Un rapport spécial établi par le contrôleur de l’Etat quelques jours avant la commémoration par les Israéliens de Yom HaShoah dépeint une image choquante de l’échec du gouvernement à aider les survivants de la Shoah, qui s’éteignent au nombre de 1 000 par mois.

Le rapport, publié mercredi par Yossef Shapira, décrit une coopération gouvernementale médiocre, une incapacité à utiliser les fonds prévus dans les budgets, des lois complexes et difficiles à appréhender pour les survivants âgés, dont un grand nombre ne peut ni utiliser Internet, ni s’exprimer correctement en hébreu, ce à quoi vient s’ajouter un manque total de soutien gouvernemental aux survivants arrivés en Israël dans les années 1990 depuis l’ancienne Union soviétique.

« Plus de 70 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les survivants vivent aujourd’hui en Israël dans des conditions qui ne sont pas dignes, où aucune réponse satisfaisante n’est apportée à leurs besoins variés », écrit le contrôleur.

Environ 158 000 rescapés de la Shoah vivent en Israël, en plus de 56 000 individus reconnus victimes du racisme et de l’antisémitisme. Leur moyenne d’âge s’élève à 85 ans.

State Comptroller Yosef Shapira (photo credit: Uri Lenz/Flash90)

Le contrôleur de l’Etat Yossef Shapira (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Le rapport révèle que malgré une décision gouvernementale d’étendre les services d’aide sociale aux survivants et l’allocation de 60 millions de shekels pour cet objectif, le ministère des Affaires sociales n’est pas parvenu à finaliser un programme d’utilisation de ces fonds ou à obtenir l’approbation du plan par le ministère des Finances.

En conséquence, en 2016, le ministère n’a utilisé que 4,3 millions de shekels sur la somme globale de 27,3 millions qui était disponible.

« En raison des retards dans l’approbation du programme et dans l’allocation des fonds, on empêche les survivants de la Shoah de bénéficier de services qui pourraient améliorer leur bien-être, des repas chauds, des traitements médicaux, des interphones d’urgence, et principalement des activités susceptibles de réduire, d’une manière à ne pas négliger, le sentiment de solitude », écrit Shapiro.

« Au vu de l’âge et de l’état de santé des survivants de l’Holocauste, le retard dans la fourniture de services sociaux nécessaires est critique et chaque retard cause des préjudices importants au bien-être des rescapés, dont le nombre ne cesse de diminuer. »

Shapira dénonce également l’autorité en charge des survivants de la Shoah au ministère des Finances, qui échoue à coordonner les différents organismes, au sein du gouvernement comme en-dehors de celui-ci, qui sont supposés apporter leur aide aux rescapés. Cet échec, estime-t-il, a créé un manque dans la fourniture de certains services qui sont assurés par des associations.

Ces organismes non-gouvernementaux travaillent sans orientation, sans priorités convenues, sans coordination entre eux ou avec le gouvernement, et avec une allocation budgétaire insuffisante, déplore-t-il.

Au mois de novembre, le contrôleur de l’Etat avait condamné l’Autorité chargée des survivants de l’Holocauste pour n’être pas parvenue à restituer environ 84 % des propriétés et des actifs aux rescapés de la Shoah et à leurs descendants.

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la réunion de la commission de nomination judiciaire au ministère, à Jérusalem, le 22 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ayelet Shaked, ministre de la Justice, pendant la réunion de la commission de nomination judiciaire au ministère, à Jérusalem, le 22 février 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le rapport de mercredi met également en cause la ministre de la Justice Ayelet Shaked, coupable de ne pas avoir établi de réglementation pour la compagnie de restitution de l’Holocauste, qui doit achever sa mission en 2017. La compagnie aide les survivants en utilisant les recettes des biens qui n’ont pas été réclamés.

Il note également que les survivants arrivés en Israël depuis l’ancienne Union soviétique dans les années 1990 et qui, aujourd’hui, constituent environ un quart de tous les rescapés vivants en Israël, ne sont pas éligibles aux traitements mensuels et vivent donc souvent dans un état de pauvreté extrême.

« On n’entend pas parler du cas de cette population, lit-on dans le rapport. Elle ne bénéficie pas de pension ou d’une base économique alternative autre que les prestations d’assurance nationale. En raison de l’absence d’une autre option, ces rescapés vivent des existences modestes et renoncent à des nécessités essentielles. »

« La manière dont l’Etat gère les survivants de l’Holocauste à la fin de leurs jours peut probablement influencer la mémoire de la Shoah pour les générations à venir et servir de test élémentaire pour son traitement des personnes âgées en Israël », conclut Shapiro.

« Le temps passe… Les rescapés, qui ont vécu les événements de l’Holocauste, méritent de vivre les derniers jours de leur existence dans la dignité, et d’être reconnus de façon appropriée. »