Il semblerait que l’attaque de dimanche à Taba ait eu deux objectifs, l’un symbolique et l’autre bien réel.

L’attaque, qui a tué trois touristes sud-coréens et un chauffeur de bus égyptien, a visiblement été menée avec un engin explosif télécommandé à moins de 100 mètres de la frontière avec Israël. Bien entendu, l’explosion a résonné des deux côtés de la frontière.

Il s’agit pour les Israéliens d’un rappel symbolique que le djihad global, autrefois relégué aux confins de la Somalie, du Yémen et de l’Afghanistan, s’est enraciné au cœur du Levant, à une journée de route de la mosquée al-Aqsa.

« C’est très difficile pour eux de pénétrer en Israël », a confié le major (de réserve) Aviv Oreg, ancien chef du département sur Al-Qaïda et le Djihad Global au sein du renseignement militaire de Tsahal. Mais pour les organisations djihadistes de la péninsule du Sinaï, ce genre d’attaque est « tout à fait suffisante pour montrer qu’Israël est leur cible principale. »

L’attaque a, de manière, plus concrète, visé des touristes sur le sol égyptien. L’an dernier, après la déchéance de Morsi et la poursuite des attaques dans le Sinaï et le reste du pays, les recettes du tourisme ont chuté de 41 %. De 7,3 milliards d’euros en 2012, elles sont passées à 4,3 milliards en 2013, a révélé Reuters en janvier.

Ce premier attentat contre des touristes depuis la chute de Morsi risque d’affecter encore davantage les investissements étrangers. Il devrait également pousser l’Egypte, et tout particulièrement la péninsule du Sinaï, à faire un pas de plus vers une situation d’anarchie, l’écosystème dans lequel prospère le terrorisme.

Oreg, qui dirige aujourd’hui Ceifit, une entreprise d’analyse des menaces djihadistes globales, évoque deux responsables possibles – le groupe Ansar Bait al-Maqdis, lié à Al-Qaïda ou Majlis Shura al-Mujahidin Fi Aknaf Bayt al-Maqdis autrefois basé à Gaza, mais désormais contraint d’opérer dans le Sinaï et de viser Israël « car ça n’arrangeait pas le Hamas. »

Le groupe le plus probablement responsable, Ansar Bait al-Maqdis, est la principale organisation djihadiste dans le Sinaï et « est très proche d’Al-Qaïda», a déclaré Oreg lors d’un appel téléphonique avec des journalistes dimanche soir.

Le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri a même été entendu « de sa propre voix » revendiquer des attaques menées par Ansar Bait al-Maqdis.

Même si, selon Oreg, on en sait peu sur « l’organisation et l’infrastructure » du groupe terroriste, il semble clair qu’il possède un large panel d’armes. « Ils ont tout », explique Oreg, notamment des milliers de mines qui peuvent être transformées en engins explosifs improvisés, ainsi que des missiles de pointe importés de Libye après la chute de Kadhafi.

Fin janvier, l’organisation a abattu un hélicoptère miliaire, tuant les cinq soldats qui se trouvaient à bord. « Citez n’importe quelle arme dont vous avez besoin et vous pourrez la trouver dans la péninsule du Sinaï », poursuit Oreg.

Au cours des derniers mois, particulièrement depuis la chute de Morsi, la coopération entre les autorités israéliennes et égyptiennes « s’est largement améliorée », estime Oreg. Elle est passée du niveau tactique et opérationnel au domaine du renseignement.

Ces deux dernières années, le Shin Bet a été contraint à un réalignement stratégique pour s’occuper des menaces grandissantes venant du Sinaï.

Mais, comme le note Oreg, aucun système de défense n’est infaillible et cette attaque, visant sans doute le général Abdel Fattah al-Sissi et ses soutiens, risque également de dissuader les 1,8 million de Chrétiens qui se rendent chaque année en Israël, nombre d’entre eux entrant dans le pays par la péninsule du Sinaï.