été creusée dans la pierre de calcaire de Jérusalem. Elle est aussi couverte d’un plâtre spécial hydraulique pour empêcher l’eau de s’infiltrer sur les côtés.

Une structure a été partiellement restaurée et s’enorgueillit d’une partie de son toit original. Sur le sol, un dessin de rose, un symbole très commun à Jérusalem. Peut-être parce qu’au moins une source juive interdit aux habitants de la ville d’y planter quoi que ce soit d’autre que des roses.

Une ouverture rectangulaire intéressante et joliment taillée dans la pierre peut avoir avoir fait office de réserve, selon Berger, ou était peut-être une zone d’exposition. L’un des invités venu avec nous sur ce parcours suggère que les marchands ont pu mettre de la glace dans la longue fente verticale placée à côté, pour aider à garder les boissons froides pour les pèlerins au cours de leur ascension.

Deux mikvés trouvés pendant l'ascension du circuit. (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Deux mikvés trouvés pendant l’ascension du circuit. (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Lorsque vous atteignez le fond du parcours, vous aussi commencez alors à grimper. Votre route vous mène à quelques bains rituels larges, ainsi qu’à de plus petits, qui étaient peut-être utilisés pour la purification des animaux et/ou des aliments.

Egalement visible sur cette portion du circuit, des bains rituels dont les marches sont séparées au milieu. La raison de cette division était simple : Vous descendiez dans l’eau remplie de pensées impures – et remontiez dans un état d’esprit complètement différent. Avec un peu de chance, vous n’aviez pas trop froid.

Même si vous étiez un bon marcheur, c’était une longue, très longue ascension vers le Temple. Et elle était difficile : les pèlerins ne profitaient pas de marches boisées et de planches comme celles mises à disposition le long du parcours, les pèlerins les plus fragiles devaient rencontrer des problèmes énormes et les blessures aux pieds devaient assurément s’avérer très douloureuses. Peut-être n’y prêtait-on guère d’attention, tout à sa mission d’adoration de Dieu au Temple. Mais l’IAA veut que les visiteurs ressentent au moins un peu de leur douleur, et a donc laissé une petite fraction du circuit qui vous permettra de grimper sur ces roches de pierres non pavées.

Le circuit des mikvés s'arrête à la porte Hulda, autrefois ouverte aux pèlerins mais fermée dorénavant depuis longtemps (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le circuit des mikvés s’arrête à la porte Hulda, autrefois ouverte aux pèlerins mais fermée dorénavant depuis longtemps (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le circuit s’arrête au pied des escaliers qui montent aux portes de Houldah, à partir desquelles les pèlerins entraient dans le mont du Temple. Même si les portes ont été bloquées il y a longtemps, une portion du beau linteau est encore visible. Tandis que certaines des marches ont été réparées, la majorité reste identique à ce qu’elles étaient il y a deux mille ans. Leur taille et leur irrégularité obligeaient les marcheurs à avancer lentement, et peut-être à méditer sur le caractère sacré du site qu’ils étaient sur le point de visiter.

Certains spécialistes pensent que les portes ont été nommées d’après la prophétesse Houldah, qui avait vécu à l’époque du Premier Temple. Houldah avait déclaré que Dieu avait demandé la destruction de Jérusalem parce que ses habitants étaient devenus des idolâtres. Elle avait été l’une des prophétesses à amener le roi Josué à faire des réformes tellement complètes que le Seigneur avait reporté ce désastre à un autre temps.

Mais il est possible que le nom « Houldah » vienne du mot hébreu qui signifie taupe (holed). Une fois que les pèlerins avaient traversé les portes, ils se retrouvaient dans de longs tunnels. Lorsqu’ils sortaient enfin de ces « terriers », ils se trouvaient aveuglés par le soleil qui se reflétait sur les murs du Temple.

Le chemin emprunté par les anciens voyageurs juifs est aujourd'hui un site populaire pour les pèlerins chrétiens modernes (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Le chemin emprunté par les anciens voyageurs juifs est aujourd’hui un site populaire pour les pèlerins chrétiens modernes (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Toute la journée, de nombreux pèlerins chrétiens contemporains prennent tranquillement place sur les marches ou les montent avec déférence en chantant des hymnes de louanges. Si vous prenez le temps de les regarder, vous pourrez imaginer ce que les pèlerins juifs peuvent avoir ressenti alors qu’ils grimpaient le mont du Temple. Peut-être chantaient-il un verset du Psaume 126: « Cantique des montées. Quand Yahvé ramena les captifs de Sion, nous étions comme en rêve ».

Peut-être devaient-ils appeler au silence les jeunes, plus bruyants, regardant avec une crainte entremêlée de respect les portes du Temple qu’ils étaient en train de franchir.