Le Rapport sur la Liberté religieuse du Département d’Etat américain de 2016 critique le manque de progrès du gouvernement israélien vers une plus grande liberté religieuse.

Pour présenter l’équilibre religieux ethnique chancelant que l’on retrouve en Israël, le rapport utilise une formulation mesurée soulignant des points positifs, et souvent des points plus négatifs, qui se sont développés dans le domaine de la liberté religieuse en 2016. Par exemple, le mot « continu » apparaît presque 70 fois, un indicateur pertinent du peu de réformes mises en place dans le passé.

Autre exemple, le rapport note qu’Israël « a continué de permettre aux non-Juifs, y compris les Musulmans et les Chrétiens, de prier au mur Occidental, mais a continué d’appliquer l’interdiction des offices de prières juifs non-orthodoxes (y compris mixtes) ».

Le rapport note également que « le gouvernement et les activistes non-orthodoxes ont trouvé un compromis en janvier pour permettre une ‘prière égalitaire’, c’est-à-dire des offices juifs réformés et conservateurs, à proximité du mur Occidental, mais le gouvernement ne l’a pas mis en place ».

Selon la députée de l’Union Sioniste Ksenia Svetlova, une immigrante de l’ancienne Union Soviétique qui est une activiste bien connue pour ses positions en faveur de la séparation de la religion et de l’Etat, « le rapport du département d’Etat indique clairement que le gouvernement israélien n’applique pas ses propres décisions et compromet le pluralisme religieux en Israël. J’appelle le gouvernement à servir tous les Israéliens, et pas uniquement des groupes de pression ultra-orthodoxes spécifiques ».

Ksenia Svetlova, députée russophone de l'Union sioniste, le 22 février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Ksenia Svetlova, députée russophone de l’Union sioniste, le 22 février 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Couvrant une gamme très large de religions et des tensions qui les accompagnent, on trouve des petits bijoux dans le rapport rédigé de façon plutôt prudente – « Le gouvernement a continué de permettre aux Chrétiens et aux individus qui parlent araméen de s’enregistrer avec leur groupe national et ethnique comme Araméens au lieu d’Arabe » – tout comme les stastistiques déprimantes des personnes qui ont été tuées ou persécutées à cause des relations tendues au sein des groupes religieux et ethniques.

« Il y a encore des rapports faisant état de Haredim [juifs ultra-orthodoxes] crachant sur des Juifs non-Haredim et les personnes d’autres religions, y compris des Chrétiens portant l’habit clérical », note-t-on dans le rapport.

De manière intéressante, parmi d’autres faits et chiffres, le rapport traque le budget total alloué par le gouvernement pour des objectifs religieux (828 millions de shekels soit 182 millions d’euros pour des services religieux pour les communautés juives et 121 millions de shekels soit 21 millions d’euros pour les minorités religieuses), et discuté l’inégalité dans l’éducation religieuse.

En lisant le rapport, on ne peut s’empêcher de penser au célèbre adage biblique : il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Or, selon le rabin Uri Regev, un avocat et chef de l’ONG Hiddush : Liberté de Religion pour Israël, « il faut souligner l’importance de ce rapport car il est unique dans sa surveillance systématique et la portée de sa couverture ». Regev a salué l’attention totale du rapport consacré aux détails et sa publication anuuelle qui aide à percevoir « les tendances et les progrès au fil des ans ».

En outre, a noté Regev, le rapport reflète « la valeur attachée à la liberté religieuse du gouvernement américain ».

Malheureusement, pourtant, a déclaré Regev, le rapport « sous-évalue les violations à l’encontre de la liberté religieuse sur un grand nombre de questions ».

Comme exemple, il a cité l’inattention portée au manque de liberté dans le cadre du mariage, de l’enterrement civil et des nombreuses questions liées aux alentours du complexe du mur Occidental, « qui sont plus équipés contre les Juifs que contre les Chrétiens et Musulmans ».

Le rabbin avocat Uri Regev (tout à droite) et Edna Meyrav avec leur cliente d'Elad à une audience de la Cour suprême en 2014. (Crédit : Hiddush)

Le rabbin avocat Uri Regev (tout à droite) et Edna Meyrav avec leur cliente d’Elad à une audience de la Cour suprême en 2014. (Crédit : Hiddush)

« Ces violations de la liberté religieuse sont une indication claire du fossé grandissant entre Israël et les démocraties occidentales ouvertes, comme les Etats-Unis, qui sont considérées comme la référence en matière de liberté religieuse », a déclaré Regev.

Cela étant dit, le rapport a également abordé une série de questions très sensibles concernant le peuple américain, y compris la place du mur Occidental, la conversion en dehors du rabbinat orthodoxe en chef, et la prière juive au mont du Temple et ses restrictions pour des raisons de sécurité.

Le mur Occidental

La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s'étalerait sur 2000 mètres carrés (JTA)

La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s’étalerait sur 2 000 mètres carrés (JTA)

Dans un chapitre traitant du mur Occidental, le lieu le plus saint où les Juifs ont le droit de prier, le rapport mentionne factuellement que toutes les confessions ont le droit d’y prier.

Il souligne, cependant, que le rabbin du mur Occidental « a continué d’appliquer des directives pour l’observance religieuse imposant une séparation des femmes et des hommes, avec la section des femmes étant d’une largueur inférieure à la moitié de la section des hommes, et le gouvernement continue de faire appliquer ces règles ».

Critique diplomatique en quatre points, ce communiqué soulignait le fait que la séparation entre les sexes, la différence évidente des surfaces de deux zones de prières pour les deux sexes, l’incapacité pour les autres confessions de pouvoir voter sur les directives d’observance, et finalement, la complicité du gouvernement d’Israël concernant tous les sujets cités dessus. Quatre critiques très dures.

Ensuite, le rapport a mentionné les interdictions de la possibilité d’apporter des rouleaux de la Torah privés sur la place du mur Occidental, et pour les femmes « d’avoir accès aux rouleaux publics de la Torah ou de faire des bénédictions rabbiniques sur le site ». A nouveau, cela correspond à des problèmes graves pour des yeux démocratiques et égalitaires.

La conversion

Dans la partie sur la conversion, le rapport du Département d’Etat décrit la tendance des rabbins orthodoxes modernes qui ont commencé à mettre en place leur propre tribunaux de conversion pour s’opposer au processus long et peu pratique offert par le rabbinat en chef d’Israël.

Appelé Giyur Ka’halacha (ou en français Conversion de la Manière correcte, par la Loi juive), le groupe de rabbins et de penseurs respectés ont déjà converti des centaines d’Israéliens – de nombreux enfants – qui étaient classés parmi les personnes « sans religion », un groupe croissant d’environ 400 000 citoyens.

Le rabbi d'Efrat Shlomo Riskin, deuxième à gauche, pendant un examen de conversion au tribunal rabbinique Giyur Kahalacha, en novembre 2015. (Crédit : autorisation)

Le rabbi d’Efrat Shlomo Riskin, deuxième à gauche, pendant un examen de conversion au tribunal rabbinique Giyur Kahalacha, en novembre 2015. (Crédit : autorisation)

« Une décision de la Cour Suprême du 31 mars a étendu les droits d’immigration de la Loi du Retour à ceux qui ont complété un parcours de conversion orthodoxe privée (pas du rabbinat) dans le pays. Le Chef du Rabbinat a continué à ne pas reconnaître les conversions non-orthodoxes au judaïsme comme étant juives, même si elles continuent à être acceptées dans l’intérêt du l’immigration selon la Loi du Retour », a précisé le rapport.

Un fondateur de Giyur Ka’halacha, le rabbin Seth Farber, chef de l’ONG ITIM, qui aide les Israéliens à naviguer dans la complexité des institutions religieuses, a réagi favorablement au tableau brossé par le rapport.

Le rabbin de Giyur KaHalacha Seth Farber (à gauche), Eli Cohen, directeur, et David, converti, à la réunion de la commission sur l'Alyah à la Knesset, le 8 mars 2016. (Crédit : Michael Shapochnic, Giyur KaHalacha)

Le rabbin de Giyur KaHalacha Seth Farber (à gauche), Eli Cohen, directeur, et David, converti, à la réunion de la commission sur l’Alyah à la Knesset, le 8 mars 2016. (Crédit : Michael Shapochnic, Giyur KaHalacha)

« La mention de Giyur Ka’halacha dans le rapport du Département d’Etat américain constitue une reconnaissance supplémentaire de cette initiative sur la scène internationale », a déclaré Farber au Times of Israël.

« Giyur Ka’halacha avait progressivement augmenté sa base de client après la décision de la Cour Suprême statuant qu’ITIM faisait partie du mouvement qui retirait le monopole de la reconnaissance de la conversation en Israël du rabbinat », a déclaré Farber.

Il a toutefois noté que les « succès légaux de 2016 » ont depuis lors conduit à la proposition d’une législation plus restrictive, comme le Projet de Loi Conversion qui a été proposé à la Knesset et est actuellement enterré, « il était réactionnaire » et aurait fait du rabbinat en chef la seule autorité légale pour les conversions israéliennes.

Egalement sur le thème de la conversion, le rapport a souligné que « dans quatre incidents qui se sont produits au cours de l’année, le Rabbinat en chef a refusé de reconnaître des conversions approuvées par le juge rabbinique en place du Conseil Rabbinique d’Amérique (orthodoxe) », des affaires qui ont provoqué la colère des congréations américains juives.

Prière et restrictions sur le mont du Temple

Traditionnellement, les rabbins orthodoxes ont été contre la prière sur le mont du Temple pour un grand nombre de raisons, y compris la peur de mettre le pied où le Saint des Saints a pu se trouver, un interdit clair.

Comme c’est pourtant écrit dans le rapport, le chef rabbin ashkénase David Lau a déclaré en juin 2016, « qu’il aimerait voir un Troisième Temple construit sur le site sans détruire les structures musulmanes ».

Dans la même logique, « des nombres croissants de groupes qui s’identifient comme des communautés sionistes ‘religieuses nationales’ ont déclaré qu’ils ont trouvé un sens à mettre le pied sur le site ».

Sur le mont du Temple, Yehuda Glick montre à des Juifs religieux un diagramme du Temple juif, qui se trouvait autrefois à l'emplacement du Dôme du Rocher, à Jérusalem, le 17 septembre 2013. (Crédit : Christa Case Bryant/The Christian Science Monitor via Getty Images)

Sur le mont du Temple, Yehuda Glick montre à des Juifs religieux un diagramme du Temple juif, qui se trouvait autrefois à l’emplacement du Dôme du Rocher, à Jérusalem, le 17 septembre 2013. (Crédit : Christa Case Bryant/The Christian Science Monitor via Getty Images)

Comme un autre exemple de cette tendance à une présence juive accrue sur le mont du Temple, le rapport a cité la création en novembre 2016 d’un lobby du mont du Temple par le député Yehuda Glick du parti au pouvoir du Likud, qui a également tenu une conférence annulle du mont Temple à la Knesset.

Le Département d’Etat a également noté que le Waqf, les autorités religieuses jordaniennes musulmanes qui contrôlent le mont du Temple, « a continué à restreindre les non-Musulmans à entrer le lieu saint du Dôme du Rocher et la Mosquée Al-Aqsa et interdit aux individus portant des symboles religieux non-musulmans de venir sur le mont du Temple ».

Les autorités israéliennes ont également restreint le mouvement sur le mont du Temple. En outre de la restriction d’accès aux Musulmans en fonction des âges au moment des tensions sécuritaires, les autorités « dans certains cas, ont interdit d’accès des individus spécifiques au mont du Temple, y compris des activistes juifs dont on pensait qu’ils avaient violé les règles contre la prière non-musulmane, les Musulmans dont on pense qu’ils ont agi violemment contre des visiteurs non-Musulmans sur le site, et des personnalités publiques, y compris des membres de la Knesset, dont les autorités ont peur que la présence puisse enflammer les tensions ».

Sarah Lurcat et Tom Nisani se sont mariés sur le mont du Temple malgré des règles interdisant aux rituels juifs d'être menés sur le site sacré (Crédi : Facebook)

Sarah Lurcat et Tom Nisani se sont mariés sur le mont du Temple malgré des règles interdisant aux rituels juifs d’être menés sur le site sacré (Crédi : Facebook)

Les questions sur la prière juive sur le mont du Temple et au mur Occidental ont des liens communs, a déclaré Regev.

« De la perspective de la liberté religieuse, il y a un lien direct unissant les aspirations juives à pouvoir prier sur le mont du Temple et les Femmes du Mur et les tentatives non-orthodoxes de prier sur la place du Kotel [mur Occidental] traditionnel, et les deux devraient être protégées par la liberté religieuse », a déclaré Regev, qui en plus de sa carrière d’avocat et de président de Hiddush, est un rabbin réformé et un ancien leader dans le mouvement.

« La différence étant l’importance excessive accordée aux considérations sécuritaires. Alors que la prière juive sur le mont du Temple entraînerait probablement une forte poussée de violence perpétrée par des extrémistes musulmans et un conflit pouvant escalader avec 200 millions de Musulmans dans le monde, la prière non-orthodoxe et des femmes au Kotel est menacée par la violence ultra-orthodoxe et l’extortion politique », a déclaré Regev.

Anat Hoffman, à gauche, présidente des Femmes du Mur tenant un rouleau de la Torah) au mur Occidental, le 24 juillet 2017 (Crédit : Hila Shiloni)

Anat Hoffman, à gauche, présidente des Femmes du Mur tenant un rouleau de la Torah) au mur Occidental, le 24 juillet 2017 (Crédit : Hila Shiloni)

Il a déclaré que si la décision de ne pas permettre la prière juive sur le mont du Temple « peut être justifiée et imposée pour des raisons de sécurité, utiliser ces raisons ou l’extortion politique pour empêcher la prière des non-orthodoxes et des femmes au Kotel est un shanda [scandal] dans tous les sens du terme, et devrait être déclaré illégal et anti-constitutionnel ».

Le rapport du Département d’Etat ne s’interroge pourtant pas sur la philosophie derrière les restrictions liées aux prières. Comme il le dit sèchement, « la loi accorde au gouvernement, pas aux tribunaux, l’autorité de décider la portée du droit à prier sur certains sites religieux, et la Cour Suprême a défendu l’autorité gouvernementale ».