Le fils soldat d’un ancien député attaqué par des ultra-orthodoxes à Jérusalem
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Le fils soldat d’un ancien député attaqué par des ultra-orthodoxes à Jérusalem

Dov Lipman appelle à une nouvelle législation pour combattre la poussée de violence contre les soldats, il affirme que c’est “la dernière poche d’extrémisme” alors que l’incorporation des Haredi augmente

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Affrontement entre policiers israéliens et Juifs ultra-orthodoxes pendant une opération d'arrestation d'attaquants de soldats ultra-orthodoxes dans le quartier Mea Shearim de Jérusalem, le 4 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Affrontement entre policiers israéliens et Juifs ultra-orthodoxes pendant une opération d'arrestation d'attaquants de soldats ultra-orthodoxes dans le quartier Mea Shearim de Jérusalem, le 4 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Après qu’une foule ultra-orthodoxe a traité vendredi son fils de nazi et d’autres insultes parce qu’il fait son service dans l’armée israélienne, l’ancien membre de la Knesset Dov Lipman, lui-même Juif ultra-orthodoxe, a déclaré qu’il allait passer à l’offensive contre le petit groupe d’extrémistes responsable de la récente poussée de violence contre les soldats. Il va travailler avec des députés pour proposer des textes législatifs visant à protéger les soldats.

Vendredi, Shlomo, le fils de Lipman, qui sert dans la brigade d’infanterie Golani, a quitté sa base ; il s’est arrêté à la maison de famille dans la ville du centre de Beit Shemesh, et s’est ensuite rendu vers le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem de Mea Shearim pour acheter le volume d’un texte religieux avant Shabbat.

Au cours de récentes semaines, Mea Shearim a été le lieu de multiples attaques – à la fois verbales et physiques – contre des soldats de l’armée israélienne en uniforme par des extrémistes violents de la communauté ultra-orthodoxe, aussi connu comme Haredim.

Selon son père, Shlomo en était conscient en allant dans le quartier et avait fait l’expérience d’actes similaires dans la ville natale de Beit Shemesh, qui a une large population Haredim, y compris quelques sectes radicales.

« Il savait qu’on allait lui crier dessus. Cela se produit aussi à Beit Shemesh. Mais il ne s’était jamais imaginé que cela tournerait ainsi », a déclaré Lipman au Times of Israël au téléphone dimanche.

MK Dov Lipman during an assembly session in the plenum hall at the Knesset, March 06, 2013 (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Le député Dov Lipman à une session plénière de la Knesset – 6 mars 2013 (Crédit : Miriam Alster Flash 90)

Alors que Shlomo est entré dans la librairie, une « foule s’est formée devant le magasin, bloquant la sortie », a déclaré Lipman.

Ils lui ont hurlé « sors d’ici », ils l’ont traité de « nazi » et de hardak, une insulte en hébreu utilisée par et contre les membres de la communauté haredi. C’est à la fois un acronyme pour « Haredi frivole » (Haredi kal da’at) et un composé de mots hébreux pour insecte (harak) et bactérie (haidak).

Lorsque des membres de la foule ont pénétré dans le magasin pour aller le chercher, un employé l’a fait sortir par la porte de derrière. Désorienté, Shlomo a essayé de comprendre où il était afin de quitter la zone en sécurité. Mais la foule l’a rapidement remarqué, et a continué à le poursuivre.

Selon la police, en plus de proférer des injures, des membres de la foule lui ont également lancé des pierres. Mais il n’a pas été touché, a déclaré Lipman.

« Elles ne l’ont pas touché. Il n’a même pas vu les pierres qui ont été lancées », a-t-il déclaré.

Un passant haredi a vu Shlomo dans la rue, il l’a pris par la main et l’a conduit loin de la foule, a déclaré Lipman. « J’aimerais bien le retrouver pour le remercier directement », a-t-il ajouté.

Des volontaires du service d’ambulance Hatzalah United sont arrivés peu après, et ils ont été suivis dans la foulée par des officiers de police à motos qui avaient été appelés sur place par les résidents.

Quand une ambulance du service d’urgence Magen David Adom est arrivée, les officiers ont dit à Shlomo de monter dedans, non parce qu’il était blessé, mais parce que le véhicule fermé lui permettrait de quitter le quartier en toute sécurité.

Pourtant, selon la police, l’ambulance a aussi été arrêtée par la foule et n’a pas pu sortir rapidement de Mea Shearim.

Rapidement après que la foule se soit dispersée, la police a annoncé qu’elle allait ouvrir une enquête sur l’attaque. Pourtant, à part les lanceurs de pierres, peu de personnes pourraient être poursuivies pour l’incident.

Fixer des limites

Dans des cas comme celui de Shlomo, la police a peu de recours puisque les gens qui insultent les soldats n’ont pas commis un crime. Ils sont protégés par les lois sur la liberté d’expression. (Evidemment, les gens qui menacent ou attaquent ouvertement des soldats peuvent être arrêtés et condamnés.)

C’est quelque chose que Lipman, qui a auparavant été député du parti centriste Yesh Atid, espère changer avec une loi qui rendrait « illégal de hurler des insultes aux soldats ».

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre les commerces ouverts le samedi et le recrutement des ultra-orthodoxes dans l'armée, aux abords du quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 3 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre les commerces ouverts le samedi et le recrutement des ultra-orthodoxes dans l’armée, aux abords du quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 3 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’ancien législateur a souligné, « Je suis pour la liberté d’expression mais chaque société fixe des limites. »

Lipman a reconnu qu’il s’agissait d’un véritable champ de mine juridique, puisque cela pourrait rapidement enfreindre le droit de manifester.

« Cela doit être pensé très prudemment, a-t-il précisé. Cela prendra du temps ».

Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de Yeh Atid, le député Yair Lapid, a partagé l’histoire de Shlomo sur sa page Facebook et Lipman a déclaré qu’il avait parlé avec Lapid de la possibilité de travailler ensemble à une initiative législative.

En réaction aux attaques contre des soldats en uniforme, l’armée offre aux ultra-orthodoxes des permis spéciaux qui leur permettent de quitter leur base en habits civils afin de passer dans leurs quartiers sans être pris à parti. (Des soldats arabes ont un permis similaire pour la même raison.)

Lipman a déclaré que son fils n’avait jamais essayé d’obtenir un tel permis, puisqu’il n’en avait jamais fait l’expérience et parce qu’il était idéologiquement opposé à l’idée.

« Il n’essaie pas de provoquer », a déclaré Lipman ; son fils pense simplement que dans l’Etat juif, les soldats de l’armée devraient pouvoir se déplacer librement sans craindre d’être insultés.

Lipman a déclaré que lui et la police ont demandé à Shlomo s’il retournerait à Mea Shearim en uniforme. « Il a déclaré que s’il devait y aller et qu’il était en uniforme, il irait. Il ne va pas changer son comportement général. Mais il n’irait pas spécifiquement là-bas », a déclaré Lipman.

« Mais mon objectif est d’arriver à un point où il peut, lui ou n’importe quel autre soldat aller n’importe où et savoir qu’ils sont en sécurité », a-t-il ajouté.

Les attaques contre les soldats haredim en uniformes ont augmenté ces derniers mois, principalement dans les quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem, mais aussi à Beit Shemesh. Les attaques, les menaces et les manifestations violentes par des membres de la communauté proviennent généralement de l’opposition à la participation au service militaire obligatoire que tous les citoyens israéliens doivent accomplir.

L’ancien député a déclaré que la poussée des attaques contre des soldats Haredim était la « dernière poche d’extrémisme » alors que la communauté ultra-orthodoxe devient de plus en plus intégrée à la société israélienne, sert dans l’armée, entre dans le monde du travail et étudie dans les universités, avec des chiffres records dans tous les domaines.

Un membre de la secte anti-sioniste Neturei Karta brûle un drapeau israélien pendant la fête de Lag BaOmer, dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem, en mai 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un membre de la secte anti-sioniste Neturei Karta brûle un drapeau israélien pendant la fête de Lag BaOmer, dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem, en mai 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les attaques ont entraîné des dénonciations de la part d’officiels militaires, de la police et des politiciens de tous bords (mais pas de la part des législateurs haredim).

Selon Lipman, les attaques sont un détournement de la norme dans la communauté haredim. Dans le passé, a-t-il déclaré, les communautés ultra-orthodoxes n’étaient peut-être pas particulièrement sionistes ou patriotiques, mais elles reconnaissaient que les « soldats sont ceux qui nous protègent ».

La « façon haredi », a-t-il déclaré, est pour une synagogue d’omettre la « Prière pour l’Etat d’Israël » pendant ses services, mais d’inclure la « Prière pour les soldats de l’armée ».

Lipman s’est souvenu avoir dit une bénédiction pour Shlomo avant qu’il n’aille à l’armée. « Il ne m’était jamais venu à l’esprit que je devrais demander la protection contre mes frères juifs, et nous devons trouver une solution pour que cela ne soit plus une préoccupation », a-t-il déclaré.

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