Le 22 novembre 2012, un jour après qu’Israël ait signé un accord de cessez-le-feu qui a conclu l’opération « Pilier de Défense », le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman avait salué le jugement du gouvernement. «Nous savons comment prendre des décisions qui servent l’intérêt national », avait-il alors affirmé. « La force ce n’est pas seulement de savoir frapper, mais aussi de savoir faire preuve de retenue ».

Bien qu’il ait souligné que la mission d’Israël pour mettre fin au terrorisme venant de Gaza – qui se faisait par des frappes aériennes – avait pris fin mais n’était pas encore complètement terminée et qu’une vaste opération terrestre était restée en projet, il avait voté avec ferveur en faveur du cessez-le-feu.

Il avait fait valoir que les objectifs immédiats de l’opération avaient été atteints – retour au calme dans le Sud, réhabilitation des capacités de dissuasion israélienne et destruction à long terme des roquettes du Hamas.

Le 22 janvier 2013, le parti Israël Beytenu de Lieberman a concouru sur une liste commune avec le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Lundi, Liberman a démantelé cette alliance, citant des différences d’opinion entre lui et Netanyahu quant à la réponse d’Israël aux tirs de roquettes en cours à partir de Gaza.

Mais en instance de divorce, Liberman a probablement eu les yeux davantage fixés sur les machinations politiques plutôt que sur les affaires militaires. En appelant à une réponse plus dure sur la bande de Gaza, le ministre des Affaires étrangères a été en mesure de marquer des points auprès des électeurs de droite tout en trouvant une stratégie de sortie commode d’un partenariat plus tellement utile.

L’éclatement de l’alliance Likud-Beytenu n’est pas vraiment une grande surprise. Netanyahu a été un contradicteur de Liberman (et d’autres députés de droite de la coalition) depuis quelques jours suite à sa réticence à lancer une vaste offensive pour freiner le Hamas à Gaza.

« L’expérience prouve que dans ces moments, nous devons agir de façon responsable et avec sérénité, sans précipitation », a déclaré dimanche le Premier ministre dans ce qui ressemblait à un reproche ouvert à des ministres exigeant des mesures plus sévères – y compris Liberman, qui avait appelé à une opération terrestre généralisée pour renverser le Hamas.

Le mouvement de Liberman aura probablement peu d’effet en dehors de Jérusalem, et encore moins d’améliorer les chances d’invasion terrestre et de reconquête de Gaza.

« Liberman a pris cette mesure seulement pour faire pression sur Netanyahu », a déclaré Ephraïm Sneh, ancien général et ancien ministre du Parti travailliste. « Cela fait partie de leur rivalité politique. Il s’agit juste d’une manœuvre politique ; et ça n’a pas plus de signification que cela ».

En effet, de nombreux observateurs voient cette scission comme un effort cynique pour marquer des points avec les électeurs de droite à un moment inopportun. « Le geste politique de Liberman vu les problèmes sécuritaires et diplomatiques actuels est regrettable», a estimé Chico Menashe, le commentateur diplomatique en chef sur Radio Israël. « Il aurait pu attendre, même si cela aurait réduit son gain politique ».

En ce moment, on ne sait pas encore si Netanyahu se laissera entraîner à des pressions pour lancer une opération plus large sur Gaza. Les tirs incessants de roquettes, dont certains ont ciblé Beersheva, pourraient ne laisser d’autre choix que d’agir avec force.

Mais il est clair pour la plupart des dirigeants et analystes israéliens – dont Liberman – que réoccuper Gaza s’apparenterait à une opération qui nécessiterait au moins six mois, coûterait de nombreuses vies, et ne serait finalement pas vraiment une option.

Liberman ne souhaite pas prendre le contrôle de la bande de Gaza, soit, mais il a vu dans la montée des tensions une chance de mettre fin à la liaison avec le Likud, qui n’était plus très commode pour ses aspirations politiques. Quand il a forgé l’alliance avec Netanyahu en octobre 2012, Liberman avait espéré pouvoir hériter du bureau du Premier ministre et pouvoir gouverner le plus grand parti de droite du pays.

Vu que cela serait impossible – il y a trop de résistance au sein du Likud – il a dû trouver un moyen de sortir du partenariat.

Le fait d’être numéro 2 a pu aussi à certains égards restreindre Liberman dans sa posture de faucon habituelle. Mais le ministre des Affaires étrangères a rarement hésité à contredire le Premier ministre ou à parler librement sur les questions controversées. Avec des exceptions toutefois, comme en janvier où il avait loué John Kerry pour ses efforts de rétablissement de la paix (il a semblé alors se positionner pour un public plus centriste).

Appeler à une opération militaire forte pour rétablir le calme dans le Sud permet maintenant à un Liberman « libéré » de s’adresser à des électeurs de droite quelque peu désemparés suite à l’enlèvement et à l’assassinat des trois adolescents israéliens.