En dépit des objections de la ministre de la Culture, Miri Regev, la municipalité de Haïfa a confirmé que le rappeur palestinien Tamer Nafar ferait un concert mardi pendant la soirée d’ouverture du festival Neve Yosef Community Center, qui se déroule pendant le Festival International du Film de Haïfa.

Deux militants d’extrême-droite ont été interrogés par la police plus tôt cette semaine après avoir écrit sur Facebook qu’ils « projettent de détruire la performance ». Les deux personnes, des membres du parti Likud, ont été libérées lundi avec une ordonnance de restriction les empêchant de perturber la performance.

Regev a, sur Facebook dimanche, essayé de convaincre le maire de Haïfa, Yona Yahav, d’annuler la participation de Nafar à l’événement, parrainé par la municipalité. Mais après quelques hésitations, la ville a confirmé lundi que l’événement se déroulerait comme prévu.

Dans sa lettre adressée à Yahav, Regev a écrit : « cela me trouble qu’un festival comme le Festival du Film de Haïfa, qui en est venu à incarner la qualité et les liens étroits entre les nations et les pays, ait choisi de donner une plate-forme à un artiste comme Tamer Nafar, qui profite de toutes les occasions et toutes les plate-formes possibles pour s’exprimer contre l’idée de l’Etat d’Israël et de son existence en tant qu’Etat juif ».

Elle a ajouté que « les fonds publics ne devraient pas être utilisés pour soutenir les militants qui cherchent à saper l’autorité de l’État, ses valeurs et ses symboles au nom de l’art et de la liberté d’expression ».

La ville a rejeté sa demande, affirmant dans un communiqué lundi soir que, malgré la confusion et les objections au sujet du spectacle, il aurait lieu comme il avait été initialement annoncé.

« Le spectacle d’ouverture du festival Neve Yosef Community Center, qui permet une rencontre entre la culture juive et arabe à Haïfa, aura lieu comme prévu », a déclaré la municipalité. « Nous invitons le public à venir profiter de l’événement qui favorise le partenariat et le dialogue ».

Nafar a également utilisé Facebook pour affirmer que de nombreux résidents de Haïfa lui avaient envoyé des messages pour lui dire qu’ils l’accueilleraient, « parce que Haïfa est fière de la coexistence entre Arabes et Juifs dans la ville ».

Nafar chantera aux côtés de la chanteuse Dikla, une Juive israélienne ayant des origines iraquienne et marocaine, et Gili Yalo, un activiste anti-racisme qui a immigré en Israël depuis l’Ethiopie quand il était enfant.

Beaucoup des chansons de Nafar parlent de l’oppression et de la violence israélienne. Regev, dans son message Facebook, a mis en avant les paroles de la chanson « Who is a terrorist « [« Qui est un terroriste »], de Nafar avec son groupe DAM, qui inclut les paroles suivantes : « La démocratie ? Pourquoi ? Cela me rappelle les nazis, Vous avez violé l’âme arabe, Et elle est tombée enceinte, donnant naissance à un enfant appelé ‘attaque terroriste’, Et puis vous nous appelez terroristes » (traduit de l’arabe par les artistes).

Nafar fait souvent allusion au poète palestinien Mahmoud Darwish dans ses chansons. Regev a précédemment qualifié Darwish, considéré comme le poète national palestinien, comme le « chef de file de l’industrie palestinienne des mensonges », ajoutant que « dans ses poèmes, il prêche des objections à l’existence d’un Etat juif ».

Le rappeur a déclaré mardi qu’il n’y avait rien de mal à avoir des chansons avec des paroles de Darwish, et que, à Haïfa, il présenterait une chanson basée sur un poème Darwish qui dit : « Allons ensemble sur deux chemins différents, allons-y alors que nous sommes unis et séparés, allons chacun sur son chemin et rencontrons-nous au milieu, allons-y le chanteur et son amour, allons et soyons libre ».

Nafar dit que le message de cette chanson est l’unité, et qu’il interprétera également une chanson basée sur un poème de la poète juive pré-étatique, Rachel Bluwstein.

La chanson de Darwish est tirée du film controversé « Junction 48 » réalisé par Udi Aloni, qui a joué le rôle de Nafar. Il raconte l’histoire d’un jeune artiste qui lutte contre les préjugés juifs et la répréssion des Arabes dans la ville de Lod. Le film a remporté le prix du Meilleur long-métrage international en avril 2016 au Festival du film de Tribeca. En février, le film a remporté le prix du public du Festival du Film International de Berlin.

À l’époque, Regev avait déclaré au sujet du film qu’Israël ne devrait pas financer des films qui calomnient le pays.

Sur son site Internet, DAM – le sigle pour Da Arabian MCs – prétend être le premier groupe de hip hop palestinien, formé à la fin des années 1990 après avoir été inspiré par la « ressemblance troublante de la réalité des rues » dans leur quartier de Lod, près de Tel-Aviv, aux scènes filmées dans un clip du rappeur américain Tupac Shakur.