Le jour où le président Shimon Peres a accueilli le pape François, le favori pour lui succéder a fait savoir qu’il ne partageait pas sa vision d’une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien.

Mais dans une interview avec le Times of Israel, le député Likud Reuven Rivlin a également promis que s’il était élu président, il ne chercherait pas à intervenir dans les décisions des élus d’Israël sur la paix ou sur toute autre sujet.

Rivlin qui parlait au Times of Israel dans une courte entrevue téléphonique, a montré une réticence à s’exprimer sur le vote du 10 juin dans lequel il espère que ses 119 collègues l’éliront comme 10ème président d’Israël.

«Je pense que j’ai le soutien de la plupart d’entre eux » a-t-il affirmé et que, s’il était élu pour succéder à Peres, ses collègues députés savent que « je ne vais pas intervenir dans les décisions de la Knesset. Les députés décideront des frontières d’Israël et de la paix. Le président est un pont pour permettre le débat, de réduire les tensions et d’atténuer les frictions ».

La présidence est un poste essentiellement honorifique, mais certains présidents – y compris certainement Peres – n’ont fait aucun secret de leurs préférences politiques et diplomatiques en cours de mandat. « Il ne s’agit pas pour le président de déterminer les arrangements entre Israël et les Palestiniens, et le monde arabe » a rappelé Rivlin « mais d’être le pont entre les opinions, et de faciliter le dialogue et la compréhension ».

Rivlin, 74 ans, est un père de quatre enfants, à la fois fan de foot [il soutient l’équipe du Beitar de Jérusalem] et un végétarien. Il est également ancien président de la Knesset, ancien ministre, et s’est aussi présenté sans succès face à Peres lors de la présidentielle de 2007. Les sondages le donnent favori dans la course sachant qu’il est aussi le candidat le plus populaire parmi la population.

Cependant, sa candidature n’a pas été approuvée par le chef de son parti, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qu’on dit vouloir empêcher Rivlin d’atteindre le poste, et qu’on soupçonne même d’ajourner l’élection ou de supprimer la fonction présidentielle.

Les médias israéliens prétendent que c’est en partie parce que Rivlin est franchement détesté par Sara Netanyahu.

Les connaisseurs des intrigues de la Knesset suggèrent que Rivlin a irrité le Premier ministre en prenant des positions indépendantes, et au mépris de la volonté de Netanyahou, à la fois en tant que président de la Knesset, et depuis en travaillant à limiter l’accès des lobbyistes au Parlement par exemple, et en votant contre les libérations de prisonniers palestiniens dans le cadre d’un processus de paix à l’agonie.

S’exprimant au lendemain de la venue du pape, Rivlin a qualifié celui-ci d’homme « bon et ouvert ». « Le pape a une capacité à comprendre. Il n’est pas étroit d’esprit, fermé, avec des parti-pris contre nous ».

Les Palestiniens, a déclaré Rivlin, « lui ont imposé » la visite à la barrière de sécurité lors de sa visite à Bethléem. « Le pape ne connaît pas la signification politique de chaque lieu. Il se tient là où on lui demande de se tenir ».

Mais quand des orateurs palestiniens, dont des enfants, ont fait des déclarations provocatrices contre Israël, Rivlin a remarqué « qu’il a répondu ». Il s’est prononcé en faveur d’Israël comme l’Etat du peuple juif. Il serait utile de rappeler « que ceux qui ont incité contre Israël [lors de la visite du pape à Bethléem] ne sont pas exactement heureux du fait de notre existence, et c’est un euphémisme ».

Néanmoins, il a souligné le fait même que François soit venu en Israël, « qu’il soit venu ici rencontrer le Premier ministre et le président et les grands rabbins, montre de facto et aussi de jure la reconnaissance par le Vatican d’Israël comme Etat du peuple juif ».

Rivlin, qui est né à Jérusalem, a déclaré qu’il considère les Juifs comme « un peuple élu qui a choisi de revenir sur sa terre ». Questionné sur sa vision pour l’avenir du pays, il affirme que « nous devons  vivre ensemble. C’est une réalité, un fait, que nous devons vivre ensemble. C’est notre lieu de naissance mais aussi le lieu de naissance d’autres parmi nous ».

Alors, comment pourrait-il résoudre le conflit israélo-palestinien ?

«Quand j’avais neuf ans, il n’y avait ici que 300 000 Juifs, et nous avons construit un Etat. Maintenant il y a 6 millions de Juifs. S’il y avait 10 millions de Juifs ici, nous n’aurions pas à renoncer à quoi que ce soit », fait-il savoir en référence à la fois aux territoires et aux principes démocratiques. « Sinon, eh bien, nous devrons vivre ensemble ».

Comment cela?

« Une confédération » suggère-t-il, en ajoutant « mais pas [dans une situation] où chaque côté est éduqué dans la haine de l’autre ».

« Mais pas d’Etat palestinien ? » lui demande-t-on.

«J’ai une vision que tout à coup tout le peuple juif viendra vivre ici » répond-il. « C’est utopique. Mais en fait moins utopique que la vision de Ben Gourion » qui s’est concrétisée avec la création d’Israël.

Rivlin ajoute : « Je sais que je suis un utopiste. Il en était de même de Jabotinsky [dirigeant sioniste révisionniste]. Il en était de même de Herzl. Que dit-il ? Si vous le souhaitez, ce ne sera pas un rêve ! ».

Le vétéran du Likud ajoute que Jérusalem « est un microcosme de vivre-ensemble entre Juifs et Arabes. Rivlin déplore à ce sujet que la Journée de Jérusalem [marquant la réunification de la ville après la guerre des Six Jours] ne soit plus une journée de « consensus » mais qu’elle ne devienne célébrée que par les Israéliens religieux.

« En 1967, lorsque la ville a été réunifiée, la joie concernait tout le monde. En 1983, le maire Teddy Kollek avait 15 000 Arabes qui votaient pour lui. Même si nous étions dans l’opposition, je l’ai félicité pour l’unification de Jérusalem ». Mais depuis lors, ce qui était affaire de consensus incluant Meretz jusqu’en 1979, dit-il, s’est effondré.

« Je prie pour que nous apprenions à vivre ensemble », a conclu Rivlin. « Et que Jérusalem soit unie ». Il le répète : « les Juifs et les Arabes comprennent que nous devons vivre ensemble. C’est une réalité, un fait, que nous devons vivre ensemble ».