Le Musée des Beaux-Arts de Berne, la capitale helvétique, a annoncé mercredi avoir été choisi à sa grande surprise par l’Allemand Cornelius Gurlitt comme héritier de sa fabuleuse collection d’oeuvres comprenant des tableaux de maître volés à des juifs sous le nazisme.

Le Musée a indiqué dans un communiqué avoir été « informé par un message téléphonique et écrit de Me Christophe Edel, l’avocat de M. Cornelius Gurlitt » décédé mardi.

Des centaines d’oeuvres d’art avaient été saisies il y a deux ans à Munich (sud de l’Allemagne), dans le cadre d’une enquête pour fraude fiscale, chez M. Gurlitt, un vieil homme solitaire et discret, fils d’un marchand d’art au passé trouble sous le IIIe Reich. Parmi elles, des Chagall, Matisse, ou Picasso…

L’affaire avait fait la Une des médias internationaux et relancé le débat sur la restitution des oeuvres dérobées aux juifs durant la dictature nazie.

Un tableau, la « Femme assise » de Matisse, est notamment réclamé par les héritiers du marchand d’art juif français Paul Rosenberg, grand-père de la journaliste française Anne Sinclair.

« M. Cornelius Gurlitt a institué pour légataire universel, la fondation de droit privé du Musée des Beaux-Arts de Berne », selon le communiqué.

Le Musée bernois s’est dit très surpris de ce choix, soulignant n’avoir « à aucun moment entretenu la moindre relation » avec le collectionneur allemand.

Il a reconnu que ce legs, dont la valeur n’a pas été avancée mais qui, selon les médias allemands, se chiffre en dizaines de millions d’euros et pourrait même atteindre un milliard d’euros, « pose toute une série de questions épineuses, notamment de nature juridique et éthique ».

Le Musée déclare encore attendre d’avoir consulté les documents du legs et pris un premier contact avec les autorités compétentes, avant de prendre position.

Le Musée de Berne est le plus ancien de Suisse. Il est doté d’une collection permanente prestigieuse comprenant des Monet, Picasso, Giacometti, Rothko, Dali, entre autres.

Cornelius Gurlitt connaissait la ville de Berne. Ses ennuis avec le fisc allemand avaient commencé après qu’il eût été trouvé par des douaniers avec de l’argent liquide dans un train arrivant de Suisse. Il avait expliqué que cet argent venait de la vente d’un tableau dans une galerie d’art de Berne.

Interrogé par l’AFP, le porte-parole de Gurlitt, Stephan Holzinger, n’était pas en mesure d’expliquer le choix de confier la collection à une institution suisse. « Je ne dispose d’aucune information expliquant pourquoi M. Gurlitt a choisi le musée de Bern (…) Je ne veux pas spéculer sur pourquoi il n’a pas choisi l’Allemagne », a-t-il dit, tout en soulignant que l’affaire était loin d’être bouclée.

La justice allemande devra en effet déterminer « si le testament est valable », puis « dans le cas où le musée des Beaux-Arts de Bern est bien l’héritier légal et s’il accepte cet héritage alors le musée devra régler toutes les questions juridiques dont la question des restitutions d’œuvres d’art volées » sous le nazisme, a-t-il expliqué.

Sans enfant, Cornelius Gurlitt avait une sœur, déjà décédée.

Le transfert des oeuvres vers la Suisse ne sera de toute façon pas une simple formalité. « A partir du moment où il est question de transférer (des œuvres d’art) à l’étranger, la loi (allemande) prévoit qu’on examine si les peintures doivent faire partie de la liste nationale des biens artistiques de grande valeur », a expliqué à l’AFP Ludwig Unger, porte-parole du ministère régional de la Culture de Bavière.

Quand c’est le cas, une autorisation administrative est nécessaire.

« Une commission mise en place par le Land de Bavière devra décider si les œuvres doivent faire partie de cette liste. Je pars du principe que ce sera le cas pour quelques un des tableaux », a déclaré M. Unger.

Début avril, M. Gurlitt, 81 ans, avait conclu un accord avec l’Etat allemand pour restituer à leurs ayants droit les peintures provenant de spoliations par les nazis, à condition qu’ils soient identifiés dans un délai d’un an.

« L’accord conclu engage aussi les héritiers », a souligné mardi une porte-parole du ministère régional de la Justice de Bavière.

Cet accord portait sur les 1 406 oeuvres retrouvées à Munich mais ne concernait pas les 238 oeuvres de l’octogénaire conservées dans une autre de ses propriétés à Salzbourg (Autriche).

L’existence de ces tableaux supplémentaires, dont 39 huiles et des aquarelles signées aussi des plus grands noms, avait été révélée à la presse en février dernier.