Olivier Schrameck, président du Conseil supérieur de l’audience (CSA) dans un courrier, a priori sans précédents, juge avec une grande sévérité un reportage diffusé par M6 en décembre 2016 intitulé « Jérusalem : quand la ville se déchire ».

Suite à la diffusion du reportage, une manifestation avait été organisée devant le siège de M6 pour protester « contre la désinformation et le mensonge » le 22 décembre qui avait donné lieu à quelques incidents mineurs.

Plusieurs sites d’informations, dont le Times of Israël, avaient participé à la déconstruction et à l’analyse du reportage.

Dans son courrier, adressé au BNVCA qui avait protesté suite à la diffusion de ce reportage, le CSA explique qu’il « a vivement regretté que le traitement historique du conflit, au début de l’émission, ait été exposé de manière imprécise et erronée. »

Olivier Schrameck, président du CSA. (Crédit : ComCSA/CC BY-SA 4.0/WikiCommons)

Olivier Schrameck, président du CSA. (Crédit : ComCSA/CC BY-SA 4.0/WikiCommons)

Mais, de manière insolite, le Conseil va plus loin en considérant que « le traitement réservé à ce sujet manquait de pondération – en particulier par les choix des personnes interrogées et des situations particulières exposées – et était ainsi de nature à venir alimenter sur le territoire national des tensions et des antagonismes au sein de la population ou d’entraîner, envers certaines communautés ou certains pays, des attitudes de rejet ou de xénophobie. Il a donc demandé aux responsables de la chaîne de veiller à mieux respecter, à l’avenir, les dispositions précitées de l’article 22 de sa convention ainsi que de la recommandation du 20 novembre 2013. »

Quelques exemples d’informations tronquées avaient été évoquées suite à la diffusion du reportage. En 1967, explique la voix off aux alentours des 9 minutes, Israël entre en guerre contre ses voisins et annexe la Cisjordanie, « c’est le début de l’occupation des territoires palestiniens. » Tout d’abord, la raison de cette « entrée en guerre » n’est pas donnée. Que l’existence même de l’Israël naissant fut menacée par ses trois voisins, l’Egypte, la Jordanie et la Syrie, n’est simplement pas évoqué.

Présentant en une formule les causes de la dernière et meurtrière « Intifada des couteaux », Bernard de la Villardière en trouve l’origine dans « les multiples provocations des Juifs extrémistes » se rendant sur le mont du Temple.

Son équipe a-t-elle sciemment ignoré la campagne massive, tant sur les réseaux sociaux arabes que sur les ondes radio émanant de l’Autorité palestinienne, alertant les Arabes d’une reconquête imminente du mont du Temple par les hordes juives ?

De la même manière, le reportage expliquera (≈20 mn) que les « Juifs extrémistes entraînent des réactions tout aussi radicales » pour mettre en balance les visites sur le mont du Temple et les meurtres par couteaux d’Israéliens poursuivis dans la rue.

A travers tout le reportage, Israël est toujours perçu comme supérieur en puissance et « dominateur » pour reprendre le triste mot du Général de Gaulle, ce qui n’a pas échappé au CSA.

Cependant le reportage mettait aussi en lumière les pratiques incitatives du groupe terroriste palestinien du Hamas qui gouverne la bande de Gaza (« ils appellent ouvertement à la haine au nom d’Allah ») et sur la « guerre de l’image » (≈18mn) menée par les leaders arabes pour enrager les foules et les inciter à passer à l’action.