L’auteur d’origine libanaise Wajdi Mouawad présente au théâtre national de la Colline qu’il dirige à Paris « Tous des Oiseaux », une pièce de près de 4 heures en quatre langues, arabe, hébreu, anglais et allemand autour de l’identité et du conflit israélo-palestinien.

L’auteur de la formidable fresque du « Sang des promesses » au festival d’Avignon (2009) écrit aussi des oeuvres plus intimes autour de la famille, « Seuls » et « Soeurs » (bientôt complétés par « Frères », « Père » et « Mère »). « Tous des Oiseaux » se situe à mi-chemin entre les deux, à la fois fresque historique et histoire intime d’une famille juive très particulière.

Le fils, Eitan, rencontre à New York une fille belle comme le jour, Wahida (« l’unique » en arabe), et tous deux s’aiment sans qu’à aucun moment leur origine ne fasse obstacle. Mais ces « Roméo et Juliette » modernes seront bien vite rattrapés par leur clan : la famille juive d’Eitan rejette par tous ses pores cette jeune arabe qu’aime leur fils.

Dans une scène savoureuse, la famille se déchire autour du repas de Pessah. Les parents d’Eitan, David, d’origine israélienne et Norah, dont les parents allemands de l’est et communistes ont gommé leur judaïté, rivalisent de sectarisme tandis que le grand-père, qui est pourtant celui qui a vécu l’Holocauste, est le plus modéré.

A la fin de ce repas raté, Eitan, qui est généticien, prélève l’ADN de ses parents sur les couverts et fait une étrange découverte : son père n’est pas le fils du grand-père juif. Il se lance alors dans la recherche de la vérité en Israël. Tout va exploser dans ce voyage : la famille et le jeune couple, victime d’un attentat sur le pont Allenby, frontière avec la Jordanie.

Wajdi Mouawad, dont on connaît l’écriture prolifique, entremêle avec cette histoire familiale la grande histoire – la guerre de 1948, les massacres de Sabra et Chatila en 1982 au Liban, les attentats d’aujourd’hui – mais aussi l’épopée extraordinaire de Léon l’Africain, diplomate et historien arabe du 15e siècle fait prisonnier par des chrétiens et converti au Christianisme. « On appelle cela une rencontre avec l’idée absolue de l’autre », écrit-il dans sa note d’intention.

Toute la pièce est donc une tentative d’ « aller vers l’ennemi, à l’encontre de sa tribu ». Wajdi Mouawed cite la jolie légende de l’oiseau qui se fait amphibie pour aller voir le monde merveilleux des poissons. L’oiseau va magiquement développer des ouies.

La pièce généreuse de Wajdi Mouawad pèche parfois par un manque de nuances et un trop plein de bonnes intentions. Les comédiens gagneraient à nuancer le jeu, souvent au bord du cri.

Mais le public de la Colline a accueilli avec ferveur une oeuvre qui prend à bras le corps les déchirures d’aujourd’hui.