La vague actuelle d’attaques à Jérusalem et les affrontements entre les jeunes Palestiniens et les forces de sécurité israéliennes indiquent clairement que la ligne politique favorite du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de ses ministres – à savoir “gérer le conflit” plutôt que de le résoudre est en train de créer une réalité très difficile pour la capitale de l’Etat d’Israël.

Le statu quo tient en Cisjordanie, à l’exception peut-être de l’attaque à la voiture près du camp de réfugiés d’al-Aroub au nord d’Hebron, mercredi soir. Les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont réussi, durant le conflit de cet été entre Israël et le Hamas, et aussi depuis, à maintenir un calme relatif.

Il n’y a presque plus d’attaques venant de Cisjordanie. L’appareil sécuritaire de l’Autorité palestinienne, malgré son accord d’unité avec le Hamas, n’a cessé d’arrêter des membres du Hamas et du Jihad islamique. Pendant les deux mois qui ont suivi l’opération Bordure protectrice, l’Autorité palestinienne a détenu plus de 250 activistes des deux organisations.

Même à Gaza, un calme relatif domine. Certes, il y a bien de temps en temps une roquette tirée par un groupe terroriste mais, dans l’ensemble, il semble qu’Israël et le Hamas souhaitent maintenir le calme.

Pourtant, dans la capitale, le statu quo s’écroule rapidement, ou plutôt, un nouveau et violent statu quo se profile : des attaques sont suivies par encore plus d’attaques, le Mont du Temple continue à être l’épicentre de tensions grandissantes, et dans les quartiers comme Shuafat ou les villages comme Silwan et Issawiya, des jeunes lancent des pierres contre les forces de sécurité presque chaque jour.

Pourquoi tout cela a-t-il lieu à Jérusalem, et pas ailleurs ?

Une des raisons majeures est le manque de “message” clair du côté palestinien. Alors qu’en Cisjordanie le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas continue à gouverner, et que dans le bande de Gaza, le Hamas impose le calme, à Jérusalem – la capitale unie et éternelle auto-déclarée – c’est le gouvernement et les forces de sécurité israéliens, seuls, qui cherchent à mettre un terme à la violence, sans beaucoup de succès.

Des années de négligence envers Jérusalem-Est de la part de la municipalité, de la Police de la ville et du gouvernement israélien ont contribué à l’intensification des frictions : une haine ouverte s’est développée. Le camp de réfugiés de Shuafat, où se trouve la maison d’Ibrahim al-Akary, le terroriste qui a perpétré l’attaque meurtrière mercredi contre des piétons le long du tramway, constitue un exemple classique.

C’est une zone située entre les quartiers juifs de la Colline française et Pisgat Ze’ev, où les forces de sécurité israéliennes ne vont pas. Elle ne fait pas partie de la zone municipale de la ville, mais elle n’est certainement pas sous contrôle de l’Autorité palestinienne. C’est devenu un incubateur de criminels, de trafiquants de drogue, et bien-sûr d’organisations palestiniennes comme le Hamas et le Fatah.

Quant au mont du Temple, on a beaucoup parlé et écrit pendant des années au sujet d’une potentielle escalade de la situation. Mais on pourrait parfois avoir l’impression, à la lumière des événements de ces dernières semaines, que des extrémistes musulmans et juifs ont joint leurs forces pour essayer de provoquer une escalade irrémédiable. Des groupes israéliens de droite, soutenus par plusieurs députés, demandent clairement de changer les arrangements pour permettre la prière juive sur le mont du Temple tandis que des groupes palestiniens radicaux déforment et exagèrent la menace envers la mosquée al-Aqsa. La rhétorique incendiaire échauffe les passions au coeur de ce site très sensible et disputé.

Mardi après-midi, un message aux musulmans a été publié, les appelant à se présenter le lendemain à la mosquée al-Aqsa pour la protéger des extrémistes juifs. Cela venait en réaction à des appels de groupes juifs invitant à aller prier sur le mont du Temple.

Presque inévitablement, mercredi matin, les affrontements ont commencé dans l’enceinte du site entre des dizaines de Palestiniens et les forces de police. Al-Jazeera et d’autres médias ont diffusé en boucle les images des forces de sécurité se précipitant sur le mont du Temple et lançant des gaz lacrymogènes. Quelques heures plus tard, Akary lançait son attaque terroriste.

Le frère du terroriste, Musa, était un membre du groupe qui a enlevé et tué le soldat Nissim Toledano en décembre 1992. Musa a été arrêté et emprisonné avec trois autres membres de sa cellule. Il a été par la suite relâché grâce à l’accord Shalit, puis expulsé en Turquie.

Quelques jours après le meurtre de Toledano, le gouvernement d’Yitzhak Rabin a décidé d’expulser 415 membres du Hamas et du Jihad islamique à Marj al-Zuhur, au Liban. Cet endroit est devenu un camp d’entraînement pour les activistes et un terreau fertile du radicalisme. Un an et demi après, sous la pression américaine, Israël a finalement reconnu la dangerosité de ce site et beaucoup d’expulsés sont rentrés chez eux.

Il est plus que probable que Musa ait influencé les activités de son frère, même s’il est difficile d’en connaître les détails. Cette influence familiale est similaire à celle subie par le terroriste qui a planifié l’enlèvement et le meurtre des trois adolescents israéliens en juin, Hussam Kawasme. Lui aussi avait un frère au Hamas qui avait été libéré grâce à l’accord Shalit et également été expulsé à Gaza.

Il semble que, comme avec les expulsés vers Marj al-Zuhur, les terroristes relâchés en octobre 2011 et expulsés vers la Turquie et Gaza sont devenus plus dangereux avec le temps, peut-être même plus que les terroristes qui sont rentrés chez eux en Cisjordanie. Ceux qui ont été expulsés en Turquie et à Gaza bénéficiaient d’une immunité relative à Ankara, à Istanbul ou à Khan Younis.

L’escalade de violence à Jérusalem va probablement continuer, en partie du fait de l’absence de progrès dans le processus politique avec les Palestiniens.

Netanyahu et ses conseillers sont fermement persuadés que la situation actuelle, avec son lot de problèmes, est largement préférable à un retrait de Cisjordanie et à l’établissement d’un Etat palestinien, surtout au regard de la sévère instabilité qui règne au Moyen-Orient et à l’avancée de l’extrémisme islamique.

Il difficile de dire s’ils ont raison ou pas. Mais en l’absence d’un « horizon politique », et avec les extrémistes des deux parties qui essaient d’enflammer la situation en se focalisant sur la poudrière qu’est la question du mont du Temple, les conséquences sont évidentes.

Les dernières élections de mi-mandat aux Etats-Unis laissent peu de place à l’optimisme au sujet d’un renouveau du processus de négociation. Il est difficile d’imaginer un président Obama affaibli s’embarquer dans une nouvelle aventure diplomatique qui n’apportera aucun progrès réel, et encore moins un véritable accord de paix. Les mesures unilatérales prévues par les Palestiniens auprès de l’ONU et d’autres instances internationales ne vont pas non plus calmer les esprits, bien sûr.

Cette semaine, un haut fonctionnaire de l’AP et du Fatah a déclaré au Times of Israel que les récents affrontements à Jérusalem ne sont, à bien des égards, qu’un échauffement en attendant quelque chose de plus grand s’il n’y avait pas de percée politique.

Lorsqu’on lui demande pourquoi Abbas et les autres dirigeants ne font rien pour calmer la situation, il explique que l’AP et le Fatah ne veulent pas perdre encore plus le soutien de la rue palestinienne, et surtout pas au profit du Hamas.

La même explication avait été donnée par les hauts responsables palestiniens au début de la seconde Intifada. Presque mot pour mot.