En couple à la ville, Charlotte Gainsbourg et Yvan Attal sont dirigés à l’écran pour la première fois ensemble depuis 18 ans dans « Son épouse » de Michel Spinosa, un drame teinté de spiritualité et de fantastique, tourné en grande partie en Inde.

Ce film sombre, en salles mercredi en France avant notamment la Suisse et la Belgique, raconte l’histoire de Joseph (Yvan Attal), inconsolable depuis la mort de sa femme Catherine (Charlotte Gainsbourg), ancienne toxicomane décédée en Inde.

Gracie (jouée par l’actrice indienne Janagi), une jeune Tamoule hantée par le souvenir de Catherine et persuadée d’être possédée par elle, est victime de troubles du comportement depuis son mariage. Joseph décide de se rendre en Inde pour la rencontrer.

Le film est centré sur l’histoire d’amour entre Joseph et Catherine et le cheminement du personnage d’Yvan Attal, qui va apprendre à s’ouvrir et à faire son deuil, confronté à un phénomène de possession auquel il ne croit pas et à sa propre culpabilité par rapport à sa femme.

« Son épouse » est nourri aussi de flash-backs sur la vie de Catherine, qui donnent le rythme du film, et permettent de comprendre les zones d’ombre de sa relation compliquée avec Joseph.

Yvan Attal au Festival de Cannes 2009 (Crédit : CC BY Georges Biard/Wikimedia Commons)

Yvan Attal au Festival de Cannes 2009 (Crédit : CC BY Georges Biard/Wikimedia Commons)

Le quatrième long métrage de Michel Spinosa, après « Emmène-moi », « La Parenthèse enchantée » et « Anna M. », signe le retour à l’écran du couple Gainsbourg/Attal, convaincant dans l’interprétation de ces époux torturés.

Après s’être rencontrés sur le tournage du film « Aux Yeux du monde » d’Eric Rochant (1990), les deux acteurs, ensemble dans la vie depuis plus de 20 ans, ont joué tous les deux dans « Amoureuse » de Jacques Doillon (1991) et « Love, etc » de Marion Vernoux (1996).

Ils se sont retrouvés pour les films réalisés par Yvan Attal, « Ma femme est une actrice » (2001), « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » (2003) et « Do Not Disturb » (2012). Mais ils n’avaient plus joué ensemble sous la direction d’un autre réalisateur depuis « Love, etc ».

« Travail d’anthropologie »

« Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas travaillé ensemble, ils en avaient envie tous les deux, ils avaient des scènes intenses à jouer, et leur complicité a permis d’aller très vite très loin », souligne Michel Spinosa.

« Ils n’ont pas énormément de scènes ensemble, mais à chaque fois c’était euphorisant de voir à quel point chimiquement ça fonctionnait ».

Le réalisateur, qui s’était déjà intéressé à la maladie mentale dans « Anna M. » — dans lequel Isabelle Carré incarnait une femme érotomane délirante persuadée d’être aimée –, approfondit ici l’exploration des troubles psychiques, mais à travers le prisme de la spiritualité et de la mystique indienne.

Pour se pencher sans jugement sur le phénomène des « peys », esprits malfaisants qui s’emparent des corps, « extrêmement partagé » en Inde, il dit avoir « rencontré beaucoup de psychiatres » sur place et avoir « fait un travail d’anthropologie, en se plongeant d’abord dans la vaste littérature existante ».

Au delà, le cinéaste s’intéresse plus largement à la question de la possession. « Je suis d’abord parti de l’histoire d’amour du couple, puis le thème central a pris corps en Inde, en travaillant sur la prise en charge des troubles mentaux là-bas. La notion de possession y est centrale », explique-t-il.

« La possession m’intéressait non pas comme un phénomène folklorique ou fantastique, mais davantage comme une métaphore, une métaphore du deuil : être endeuillé, c’est être en quelque sorte possédé par l’être disparu, par l’être aimé », poursuit-il, ajoutant que la toxicomanie est aussi « une forme de possession ».

Pour ce film, qui alterne couleurs froides pour la partie française et chaudes pour les scènes indiennes, Michel Spinosa a fait appel aussi à nombre d’acteurs indiens, dont Janagi, l’actrice qui interprète Gracie, qui n’avait jamais fait de cinéma auparavant.