Vingt-cinq ans après la mort d’un agent israélien de l’antiterrorisme dans un mystérieux accident d’avion au Mexique, son fils a fait savoir vendredi qu’il s’agissait d’un assassinat, et a pointé un doigt accusateur sur les États-Unis.

Amiram Nir était le conseiller de Shimon Peres et d’Yitzhak Shamir dans les années 1980 pour la lutte contre le terrorisme. Il a joué un rôle clé dans l’Irangate (ou Iran-Contra), un scandale politique impliquant des fonctionnaires de l’administration Reagan, au cours duquel on a vendu secrètement des armes à l’Iran – y compris Israël – en violation d’un embargo.

Nir est mort à la fin de 1988, dans un accident d’avion au Mexique.

Sa disparition a longtemps suscité les théories du complot, y compris des allégations non fondées selon lesquelles il aurait été réduit au silence parce qu’il pouvait donner des détails sur l’Irangate qui auraient embarrassé George Bush, vice-président de Reagan [il allait devenir le président des Etats-Unis en 1989].

Nimrod Nir, le fils d’Amiram, a affirmé vendredi soir sur la deuxième chaîne israélienne qu’il avait passé ses dernières années à enquêter sur la mort de son père, et a conclu que l’accident d’avion n’était pas un accident. Nimrod Nir estime que son père a été assassiné par quelqu’un qui ne voulait pas qu’il dise la vérité.

A la question de l’enquêteur s’il pensait que la responsabilité de l’assassinat avait atteint le niveau de « candidats à la présidence des États-Unis », « est-ce que ce sont des suspects immédiats de votre point de vue ? », Nir a répondu : « Absolument ».

Le rapport de la télévision a présenté un long film sur George Bush interviewé par Dan Rather sur ce qu’il savait du scandale sur l’Iran, y compris sur sa présence au cours d’une visite en Israël avec Amiram Nir lors de réunions. Bush avait alors nié toute connaissance de ce dossier durant la campagne présidentielle de 1988.

« Nir avait informé Bush » sur l’Iran -Contra, a écrit le journaliste israélien Ronen Bergman et auteur d’un livre sur « La guerre secrète avec l’Iran », publié en 2008.

Nir aurait impliqué le nouveau président. Le fait que Nir ait été tué dans un accident d’avion mystérieusement localisé au Mexique, explique Bergman « a donné lieu à de nombreuses théories du complot ».

Dans les années suivant la mort de Amiram Nir, une «série systématique» de cambriolages a eu lieu dans les maisons et les bureaux des personnes liées à l’Iran-Contra, y compris la maison de la veuve de Nir, écrit Bergman dans son livre. A ce jour, il n’est pas clair si Amiram Nir a été assassiné écrit Bergman, et s’il l’a été, par qui…

Judy, la mère de Nimrod Nir (et veuve de Amiram), a épousé le leader politique israélien Silvan Shalom, qui est le ministre de l’énergie dans l’actuel gouvernement israélien.

Shalom envisageait de rentrer dans la course à la présidence [le président sera choisi le 10 Juin], mais il y a finalement renoncé suite aux allégations non prouvées d’inconduite sexuelle qui ont été portées contre lui au cours des dernières semaines.

Shalom a adopté Nimrod comme son fils, et Nimrod a été interviewé vendredi essentiellement sur ​​le traumatisme que les allégations non fondées contre Shalom avaient causé à la famille.

L’entretien a alors dévié sur le sujet de la mort de Amiram Nir.

En menant une campagne de diffamation contre Shalom, qui a été largement décrite dans les médias israéliens comme un « assassinat politique » Nimrod Nir a alors confié à l’enquêteur : « Dans le passé, il y a vraiment eu des assassinats politiques ».

L’année dernière, en se documentant sur une curieuse rencontre en 1986 entre Amiram Nir et l’iranien Hassan Rouhani [qui a joué un rôle important dans l’affaire Iran-Contra], Mitch Ginsburg du Times of Israel avait noté : « Le 30 Novembre 1988, Amiram Nir a embarqué sur un T-210 à moteur Cessna à Uruapan jusqu’à Mexico.

Il avait dit être parti au Mexique pour le business de l’avocat. L’avion s’est écrasé dans les montagnes, par temps clair, et Nir a été déclaré mort.

« Beaucoup de spéculations ont tourné autour de la possibilité d’une faute dans ce décès, puisque Nir pouvait personnellement témoigner du fait que très hauts fonctionnaires américains connaissaient les détails de l’affaire Iran-Contra.

Adriana Stanton, qui a fait partie du voyage de Nir, et qui a également pris l’avion sous un pseudonyme, a affirmé à la Dixième chaîne en 2009 qu’elle avait vu Nir bel et bien vivant après le crash.

Ancien journaliste et chef de bataillon dans le corps des blindés, Amiram Nir est enterré dans le cimetière de Kiryat Shaul à Tel-Aviv.