Le FBI a placé cette semaine un avertissement au public sur la fraude aux options binaires en première ligne de son site principal, avant même les alertes sur les personnes « les plus recherchées » et les « personnes disparues », soulignant ainsi que l’industrie largement frauduleuse, qui pèse des milliards de dollars et est basée en Israël, est devenue l’une des priorités principales de l’agence fédérale américaine.

Depuis le 13 mars, les visiteurs du site du FBI, la principale agence d’investigation du département américain de la Justice, peuvent lire les mots « Fraude aux options binaires » en haut de la page lié à un article décrivant la vaste arnaque.

Demandant à la population d’être méfiante à l’apparition des termes « options binaires », l’agence, dans l’article d’accompagnement, prévient que plusieurs sites internet proposant ces produits sont « utilisés par des criminels à l’extérieur des Etats-Unis et constituent une fraude. »

« La fraude aux options binaires est un problème croissant, que le FBI a actuellement dans son viseur », indique l’agence, faisait écho aux entretiens accordés par des employés au Times of Israël le mois dernier. Ils avaient déclaré que la répression de la fraude aux options binaires était devenue dans le monde entier une de ses priorités.

Le haut du site internet du FBI, dominé par un avertissement sur la fraude aux options binaires, le 15 mars 2017. (Crédit : capture d'écran FBI)

Sur le haut du site internet du FBI, un avertissement à la fraude aux options binaires, le 15 mars 2017. (Crédit : capture d’écran FBI)

« En 2011, notre centre de plainte concernant les crimes sur internet (IC3) a reçu quatre plaintes, avec des pertes signalées d’un peu plus de 20 000 dollars, de victimes de la fraude aux options binaires. Cinq ans après, l’IC3 a reçu des centaines de plaintes avec des pertes de millions de dollars en 2016 », indique l’avertissement publié sur le site du FBI.

« Et ces nombres ne reflètent que les victimes qui ont signalé avoir été arnaquées à l’IC3. L’étendue réelle de la fraude, qui fait des victimes dans le monde entier, n’est pas totalement connue. Certains pays européens ont signalé que les plaintes pour fraude aux options binaires représentent 25 % de l’ensemble des plaintes reçues pour fraude. »

« Certains pays européens ont signalé que les plaintes pour fraude aux options binaires représentent 25 % de l’ensemble des plaintes reçues pour fraude »
Le FBI

Comme l’a relaté le Times of Israël dans une série d’articles depuis l’année dernière, une grande partie de la fraude aux options binaires provient de centres d’appels situés en Israël. L’industrie, qui emploie des milliers d’Israéliens, agit depuis 10 ans en Israël, avec peu voire aucune intervention des forces de l’ordre du pays, et, selon des estimations, elle génèrerait entre cinq et dix milliards de dollars par an. Les entreprises frauduleuses, dont les employés utilisent habituellement de fausses identités et mentent sur leur emplacement et leur expertise, utilisent différentes ruses pour piéger leurs clients du monde entier, qui pensent qu’ils font des investissements à court terme potentiellement lucratifs, alors qu’ils perdent tout ou presque des sommes investies.

L’avertissement dominant le site internet du FBI est publié à un moment critique en Israël, alors que la commission des lois, un organe gouvernemental dont les discussions ne sont pas ouvertes au public, doit se prononcer sur une loi gouvernementale, rédigée par l’Autorité des titres israéliens (ATI), le ministère de la Justice et le bureau du procureur général, pour fermer toute l’industrie israélienne, interdisant d’opérer d’où que ce soit en Israël, où que soient les clients dans le monde.

Des sources ont indiqué au Times of Israël que des lobbyistes et des soutiens de l’industrie travaillent en coulisse pour tenter de compromettre le soutien des ministres à la nouvelle législation. (Deux défenseurs de l’industrie étaient présents pendant une session sur la fraude des options binaires de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset du mois dernier, où leurs plaidoyers pour épargner l’industrie largement frauduleuse ont été rejetés par les députés et les forces de l’ordre.)

Yanir Melech, à gauche, et Roni Rimon, défenseurs des options binaires, et Nimrod Assif, à droite, avocat de victimes de l’industrie, pendant la réunion de la commission du Contrôle de l’Etat, à la Knesset, le 28 février 2017. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Yanir Melech, à gauche, et Roni Rimon, défenseurs des options binaires, et Nimrod Assif, à droite, avocat de victimes de l’industrie, pendant la réunion de la commission du Contrôle de l’Etat, à la Knesset, le 28 février 2017. (Crédit : Simona Weinglass/Times of Israël)

Ignorant les alertes sur l’industrie largement frauduleuse, les lobbyistes affirment qu’une interdiction mettrait un grand nombre d’Israéliens au chômage. Ils plaident pour que les entreprises d’options binaires soient régulées plutôt que fermées, alors que le régulateur lui-même, Shmuel Hauser, le président de l’ATI – qui se dit écœuré par la fraude, par son impact dévastateur sur la réputation financière d’Israël qui contribue à alimenter l’antisémitisme – est le responsable même qui supervise la rédaction de la législation cherchant à fermer l’industrie toute entière.

« Je n’ai pas encore vu une seule entreprise d’options binaires légitime », a déclaré la semaine dernière Jason Roy, le président de la nouvelle équipe canadienne de lutte contre les options binaires. Il a demandé au gouvernement israélien de fermer « immédiatement » ce secteur.

Un policier israélien présent lors de la session du 28 février de la commission de la Knesset a promis aux fraudeurs des options binaires que « nous aborderons le sujet sous l’angle pénal, nous nous intéresserons au traitement des cartes de crédit, et si nous ne pouvons pas les coincer sous l’angle pénal, alors nous les coincerons sous l’angle régulatoire. Et si nous ne les coinçons pas comme ça, nous trouverons les sources de leur revenu. Et si nous ne trouvons pas ces sources, nous irons vers les autorités fiscales et nous les coincerons sur leur déclaration de leurs revenus », a promis le commissaire Gabi Biton. « Nous les attaquerons dans toutes les directions. »

Vol, usurpation d’identité et manipulation d’algorithmes

Dans l’article du 13 mars du FBI, le bureau explique que « options binaires » est en lui-même un terme neutre qui décrit un produit financier qui peut être légitime s’il est proposé sur les marchés et correctement régulé. Mais beaucoup des sites internet qui vendent des options binaires sont gérés par « des criminels situés à l’étranger [qui] ne sont intéressés que par une seule chose : prendre votre argent. »

Le FBI affirme que les plaintes reçues sur les entreprises d’options binaires tombent généralement dans trois catégories : le refus de créditer le compte d’un client ou de rembourser ses fonds, l’usurpation d’identité et la manipulation de logiciel de trading.

Le refus de créditer les comptes des clients, prévient le FBI, implique de ne pas permettre aux clients de retirer leur argent, d’ignorer les appels et les e-mails du client, et de parfois geler les comptes en accusant le client lui-même de fraude.

Shmuel Hauser, président de l'Autorité des titres israélienne, en 2014. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Shmuel Hauser, président de l’Autorité des titres israélienne, en 2014. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Les usurpations d’identité ont lieu lorsque les départements de conformité des entreprises demandent des documents comme des photocopies de cartes de crédit, de passeport, de permis de conduire et de factures, a priori pour se conformer aux régulations de lutte contre le blanchiment d’argent. « Ces informations peuvent potentiellement être utilisées pour usurper votre identité. » (De plus, le Times of Israël a établi que ces documents peuvent être utilisés par des entreprises frauduleuses pour refuser les recouvrements des banques.)

Enfin, certaines plateformes de transactions d’options binaires reconfigurent leurs algorithmes pour générer des pertes, indique le FBI.

Le FBI enquête activement sur plusieurs entreprises d’options binaires. En janvier, il a organisé le Sommet sur la fraude aux options binaires 2017, au siège d’Europol à La Haye, qui a réuni plus de 20 agences des forces de l’ordre et de régulation de toute l’Europe et d’Amérique du Nord pour discuter de cette menace criminelle de plus en plus importante.

Même si un grand pourcentage de cette activité criminelle est mené depuis des centres d’appels situés en Israël, les sociétés écrans de l’industrie et ses infrastructures de processus de paiements sont réparties dans le monde entier, tout comme le sont les victimes.

Le centre d'appels de l'entreprise Binary St. en Israël. (Crédit : Iacopo Luzi)

Le centre d’appels de l’entreprise Binary St. en Israël. (Crédit : Iacopo Luzi)

Le FBI a déclaré en février au Times of Israël que les frontières internationales ne le dissuaderaient pas de poursuivre les auteurs de ces crimes.

« Nous ne sommes pas limités aux Etats-Unis », avait déclaré l’agent spécial Milan Kosanovich. « Nous avons des partenaires internationaux dans des pays du monde entier. Je ne veux pas rentrer dans les détails mais nous avons travaillé dur pendant longtemps en tant qu’entité pour obtenir les informations dont nos enquêteurs ont besoin de la part de nos partenaires. »

Le FBI a invité quiconque a le sentiment d’avoir été arnaqué par les options binaires, peu importe l’endroit du monde où il vit, à se présenter.

Une porte-parole du FBI a déclaré que quiconque ayant une plainte ou une information sur la fraude des options binaires pouvait contacter le FBI, notamment sur le centre de plainte pour le crime sur internet de l’agence, www.IC3.gov. Quiconque ayant une information devrait aussi le signaler à la SEC et à la FCTC, a déclaré la porte-parole.