Malgré la crise dans les relations entre la communauté druze en Israël et les dirigeants du pays suite à deux attaques d’ambulances de Tsahal transportant des rebelles syriens blessés cette semaine, d’anciens responsables de l’establishment de la sécurité du pays ont déclaré qu’Israël pourrait se voir contraint d’intervenir militairement en Syrie pour protéger les communautés druzes des attaques des extrémistes islamistes.

Les médias syriens ont rapporté plus tôt ce mois que des combattants du Front Al-Nosra, un groupe affilié à Al-Qaïda, ont tué des dizaines de civils dans le village druze de Qalb Lozeh, près de la frontière turque.

Le chef d’Al-Nosra, Abu Mohammed Al-Julani, a déclaré à Al-Jazeera le mois dernier que ses hommes commencent à convertir les Druzes à l’islam dans les zones contrôlées par son groupe.

Le danger qui guette les Druzes en Syrie a placé Israël au cœur d’un dilemme stratégique : doit-il maintenir sa politique de quatre ans de non-intervention dans la guerre civile syrienne, ou doit-il sauver cette communauté qui a combattu aux côtés des sionistes contre l’invasion des armées arabes avant même la création d’Israël, et qui reste le groupe arabophone le plus fidèle à l’Etat juif ?

Amos Yadlin, un ancien directeur du renseignement militaire d’Israël et actuellement directeur de l’Institut d’études de sécurité nationale à l’Université de Tel Aviv, déclare qu’Israël a pour impératif de sauver les Druzes du massacre syrien, tout comme d’autres groupes minoritaires du pays.

« C’est un impératif de les aider, sous la pression des Druzes israéliens, » a-t-il déclaré au Times of Israel dans une conversation téléphonique cette semaine.

Mais l’intervention israélienne affaiblirait immédiatement la légitimité de l’opposition à l’échelle nationale et aux yeux du monde arabe.

Selon Yadlin, Israël doit d’abord envoyer des messages aux différents groupes rebelles syriens, avertissant qu’il « ne tolérera pas de massacre ».

« Si cela ne fonctionne pas, Israël a la capacité d’utiliser la force aérienne contre ceux qui essaient d’occuper les villages druzes », a souligné l’ancien pilote de chasse.

« Je crois personnellement qu’une intervention terrestre est injustifiée. Nous devons aussi aider sur le plan humanitaire, assister les réfugiés du côté syrien du plateau du Golan. »

À l’heure actuelle, les Druzes d’Israël redoutent encore de demander l’intervention militaire de leur pays en Syrie.

Dans une interview avec la chaîne d’informations arabo-américaine Al-Hurra cette semaine, le leader de la communauté druze en Israël, cheikh Muafak Tarif, a déclaré que lors d’une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef d’état-major Gadi Eisenkot, il n’a nullement exprimé d’attente d’une intervention israélienne sur le sol.

« Nous avons demandé à Israël de ne pas intervenir dans les affaires syriennes », a déclaré Tarif. « En tant que communauté, nous appelons seulement à une aide humanitaire. »

Mais cette position peut changer rapidement. Le chef druze libanais Walid Joumblatt a rencontré le roi Abdallah II de Jordanie la semaine dernière pour discuter de la protection humanitaire de sa communauté dans le royaume hachémite, une notion accueillie tièdement par le gouvernement jordanien.

En Israël aussi, la décision a été jusqu’ici de ne rien décider. A la question de savoir si Israël devrait intervenir au nom des Druzes en Syrie, Yossi Kuperwasser, ancien chef du département de recherche en renseignement militaire et ancien directeur général du ministère des Affaires stratégiques, a déclaré qu’Israël ne devrait pas s’embarrasser de « questions hypothétiques ».

« Pour le moment, les Druzes ne sont pas confrontés à une menace immédiate, » a-t-il confié au Times of Israel.

« Ils ne font pas l’objet d’une attaque particulière. Au contraire, même Al-Nosra qui a tué 28 Druzes dans le nord, s’est hâté de dire que c’était une erreur et a présenté ses excuses. Je ne connais aucun élément en Syrie visant les Druzes… donc je pense que la menace est exagérée. »

Tandis que le régime d’Assad s’affaiblit dans le sud de la Syrie, note Kuperwasser, les Druzes ont naturellement peur des rebelles sunnites au sud de Suwayda, de leur concentration et surtout de l’État islamique à l’est.

À l’heure actuelle, cependant, ces forces se sont abstenues d’avancer dans les zones fortement peuplées de Druzes.

« Nous devons avoir la modestie de dire que nous ignorons comment les choses vont se développer, » a-t-il conclu.

« Les choses sont compliquées, mais c’est la vie. »