Le Danemark a dévoilé jeudi un plan pour combattre le terrorisme doté de 130 millions d’euros, moins d’une semaine après avoir été frappé par des attaques qui ont fait deux morts.

Préparé avant les attentats, le plan doit permettre aux services de renseignement de mieux surveiller les Danois qui pourraient partir rejoindre des organisations extrémistes comme l’Etat islamique, ou encore de « contrer la radicalisation en prison », a expliqué la chef de gouvernement Helle Thorning Schmidt.

« Nous voulons faire en sorte que les services de renseignement soient à même de surveiller les Danois qui partent à l’étranger pour participer à des activités extrémistes », a-t-elle ajouté, au cours d’une conférence de presse à Copenhague.

Près de la moitié des sommes prévues dans ce plan sur quatre ans sont réservées aux renseignements militaires, principalement sur la surveillance en dehors du territoire.

Par rapport à sa population, le Danemark est après la Belgique le deuxième pays d’où partent le plus grand nombre de djihadistes en Syrie et Irak.

Beaucoup reviennent, et le gouvernement craint comme ses homologues européens qu’ils ne s’en prennent à leurs concitoyens.

L’auteur présumé des attaques de Copenhague, Omar El-Hussein, a fait état en prison de son projet d’aller combattre au Moyen-Orient, mais les services de renseignement n’ont pas trouvé de trace d’un voyage en Syrie ou en Irak.

Ses cibles, un débat sur la liberté d’expression avec un artiste qui avait caricaturé Mahomet puis une synagogue, ont fortement rappelé les attentats de Paris en janvier, qui ont visé le journal satirique Charlie Hebdo puis un supermarché cacher.

Le Danemark s’interroge à son tour sur la radicalisation en prison

La transformation du Danois d’origine palestinienne Omar El-Hussein de délinquant en auteur présumé d’une des pires attaques terroristes de l’histoire de son pays, soulève à nouveau l’épineuse question de la radicalisation islamiste en prison.

Le jeune homme était amateur d’armes, toxicomane et l’auteur d’une agression au couteau quand il est parti derrière les barreaux fin 2013.

Libéré en janvier 2015, âgé alors de 22 ans, il tue le week-end dernier deux personnes en ouvrant le feu contre un centre culturel qui accueillait un débat sur l’islamisme et la liberté d’expression, puis contre une synagogue.

« Il était fou. Quand il est sorti de prison il était complètement dingue », témoigne un chauffeur de taxi du quartier de logements sociaux où il a passé son enfance.

El-Hussein affichait un intérêt quasi exclusif pour l’islam quand il a retrouvé ses amis. « Ces choses dont il parlait nous passaient complètement au-dessus de la tête », a confié l’un d’eux au journal Berlingske.

Fini de discuter de filles ou de voitures: il pensait à Gaza et voulait rejoindre le paradis.

Alors qu’il purgeait sa peine dans le même établissement que Sam Mansour, un islamiste radical condamné plusieurs fois pour incitation au terrorisme, l’administration pénitentiaire avait signalé le risque qu’il se radicalise.

Les services de renseignement soutiennent aujourd’hui qu’ils n’avaient « pas de raison » de soupçonner le projet d’une attaque aussi violente.

Le secrétaire d’un syndicat du personnel pénitentiaire, Kim Østerbye, voit la radicalisation comme un phénomène « répandu » chez les détenus musulman et assure que beaucoup ont accueilli avec joie les attaques djihadistes contre le journal satirique Charlie Hebdo et un supermarché cacher en janvier à Paris.

Selon lui, certains parlaient ouvertement de faire subir le même sort au Jyllands-Posten, le quotidien danois qui a provoqué de grandes manifestations dans le monde musulman en publiant en 2005 des caricatures de Mahomet. « Ce sont des accès de rage, des cris de colère », rapporte Østerbye.

‘Lavage de cerveau’

Secrétaire d’un autre syndicat pénitentiaire, John Hatting plaide pour préserver les jeunes d’origine étrangère « vulnérables » des islamistes notoires.

« Il faut les sortir de là où ils peuvent en influencer d’autres (…) de manière à ce qu’ils ne soient entourés que de Danois » (sous-entendu sans origine étrangère), dit-il à l’AFP.

La prison est un lieu où beaucoup se cherchent et veulent donner un sens à leur existence, ce qui en fait une proie pour les extrémistes, estime le syndicaliste.

L’idée fait son chemin jusqu’au plus haut sommet de l’État. « Nous voulons contrer la radicalisation en prison. Cela peut se faire par exemple par en compartimentant plus ou en plaçant plus souvent à l’isolement », a déclaré jeudi la chef du gouvernement danois Helle Thorning-Schmidt.

Un ancien détenu a raconté à la télévision publique DR comment d’autres avaient voulu l’endoctriner pour haïr les Danois et les juifs. « C’est du lavage de cerveau. Ils essaient de s’approcher et de devenir amis », a-t-il témoigné anonymement.

La France connaît bien la problématique. Deux des auteurs des attentats parisiens, Amédy Coulibaly et Chérif Kouachi, se seraient mués en islamistes radicaux en prison, où ils se sont rencontrés. De même que deux autres Français, Mohamed Merah, qui a tué en 2012 trois militaires ainsi qu’un enseignant et trois enfants juifs devant une école du sud de la France, et Mehdi Nemmouche, qui a abattu quatre personnes au musée juif de Bruxelles en 2014.

El-Hussein correspond à un profil de plus en plus fréquent dans les prisons danoises, d’après Østerbye: le jeune homme lié à une bande dans un quartier à forte population immigrée, alternant délits et séjours en prison.

« Plusieurs personnes issues des milieux criminels, y compris des gangs, adhèrent aux milieux islamistes », estimait l’an dernier le Centre danois d’analyse du terrorisme.

Pour Louise Aagaard Larsen, spécialiste de la criminalité qui contribue à la formation du personnel pénitentiaire, l’enfermement peut avoir « fait basculer » El-Hussein, mais le seul fait d’être détenu ne suffit pas à pousser les délinquants à se tourner vers des idéologies extrémistes.

Elle évoque aussi le cas de jeunes Danois radicalisés revenus de Syrie qui ont rejoint des bandes de délinquants plutôt que poursuivre le djihad en Europe.

« La question en ce qui concerne ces jeunes, c’est de savoir si c’est l’islam, le trafic d’herbe ou le sentiment d’appartenance qui les motive », souligne-t-elle.