Au moins trois menaces palestiniennes sont devenues un rituel récurrent au cours des derniers mois : 1/ la démission de Mahmoud Abbas de la présidence de l’Autorité palestinienne ; 2/ la démission du chef palestinien des négociations Saeb Erekat (une décision qu’il a déjà prise à d’innombrables reprises dans sa glorieuse carrière, mais il est pourtant toujours là) ; 3/ la dissolution de l’Autorité palestinienne.

D’abord et avant tout, que les choses soient claires : un scénario dans lequel l’Autorité palestinienne serait dissoute est possible, mais sa probabilité est faible, voire inexistante.

Les discussions des derniers jours sur un possible démantèlement de l’AP ont pour l’essentiel eu lieu dans la presse israélienne, mais ce débat n’a que très peu été évoqué par les médias et les dirigeants palestiniens.

Une dépêche publiée dimanche soir par l’agence de presse palestinienne Maan mentionnait l’article d’origine du Yedioth Aharonoth.

L’agence de presse Maan cite des responsables palestiniens qui affirment avec force que l’idée d’une dissolution serait « sérieusement » envisagée par les dirigeants de l’AP si les négociations n’étaient pas prolongées.

Les mêmes responsables précisent qu’il ne s’agit pas de « menaces en l’air ou de discours creux. » Mais ce sont précisément ces déclarations insistantes qui montrent qu’il s’agit de discours fantasques, du moins pour le moment.

Il est difficile de dire d’où proviennent les menaces les plus récentes. Des responsables israéliens qui souhaitent alerter la population israélienne d’un possible échec des négociations pourraient en être à l’origine. Il pourrait également s’agir des émissaires d’Abbas.

Le ministre des affaires religieuses de l’AP Mahmoud al-Habash, un proche d’Abbas, a indiqué il y a plusieurs jours, lors d’une conversation avec des journalistes israéliens à Ramallah, que le démantèlement de l’AP était à l’étude et pourrait même avoir lieu avant la fin de l’année.

Le ministre des Affaires religieuses de l'Autorité palestinienne Mahmoud al-Habash (Crédit : Issam Rinawi/Flash 90)

Le ministre des Affaires religieuses de l’Autorité palestinienne Mahmoud al-Habash (Crédit : Issam Rinawi/Flash 90)

Pourtant, il ne s’agit pas d’une option réaliste.

Bien sûr, c’est une menace qu’Abbas est presque contraint d’agiter face au blocage des négociations et devant le marasme économique que rencontre le gouvernement palestinien.

Et sans nul doute, cette menace sera brandie à maintes reprises dans les jours à venir alors qu’approche la fin de la période de neuf mois de négociations (le 29 avril est dans seulement une semaine).

Il s’agit presque de l’ « arme du jugement dernier » contre Israël, une menace qui crée de la dissuasion au sein de l’opinion publique israélienne.

Mais de nombreuses mesures pourraient être envisagées par les Palestiniens avant d’opter pour un choix aussi extrême. L’agence Maan note d’ailleurs que beaucoup de responsables de l’AP sont opposés à une telle façon d’agir. Il y a plusieurs raisons à cela.

Pendant toutes les années de la seconde Intifada et par la suite, Abbas a clairement affirmé qu’il s’opposait à la violence. Il sait que le démantèlement de l’AP conduirait au chaos et provoquerait d’innombrables actes violents, non seulement contre Israël mais aussi au sein de la société palestinienne.

Pour Abbas, la dissolution de l’AP n’est pas une option, car le Hamas est une menace bien plus sérieuse qu’Israël.

L’absence d’un appareil sécuritaire fonctionnel renforcerait le pouvoir du Hamas et mettrait gravement en danger la vie de chaque responsable de l’AP et du Fatah, sans exception.

Le nerf de la guerre

En outre, il est impossible de faire fi des considérations économiques.

Les responsables palestiniens bénéficient financièrement de l’existence de l’AP et, en plus de leurs salaires, ils bénéficient de nombreux avantages : des liens avec Israël, une participation à des projets économiques, etc.

Une autre considération, tout aussi importante, qui rend presque impossible le démantèlement, est le sort réservé aux 150 000 salariés de l’AP et du Fatah en Cisjordanie et à Gaza, qui touchent un salaire mensuel et sont les moteurs de l’économie palestinienne.

La disparition de l’AP condamnerait près d’un million de personnes non seulement au chômage, mais aussi à la pauvreté et, potentiellement, à la famine.

Abbas ne souhaite pas installer le chaos dans les Territoires.

Il a très bien compris qu’un démantèlement de l’AP ramènerait les villes palestiniennes une décennie en arrière, ce que personne ne veut du côté palestinien.