Le terrorisme en Europe a-t-il assoupli l’attitude européenne à l’égard d’Israël ?

Quand en 2014, un terroriste palestinien utilisait sa voiture pour foncer dans la foule et tuer un soldat à Jérusalem Est, l’Union européenne avait appelé à la « retenue » sans condamner l’attaque. Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, l’avait décrit comme « une douloureuse preuve de la nécessité d’entreprendre des efforts sérieux en faveur d’un accord de paix viable ».

C’est une « réaction typiquement européenne » avait déploré à l’époque Oded Eran, ancien ambassadeur d’Israël à l’Union européenne et chercheur à l’Institute for National Security Studies, une réaction qui consiste « à accuser les victimes de se faire attaquer ».

Deux ans plus tard, c’est-à-dire il y a quelques jours, les dirigeants européens ont réagi très différemment à une attaque du même genre, qui a tué 4 soldats dimanche à Jérusalem Est.

« L’Union européenne condamne le meurtre des 4 jeunes israéliens ainsi que tout éloge ou incitation au terrorisme », a déclaré Bruxelles dans un communiqué, qui, à l’inverse du communiqué de 2014, n’a pas mentionné le fait que l’attentat s’est produit dans une zone considérée « occupée », selon l’UE.

Après l’attentat de dimanche, le drapeau israélien à été projeté sur la porte de Brandebourg à Berlin, et sur l’Hôtel de Ville à Paris, en signe de solidarité inhabituel avec l’État juif, selon la volonté des autorités locales. De la même manière, l’Hôtel de ville de Rotterdam a arboré le drapeau israélien sur son bâtiment.

En hommage aux victimes de l'attentat au camion bélier de Jérusalem, le drapeau israélien a été projeté sur la porte de Brandebourg de Berlin le 9 janvier 2017. (Crédit : Michael Kappeler/dpa/AFP)

En hommage aux victimes de l’attentat au camion bélier de Jérusalem, le drapeau israélien a été projeté sur la porte de Brandebourg de Berlin le 9 janvier 2017. (Crédit : Michael Kappeler/dpa/AFP)

Pour Eran et pour d’autres observateurs des relations entre Israël et l’Union européenne, ce changement de ton indique que l’Europe, après la vague de terrorisme qui frappe le continent européen depuis 2012, comprend davantage Israël, et manifeste de l’empathie à l’égard de sa lutte contre le terrorisme.

« Je pense que ce changement d’attitude émane du changement d’état d’esprit de nombreuses personnes en Europe au sein des gouvernements, qui comprennent désormais mieux l’impact et l’influence du terrorisme sur le quotidien des victimes innocentes », a déclaré Eran au JTA mercredi.

Il faisait référence à la dizaine d’attentats terroristes de grande ampleur qui ont frappé le sol européen depuis 2012. Au cours de ces attentats, des djihadistes locaux et étrangers ont tué des centaines de victimes, en employant des méthodes caractéristiques du terrorisme palestinien.

Le mois dernier, un terroriste, qualifié par le groupe État islamique de « soldat », a tué 11 personnes, dont un touriste israélien, au marché de Noël de Berlin en fonçant dans la foule à bord d’un camion volé. En juillet, une attaque similaire a eu lieu à Nice et a fait plus de 80 victimes. Quelques jours plus tard, un Afghan blessait 4 personnes avec une hache à bord d’un train en Allemagne.

À peine quelques mois plus tôt, plus d’une trentaine de personnes ont été tuées dans une explosion à Bruxelles en mars, alors que le souvenir des attentats de Paris en novembre 2015, et ses 130 victimes, était encore dans tous les esprits.

Le gouvernement israélien et particulièrement le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a mis un point d’honneur à comparer constamment les attentats en Europe aux attentats perpétrés par les Palestiniens en Israël.

« Les terroristes qui nous attaquent ont les mêmes intentions meurtrières que ceux de Paris », avait affirmé Netanyahu au sujet des attentats de novembre 2015 à Paris. « Il est temps que les nations condamnent le terrorisme qui nous frappe de la même manière qu’ils le condamnent ailleurs. »

Certains dirigeants européens ont malheureusement compris la comparaison.

Après l’attentat de Berlin, le président allemand Joachim Gauck avait répondu en ce sens au message de condoléances de son homologue israélien Reuven Rivlin.

« J’apprécie votre appel et vos condoléances, parce que je sais que vous et votre pays êtes en mesure de comprendre ce que cela signifie d’être menacé par le terrorisme, et parce que dans votre pays, c’est devenu un phénomène du quotidien. »

L’ambassadeur d’Israël en Allemagne, Avraham Nir-Feldklein, a renforcé ce message dans un communiqué après la projection du drapeau israélien sur la porte de Brandebourg, initiative dont l’origine est à chercher du côté d’activistes pro-Israéliens.

« Nous nous retrouvons face au même terrorisme, de Nice à Berlin, en passant par Jérusalem. Ensemble, nous allons combattre le mal et nous l’emporterons », a-t-il écrit.

Sur Twitter, le ministre des Affaires étrangères allemand a partagé une photo de la projection et l’a accompagnée d’un message : « en signe de solidarité avec Israël ».

La maire de Paris, Anne Hidalogo, en revanche, a décrit le geste de sa ville comme un « hommage aux victimes de l’attentat » de Jérusalem.

Des CRS en patrouille devant l'Hôtel de Ville de Paris, illuminé du drapeau israélien après un attentat au camion bélier qui a tué 4 soldats à Jérusalem, le 10 janvier 2017. (Crédit : Christophe Archambault/AFP)

Des CRS en patrouille devant l’Hôtel de Ville de Paris, illuminé du drapeau israélien après un attentat au camion bélier qui a tué 4 soldats à Jérusalem, le 10 janvier 2017. (Crédit : Christophe Archambault/AFP)

Muna Duzdar, secrétaire d’État en Autriche, a souligné, lors d’une interview accordée au JTA mercredi, que l’Europe « a toujours compris qu’Israël est en droit de se défendre et d’être en sécurité », et que l’empathie de l’Europe pour les victimes du terrorisme ne s’étend pas uniquement à Israël, mais aux victimes du monde entier.

Mais suite aux attentats en Europe, « nous nous retrouvons dans une situation où la menace terroriste est quotidienne. Je me lève et j’entends un attentat en Israël, en Irak, en Afghanistan, en Allemagne. Aucun pays n’est épargné. Et il semblerait que ceux qui ont été touchés sont plus à même de comprendre cela ».

Durant l’interview, Duzdar, née en Autriche de parents palestiniens, chefs de la Palestinian Austrian Society a rejeté les propos affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un « incident terroriste car dirigé contre des soldats sur une terre considérée comme occupée par les Palestiniens ».

« Cette attaque ciblait des êtres humains […] et son intention était de tuer », dit-elle.

L'auteur belge Dyab Abou Jahjah, né au Liban. (Crédit : Han Soete/CC BY-SA 3.0/Wikimedia Commons)

L’auteur belge Dyab Abou Jahjah, né au Liban. (Crédit : Han Soete/CC BY-SA 3.0/Wikimedia Commons)

En Belgique, le chroniqueur anti-Israël Dyab Abou Jahjah, qui a, pendant des années, justifié la violence contre les Israéliens et les Américains dans les colonnes du quotidien De Standaard, a été remercié lundi pour avoir défendu l’attentat de Jérusalem sur les réseaux sociaux.

« Un attentat contre des soldats de l’occupation sur un territoire occupé, ce n’est pas du terrorisme ! C’est un acte de résistance. #FreePalestine », a écrit Abou Jahjhah.

Dans un communiqué, Karel Verhoeven, rédacteur en chef du De Standaard a affirmé qu’Abou Jahjah « a dépassé les limites du débat acceptable » en soutenant la violence.

Et pourtant, ces gestes d’empathie à l’égard d’Israël n’auront probablement pas d’incidence sur la politique de l’Union européenne, selon Eran, ancien ambassadeur.

« Ces gestes font chaud au cœur, et prédisent un changement positif, mais, dans les couloirs de l’Union européenne, il y a une différence entre l’empathie et la politique. Cette dernière risque bien de rester toujours aussi critique des implantations israéliennes qu’elle l’a été et s’y opposera dans toutes les instances internationales », a-t-il affirmé.