LONDRES – Lorsque Ed Miliband est arrivé en Israël en avril, il s’est exprimé lors d’une séance de questions-réponses à l’Université hébraïque de Jérusalem, sur la façon dont il comprenait le sionisme.

« Pour moi, Israël est une patrie pour le peuple juif », a affirmé le leader du Parti travailliste de Grande-Bretagne aux étudiants.

« Je viens ici tout à fait conscient de l’histoire de ma famille et avec un profond sentiment de gratitude envers Israël pour ce qu’il a fait pour ma grand-mère. Israël était un sanctuaire pour elle, après sa douleur indescriptible. Il s’agit donc d’un voyage personnel pour moi aussi. »

C’était une réponse entière et personnelle, en même temps qu’une esquive. Miliband a réussi à dire qu’il croyait en la nécessité d’Israël et à son droit d’exister sans avoir à utiliser le mot « sioniste ». Il s’était un peu mouillé en se qualifiant de sioniste en 2013 – une déclaration qu’il a dû expliquer les 24 heures suivantes, son bureau clarifiant qu’il « n’a pas utilisé le mot sioniste pour se décrire » – et n’était pas sur le point de récidiver.

Sa déclaration mesurée de soutien à Israël visait à apaiser toutes les parties, y compris la communauté juive britannique, pour qui ces propos étaient en fait destinés.

Depuis qu’il est devenu le premier dirigeant juif du Parti travailliste britannique en septembre 2010, Miliband fait une tentative consciente de courtiser les chefs de communautés et les institutions juives.

Contrairement à la relation forte entre la communauté et David Cameron, et Boris Johnson, Miliband était un inconnu et éveille encore, dans une certaine mesure, de la méfiance.

Pourtant, en dépit du travail qu’il a fait et qu’il lui reste encore à faire, Miliband, a réussi à s’opposer fortement à l’opération Bordure protectrice.

« Je défends le droit d’Israël à se défendre des attaques de roquettes », a-t-il déclaré devant le Forum national de politique du Parti travailliste le 19 juillet. « Mais je ne peux expliquer, justifier ou défendre les morts horribles de centaines de Palestiniens, dont des enfants et des civils innocents. Et en tant que parti, nous nous opposons à l’escalade de la violence, nous l’avons vu avec l’invasion de Gaza par Israël ».

« Nous l’avons déjà vu et nous savons ce qui va arriver. Davantage de pertes, de souffrance palestinienne, plus de haine et plus de recrues dans les rangs de groupes terroristes comme le Hamas. Cette escalade ne servira aucun objectif durable et n’aidera pas Israël à se gagner des amis », a-t-il ajouté.

Alors qu’il semblerait à première vue incongru de prendre position contre l’opération Bordure protectrice à un moment où les relations avec la communauté juive commençaient tout juste à se réchauffer, il faut comprendre que les considérations de la communauté juive sont très distinctes de celles de la politique interne du Parti travailliste. Au sein du Parti travailliste, il est juste de le dire, une majorité de députés sont d’accord avec Miliband.

« C’est un positionnement politique. Comme toutes les positions d’Ed Miliband depuis qu’il est devenu président du Parti travailliste (…) », exprime Dan Hodges, journaliste au Daily Telegraph et un ancien politicien, au Times of Israel.

« Au début, il a essayé d’adopter une position neutre sur les événements à Gaza, mais quand il a vu la colère grandissante au sein du parti et de la plus large gauche devant qui se passait, il s’est aligné avec le mainstream », dit Hodges.

Cependant, pour certains députés travaillistes, Miliband n’a pas suffisamment pris en compte le droit d’Israël à la légitime défense et sa position sur l’opération Bordure protectrice représente davantage une tentative de se distancier des dirigeants travaillistes précédents.

« Il suffit de regarder son passé. Il aime prétendre être orienté par une boussole morale, mais la vérité, c’est qu’il est le chef le plus cynique que les travaillistes n’aient jamais eu », affirme un ancien ministre travailliste au Jewish Chronicle. « La Syrie, maintenant Israël. Il vendrait n’importe qui pour une voix ».

Louise Ellman, députée travailliste de Liverpool Riverside et amie d’Israël, n’a pas souhaité commenter au Times of Israel la position de Miliband sur Bordure protectrice.

« Israël était tout à fait en droit de prendre des mesures pour protéger les civils contre les attaques à la roquette visant ses citoyens et contre les tunnels terroristes qui auraient été utilisés pour lancer des attaques de masse », a déclaré Ellman au Times of Israel, ajoutant que des efforts doivent faits pour favoriser une situation stable dans la région.

« Les dirigeants travaillistes précédents étaient beaucoup plus clairs » dans leur soutien à Israël, a-t-elle ajouté. Ellman a reconnu, cependant, que, en termes d’opinions exprimées en public, sa position sur l’opération Bordure protectrice est « minoritaire » au sein du Parti travailliste.

La position de Miliband n’est pas seulement une expression de l’opinion majoritaire au sein du Parti – elle reflète aussi l’opinion publique sur une plus grande échelle, notamment concernant les victimes civiles du côté palestinien et le sentiment de disproportion et d’asymétrie dans le conflit.

Une enquête menée par YouGov fin juillet a révélé que 62 % des Britanniques – dont 72 % des sympathisants travaillistes et 57 % des électeurs conservateurs – croient que le gouvernement israélien actuel est coupable de crimes de guerre.

Au sein de la communauté juive elle-même, la position sans équivoque de Miliband sur le conflit à Gaza lui a valu une réprimande du Jewish Chronicle.

Kate Bearman – ancienne directrice des Amis travaillistes d’Israël – a annoncé qu’elle quittait le Parti travailliste après y avoir adhéré pendant vingt ans.

« La précipitation d’Ed Miliband à condamner l’incursion terrestre d’Israël dans la bande de Gaza ne m’a donné d’autre choix que de quitter le parti pour lequel j’ai toujours voté et fait campagne », écrit Bearman. « Ils ont choisi de jouer à des jeux politiques dans une situation très complexe au Moyen-Orient. Ils ont choisi de ne pas tenir compte de la culpabilité du Hamas qui, indéniablement, utilise la population qu’il prétend représenter comme boucliers humains. »

Le Jewish Leadership Council (JLC) n’a pas mâché ses mots non plus.

« Il n’est pas crédible de suggérer que la situation puisse être résolue simplement en appelant à un cessez-le feu, quand ces dernières semaines, le Hamas a effrontément violé six cessez-le feu, chacun approuvé et respecté par Israël, et en a profité pour perpétrer de nouvelles attaques », a affirmé le JLC le 4 août.

« Les dirigeants politiques au Royaume-Uni ont un rôle important à jouer dans l’aboutissement à une fin durable à la violence actuelle et une démilitarisation de la bande de Gaza. Il s’agit d’une question cruciale et nous espérons qu’elle ne sera pas utilisée pour créer des altercations dans la politique intérieure », a déclaré le JLC.

De ce fait, il serait facile de conclure que Miliband a rouvert le fossé entre lui et la communauté, qu’il a mis tant de temps à combler. Mais pas toutes les institutions communautaires ne l’ont pas condamné aussi virulemment. Le Conseil des députés juifs britanniques, par exemple, n’a pas pris position sur l’opposition de Miliband.

Le Conseil a déclaré qu’il était « alarmé par un certain nombre de déclarations de politiciens de différents partis démontrant un manque de compréhension des défis auxquels Israël est confronté » et appelait à moins de « gesticulations politiques », une déclaration qui pourrait tout aussi bien être adressée au JLC qu’à Ed Miliband lui-même.

Depuis qu’il est devenu chef du Parti travailliste, l’engagement de Miliband vis-à-vis du judaïsme et de la communauté juive est, comme il l’a indiqué aux étudiants à Jérusalem, un voyage personnel. Miliband a reçu une éducation juive politique, a grandi en athée, tient un foyer marxiste et s’est marié civilement.

Il est vrai que le langage de Miliband a changé et qu’il a fait un bel effort pour se faire bien voir de la communauté. Mais comme son opposition au conflit à Gaza le démontre, sa politique reste son affaire.