L’armée israélienne a employé le controversé protocole Hannibal, qui accorde aux soldats une liberté d’action quasi totale afin d’empêcher la capture d’autres soldats, pendant une opération de sauvetage dans le camp de réfugiés de Qalandiya lundi soir, a déclaré l’armée.

La directive a été ordonnée après que deux soldats de l’armée israélienne ont été forcés d’abandonner leur véhicule après avoir été attaqués quand ils sont accidentellement entrés dans le camp, nécessitant une mission de sauvetage.

Le rare protocole, considéré comme une mesure de dernier ressort, est généralement ordonné pour empêcher le possible enlèvement de soldats israéliens et est considéré comme un engagement opérationnel majeur, impliquant l’usage possible d’une puissance de feu massive, même au risque de mettre en danger la vie du soldat enlevé.

L’armée a déclaré qu’elle avait employé la mesure après avoir réalisé qu’un soldat avait disparu, pour « garder tout le monde sur la même longueur d’onde », a déclaré un porte-parole de l’armée.

« Après avoir localisé un des soldats et avoir réalisé qu’un autre manquait, possiblement enlevé, la procédure a été déclarée sur le terrain afin d’élever le niveau de vigilance et d’allouer les ressources militaires nécessaires pour localiser le soldat, » a déclaré l’armée.

La directive a été effective pendant environ une demi-heure, jusqu’à ce que le second soldat atteigne l’implantation voisine de Kochav Yaakov et n’établisse un contact avec l’armée.

« L’urgence a été annulée 30 minutes plus tard, une fois que le second soldat a été retrouvé, » a déclaré l’armée.

L’utilisation de cette mesure a d’abord été annoncée par le quotidien Haaretz.

L’incident a commencé quand deux soldats non combattants se sont perdus et ont conduit un véhicule militaire dans Qalandiya juste avant 23h00, et sont arrivés sous un feu de cocktails Molotov et de pierres.

Les soldats ont fui leur véhicule après qu’il a été attaqué et incendié, mais ont été séparés l’un de l’autre.

L’un des soldats a été retrouvé par les forces en environ une demi-heure, selon l’armée. Le soldat a été tracé via son téléphone portable, a déclaré mardi matin à la radio militaire le porte-parole de l’armée Moti Almoz.

Des affrontements avec les résidents ont duré jusqu’aux premières heures du matin, alors que les soldats tentaient d’extraire la jeep militaire brûlée du camp de réfugiés. Pendant les combats, un Palestinien a été tué, des douzaines de plus blessés et 10 membres des forces de sécurité israéliennes ont été blessés.

L’homme palestinien tué pendant les affrontements a été identifié comme un étudiant de 22 ans de l’université Al-Quds, originaire de Qalandiya, Iyad Amr Sajdiyeh. Le Croissant Rouge palestinien a déclaré qu’il avait été touché à la tête.

Parmi les forces israéliennes, qui comprenaient à la fois la police des frontières et l’armée, un a souffert de blessures modérées et les autres ont été enregistrés en condition correcte après avoir été emmené dans un hôpital de Jérusalem, selon l’armée.

Le protocole Hannibal a été créé en 1986 par trois officiers israéliens : Yossi Peled, anien chef du commandement du Nord, Gabi Ashkenazi, qui deviendra le chef d’Etat major de l’armée israélienne, et Yaakov Amidor, haut officier du renseignement et ancien conseiller à la sécurité nationale.

La directive a été conçue un an après l’asymétrique accord Jibril, dans lequel Israël a échangé 1 150 prisonniers sécuritaires contre trois soldats israéliens, et plusieurs mois après l’enlèvement consécutif des soldats Yosef Fink et Rafael Alsheikh. L’idée était d’établir une procédure, connue de tous les soldats, pour limiter le succès des opérations d’enlèvement.

« Ce dont nous avions besoin était de la clarté, » avait déclaré Amidror au Times of Israel en 2014, pendant l’opération Bordure protectrice.

Ce qui a surgi était un protocole qui ordonnait aux soldats d’éviter l’enlèvement d’un autre soldat, « même au prix de nuire ou de blesser nos soldats », mais sans tenter directement de les tuer.

Le lieutenant Hadar Goldin, 23 ans de Kfar Saba, a été tué à Gaza le 1er août 2014. (Crédit : capture d'écran Ynet)

Le lieutenant Hadar Goldin, 23 ans de Kfar Saba, a été tué à Gaza le 1er août 2014. (Crédit : capture d’écran Ynet)

La directive a été utilisée le 1er août 2014 pendant l’opération Bordure protectrice quand on pensait que Hadar Goldin avait été pris en otage à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Cet incident avait remis au premier plan la directive controversée, les défenseurs des droits de l’Homme affirmant que la directive violait les lois internationales puisque si elle était appliquée dans une zone urbaine, elle menacerait les vies de beaucoup trop de civils.

Quand le protocole Hannibal a été déclaré, une colonne de tanks aurait chargé dans les quartiers inhabités de Gaza. Des bulldozers ont détruit des maisons. Des batteries d’artillerie, des tanks et des avions ont ouvert le feu, isolant la zone de l’enlèvement, et auraient ciblé tous les véhicules quittant la zone.

Le bilan avait atteint 150 morts, selon des informations palestiniennes.

Goldin, a ensuite déterminé l’armée tard la nuit suivante, avait été tué dans l’attaque initiale. Son corps est toujours retenu à Gaza, selon des officiels israéliens.

Mitch Ginsburg a contribué à cet article.