Le Congrès juif européen (CJE) s’est dit « préoccupé » par la montée de l’antisémitisme qu’il observe en Pologne et par la « détérioration » des relations entre le gouvernement conservateur nationaliste polonais et la communauté juive, dans un communiqué diffusé jeudi.

Dans une condamnation exceptionnellement sévère, le Congrès juif européen (CJE) affirme que le gouvernement polonais montre une « absence de préoccupation étonnante » vis-à-vis de l’antisémitisme et qu’elle utilise de manière « transparente la tactique diviser pour mieux régner » envers les Juifs.

« Nous avons récemment observé une hausse spectaculaire (du nombre) d’incidents antisémites en Pologne, qui semblent coïncider avec la rupture par le gouvernement polonais de la communication avec les représentants officiels de la communauté juive », a regretté Moshe Kantor, le président du CJE, dans ce communiqué rendu public à Bruxelles.

La déclaration jeudi suit une querelle ouverte entre les dirigeants juifs polonais sur la question de savoir si la Pologne a connu une hausse des incidents ou du sentiment antisémite depuis la montée en puissance du parti nationaliste Droit et Justice en 2015.

La déclaration du CJE apporte son soutien aux affiliés polonais de l’organisation, à l’Union des communautés juives de Pologne et à la Communauté juive de Varsovie dans leur conflit contre d’autres organisations juives en Pologne.

Le conflit a éclaté plus tôt ce mois-ci, lorsque les dirigeants des groupes affiliés au CJE ont accusé le gouvernement d’avoir permis, sinon encouragé, une augmentation présumée de l’antisémitisme. D’autres dirigeants juifs ont contesté cette affirmation en expliquant que cette accusation était une tactique partisane contre le parti au pouvoir par les affiliés du CJE.

« Le CJE note l’absence de préoccupation étonnante du gouvernement de la Pologne envers la croissance et la normalisation de la rhétorique antisémite et xénophobe dans le pays ces derniers temps », indique le communiqué.

Le Congrès juif européen s’inquiète particulièrement de « slogans fascistes » et de drapeaux de groupements d’extrême droite « apparaissant régulièrement aux cérémonies d’Etat », ainsi que de cas de propos antisémites dans des médias publics et sociaux.

Selon le CJE, depuis un an environ aucun ministre polonais n’a rencontré de responsables de l’Union des communautés juives de Pologne, l’organisation « représentative » des moins de 10 000 personnes que compte la communauté juive dans ce pays de 38 millions d’habitants.

L’utilisation « transparente de la tactique diviser pour mieux régner des cadres du parti Droit et Justice, en cherchant à choisir ses interlocuteurs juifs sélectionnés au détriment des dirigeants des organisations communautaires officielles et représentatives en Pologne nous laisse pantois et nous rappelle des temps beaucoup plus sombres en Europe, quand les gouvernements ont choisi leurs Juifs. »

Dans son communiqué, M. Kantor espère que le gouvernement polonais va « contenir cette haine et agir avec force contre elle ».