Mark Okoth Obama Ndesandjo habite en Chine et a la même voix grave et les intonations du Midwest américain que son demi-frère. C’est le genre de similitude sur lequel s’appuie M. Obama Ndesandjo lorsqu’il s’adresse à la presse, à l’occasion de la sortie de son livre auto-publié, intitulé « Cultures : La découverte de moi-même, une odyssée ». Un livre qui porte sur sa famille et sur son demi-frère, président des Etats-Unis.

« C’est difficile d’écrire sur soi », a déclaré M. Obama Ndessandjo. « Le genre autobiographique se démarque du reste de la littérature parce qu’il touche non seulement l’auteur, mais parle aussi de vraies personnes, et cela a donc plus d’impact. C’est une grande responsabilité. »

Basé à Shanghaï, il habite en Chine depuis 12 ans et y a rencontré sa femme. M. Obama Ndesandjo est un écrivain, musicien et calligraphe. Il a décidé d’écrire son autobiographie au moment où Barack Obama était en pleine ascension politique, avant son premier mandat.

Né du même père que Barack Obama et d’une mère juive américaine originaire de Boston, Ruth Ndesandjo, il fait partie des huit demi-frères et demi-sœurs du président américain.

Mark Obama Ndesandjo et son autobiographie (Crédit: Mark Obama Ndesandjo)

Mark Obama Ndesandjo et son autobiographie (Crédit: Mark Obama Ndesandjo)

C’est là que les choses se compliquent : M. Obama Ndesandjo a grandi au Kenya, loin de son demi-frère qui, lui, a été élevé aux Etats-Unis par la deuxième épouse de son père. Ann Dunham, anthropologue, a découvert que son mari n’avait pas divorcé de sa première femme quand il l’a épousée.

Le couple a divorcé en 1962 et Ann Dunham s’est remarié avec Lolo Soetoro, avec qui elle a eu une fille, Maya Soetoro-Ng, demi-sœur de Barack Obama. Pendant ce temps, les parents de M. Obama Ndesandjo se sont mariés en 1964. Le jeune Mark est resté en Afrique avec sa mère et son petit frère.

L’idée de ce livre sur la « culture » a germé pendant la première course aux présidentielles de son demi-frère. Il raconte son histoire en tant que métisse, élevé au Kenya, ayant habité aux Etats-Unis et en Chine, où il réside désormais. Il parle aussi de la notion de pluralisme culturel et de la famille Obama.

« Essayer de choisir ma propre voie a toujours été une épreuve », a-t-il déclaré. « Dans le même temps, il m’a paru important de parler de la famille Obama car son histoire est très opaque et suscite beaucoup d’interrogations. Une question m’a amené à m’en poser une autre et, au fur et à mesure, j’ai décidé de partager plus de choses sur ma relation avec mon frère. »

A l’évidence, c’est ce dernier point qui a retenu l’attention des médias. Il raconte que chaque rencontre avec son frère – depuis la première fois où il l’a vu en 1988 au Kenya et plusieurs années plus tard – était très intense.

Mark Okoth Obama Ndesandjo (Crédit: Mark Okoth Obama Ndesandjo)

Mark Okoth Obama Ndesandjo (Crédit: Mark Okoth Obama Ndesandjo)

« Nous nous ressemblons beaucoup », a-t-il dit. Les deux sont nés de mères américaines, n’ont que quelques années d’écart et ont effectué leur scolarité dans des universités de la Ivy League – Mark a été à Brown et a obtenu un MBA de Emory.

Par ailleurs, l’auteur souligne que son frère et lui sont tous les deux métisses, ont le même père et ont chacun souffert de son absence. Né en 1961, Barack Obama est de quatre ans son aîné.

« D’une certaine manière, notre père est le fil conducteur de nos vies. Comme Barack l’a écrit dans son livre, un fils passe souvent sa vie à tenter de réaliser les rêves de son père ou à corriger ses erreurs », explique l’écrivain. « Ainsi, Barack a tenté de réaliser ses rêves, et moi de corriger ses erreurs. »

Les mères de Barack Obama et de son demi-frère sont toutes les deux des femmes fortes, qui ont « naviguer dans des eaux agitées ». Habitant à Nairobi avec son deuxième mari, Ruth Baker Ndesandjo est née aux Etats-Unis. Après avoir fui les pogroms en Lithuanie, sa famille a immigré à Boston.

Barack Obaman dans le Bureau Ovale (Crédit : Pete Souza via White House Twitter page)

Barack Obaman dans le Bureau Ovale (Crédit : Pete Souza via White House Twitter page)

En choisissant de se marier avec un homme noir en plein coeur des années 60 et d’aller vivre en Afrique, explique-t-il, la jeune Ruth est sortie des conventions.

« Mes grands-parents s’étaient fermement opposés à son mariage avec un étranger et à l’idée de s’installer en Afrique », ajoute-t-il. « Elle n’avait jamais pris l’avion de sa vie. Mais quand il l’a invitée à le suivre, elle a accepté.

Ruth Baker a rencontré Barack Hussein Obama Sr quand il étudiait à l’université d’Harvard, à Boston. Ils se sont mariés en 1964 et elle l’a suivie en Afrique. Après le divorce, elle est restée au Kenya mais n’a gardé aucun contact avec sa belle-famille.

M. Obama Ndesandjo – dont le frère cadet David est décédé dans un accident de voiture – a dit qu’il détestait son père, refusant même de porter son nom, jusqu’à ce que Barack Obama ne lui fasse indirectement changer d’avis sur la question.

« Je n’ai pas été en contact avec la famille Obama pendant 20 ans, car je les avais rayés de ma vie », raconte-t-il. « Et puis j’ai vu Barack faire tant de choses incroyables. Partout où j’allais, je le voyais et j’étais fier de l’impact qu’il avait. Mon père m’a donné envie de fuir mes racines. D’une certaine façon, Barack m’a rendu fier et j’ai finalement repris contact avec lui. »

Une rencontre qu’il a voulu organiser suite à un rêve qu’il a fait, avant le débat entre son demi-frère et Hilary Clinton à Austin en 2008.

« Dans la Torah, Daniel parle des rêves et de leurs pouvoirs », observe-t-il. « Je me suis réveillé avec des sueurs froides. J’ai rêvé de Barack. Tel un Daniel, ma femme me demandait d’aller le voir. Si je n’avais pas fait ce rêve, je serais retourné au lit et j’aurais grignoté quelque chose. Il était temps que l’on reprenne contact. »

Et ce fut le cas, après avoir passé près de 20 ans sans se voir. Quand Barack Obama est devenu président, son demi-frère lui a rendu visite à la Maison Blanche en 2009. Les deux frères n’ont pas été beaucoup en contact depuis.

M. Obama Ndesandjo estime que c’est désormais au tour du président américain de faire un pas vers lui. Néanmoins, il sait que cela prendra du temps.

« Nous ne sommes pas une famille normale, et encore moins quand il s’agit d’arranger les choses », conclut-il. « Nous sommes assez maladroits. Nous avons eu des moments d’allégresse mais aussi de déception. C’est ainsi que s’est formée ma relation avec mes proches. »