La France votera probablement en faveur d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui condamne la construction dans les implantations israéliennes, a annoncé jeudi la nouvelle ambassadrice française en Israël. Elle a ajouté que la résolution était « équilibrée » et qu’elle exprime des positions largement acceptées par la communauté internationale.

« Ce qui est dans ce texte est très proche de ce que nous disons ouvertement », a déclaré Hélène Le Gal à des journalistes israéliens depuis sa résidence de Jaffa. « Le contenu de cette résolution correspond à ce que nous disons sur le sujet » depuis longtemps, a-t-elle déclaré.

Paris soutient traditionnellement les résolutions pro-palestiniennes sur la scène internationale.

Mercredi soir, à la surprise générale, l’Egypte, qui détient en ce moment un siège non permanent au Conseil et y représente le groupe arabe, a fait circuler un projet de résolution qui sera mis au vote jeudi, à 22h00 (heure israélienne).

La version égyptienne actuelle est une version adoucie d’une version palestinienne précédente, et peut à présent être considérée comme « équilibrée », a déclaré Le Gal. « Le texte dit que les colonies sont un obstacle à la paix, mais il condamne également la violence. »

Des immeubles en construction dans l'implantation juive de Kiryat Arba, près de Hébron, le 6 juillet 2016. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Des immeubles en construction dans l’implantation juive de Kiryat Arba, près de Hébron, le 6 juillet 2016. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

La version la plus récente de la résolution, qui peut encore changer en raison de négociations de dernière minute, exprime une « préoccupation profonde que la poursuite des activités de colonisation israélienne mette dangereusement en péril la viabilité d’une solution à deux états », et condamne « tous les actes de violence contre les civils, notamment les actes de terrorisme, ainsi que les actes de provocation, d’incitation [à la violence et/ou à la haine] et de destruction. »

Faisant écho à une résolution adoptée en 2002 par le Conseil de sécurité, que les Etats-Unis avaient votée, le texte décrit aussi sa vision d’une « région où deux états démocratiques, Israël et la Palestine, vivent côte à côte en paix, au sein de frontières sécurisées et reconnues. »

Voter une résolution du Conseil de sécurité condamnant les implantations est particulièrement important en raison des « signaux » du gouvernement israélien, qui soutient de plus en plus l’entreprise d’implantations, a déclaré Le Gal.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exprimé dimanche, pendant la réunion du cabinet de sécurité, son « amour des implantations ». « Aucun autre gouvernement ne s’est plus inquiété des implantations sur la Terre d’Israël, et aucun gouvernement ne s’en inquiétera plus », a-t-il déclaré.

Jeudi matin, Netanyahu a appelé sur Twitter les Etats-Unis à apposer leur veto à la « résolution anti-Israël ».

Hélène Le Gal, ambassadrice française en Israël. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Hélène Le Gal, ambassadrice française en Israël. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Interrogée par le Times of Israël pour savoir si elle attendait une conséquence concrète du possible vote de cette résolution, ou si elle ne serait qu’une déclaration de plus qui ne changera rien sur le terrain, l’ambassadrice a répondu que « si elle passe, elle montrera aux acteurs de la région, particulièrement à Israël, que la communauté internationale est très inquiète du futur de la solution à deux états, et que les colonies sont un obstacle à la paix. Une résolution du Conseil de sécurité a plus de poids qu’une simple déclaration. »

Le Gal a ajouté que les Israéliens qui pensent que le monde est antisémite et qu’il se concentre par conséquent sur la condamnation d’Israël ont tort. « L’idée que ‘tout le monde est contre nous’ est fausse. Parce que tout le monde est avec Israël, c’est pour ça que nous devons dire quelque chose. »

L’ambassadrice, qui a pris son poste officiellement il y a deux semaines, a également parlé du projet du gouvernement français d’organiser une conférence de paix internationale à Paris le mois prochain.

« Nous voulons poursuivre la mobilisation de la communauté internationale pour la solution à deux états », a déclaré Le Gal. Les deux objectifs du sommet sont de ne pas oublier le conflit israélo-palestinien en raison des autres crises régionales, et d’explorer avec les états arabes la manière dont ils pourraient contribuer à la paix, a-t-elle ajouté.

Les dirigeants des états arabes veulent assister à la conférence et y rencontrer Netanyahu, a déclaré la diplomate expérimentée, proche du président français François Hollande. Netanyahu a dit à Hollande qu’il accepterait de rencontrer le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Paris à condition qu’il n’y ait pas de conférence de paix internationale. Puisque Paris refuse d’abandonner son projet, le dirigeant israélien refuse d’assister au sommet et même de rencontrer Abbas avant ou après celui-ci, selon Le Gal.

« Nous ne proposons pas d’être un médiateur, a-t-elle ajouté. Ce sont les parties qui doivent trouver un accord. L’idée de notre conférence est de voir ce que la communauté internationale peut faire pour soutenir ce processus. »

Quand il lui a été demandé si elle pensait que les participants arabes à la conférence parisienne accepteraient de mettre à jour l’Initiative de paix arabe, qui promet à Israël des relations diplomatiques avec tout le monde musulman si un accord de paix est signé avec les Palestiniens, Le Gal a répondu que la conférence faisait partie du « processus ».

Elle a ajouté que « si nous ne faisons rien, il ne se passera rien. »

Le président Reuven Rivlin reçoit les lettres de créances de la nouvelle ambassadrice de France en Israël, Hélène le Gal, le 12 décembre 2016. (Crédit : Mark Naiman/GPO)

Le président Reuven Rivlin reçoit les lettres de créances de la nouvelle ambassadrice de France en Israël, Hélène le Gal, le 12 décembre 2016. (Crédit : Mark Naiman/GPO)

Le 12 décembre, alors qu’elle présentait ses lettres de créances au président Reuven Rivlin, elle avait dit que la conférence ne proposerait aucune idée neuve sur la résolution du conflit moyen-oriental, mais qu’elle avait pour objectif principal d’empêcher le sujet d’être oublié parmi toutes les autres crises mondiales.

« Ce que nous proposons n’a rien de nouveau, mais [nous tentons] de maintenir le sujet au programme et de ne pas l’abandonner parce qu’il y a d’autres crises dans le monde, avait déclaré Le Gal. Nous continuons à proposer quelque chose, et c’est toujours dans un très bon esprit envers Israël. »