Les dernières nouvelles de Syrie ne sont pas réjouissantes pour les habitants israéliens du Golan, et encore moins pour les Syriens qui vivent de l’autre côté de la frontière.

La majeure partie du Golan syrien est aux mains de l’opposition. Le long de la frontière israélo-syrienne, seules deux zones restent sous le contrôle du régime d’Assad : Quneitra, au centre du Golan, et Khader, dans la région druze, au nord du plateau.

Des groupes liés à Al-Qaïda y maintiennent une forte présence. En outre, le Front al-Nosra, qui fut la branche syrienne d’Al-Qaïda en Irak (avant de se séparer des dirigeants de l’État islamique en Irak et au Levant), contrôle aujourd’hui le sud du Golan syrien.

Depuis la frontière israélienne, il est possible de distinguer les drapeaux noirs du Front al-Nosra, ondulant au-dessus des maisons du village de Kudna.

Mais toutes les zones aux mains de l’opposition ne sont pas contrôlées par les islamistes. À cet égard, le Golan n’est pas différent du reste de la Syrie. Dans les hauteurs, plusieurs groupes sans hiérarchie bien établie et sans commandement central combattent le régime. Dans certaines zones, les islamistes sont majoritaires et dans d’autres, des groupes plus modérés sont aux commandes. Ils partagent une haine commune envers Bashar el-Assad.

Dans un discours prononcé en début de semaine, le président syrien a affirmé que la campagne militaire contre les rebelles prendrait fin cette année.

Il n’est pas certain qu’il ait eu une quelconque base pour étayer de tels propos, à part peut-être l’apathie internationale à l’égard de la répression qu’il mène. Au cours des dernières semaines, l’armée syrienne a utilisé des armes chimiques, certes moins létales que celles ayant provoqué la mort de 1 400 à 1 700 personnes en août dernier.

Mais cela reste des armes chimiques.

Mais cela reste des armes chimiques.

Assad comprend bien que grâce aux soutiens de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU et à la faiblesse américaine sur la scène internationale, il peut continuer à faire ce qu’il veut.

La politique du président Barack Obama au lendemain de l’attaque chimique syrienne dans la banlieue de Damas – cherchant à éviter à tout prix un conflit militaire – a conduit Damas et Moscou (et, dans une certaine mesure, Jérusalem et Ramallah) à cette conclusion
implacable : il n’y a aucun responsable.

Des livres seront écrits sur la logique (ou l’absence de logique) de la politique étrangère sous Obama. En attendant, la Syrie continue de s’embraser.

Il est difficile d’évaluer le nombre de victimes du conflit, mais il dépasse probablement les 150 000. L’économie du pays a été détruite et il faudra plusieurs décennies pour la reconstruire. Des millions de personnes ont perdu leurs maisons et sont devenues des réfugiés.

La guerre est loin d’être finie

La situation dans le Golan met en évidence à quel point les déclarations d’Assad sur le contrôle territorial du régime dès le premier jour relevaient du vœu pieux.

La majorité du territoire syrien est toujours aux mains de l’opposition. Les rebelles ont obtenu des victoires significatives dans tout le pays, notamment à la frontière turque et même dans la région alaouite de Lattaquié. Dans les zones kurdes, le régime n’ose même pas défier ses adversaires.

Malgré cela, et c’est à mettre sur le compte d’Assad, l’armée gouvernementale a remporté plusieurs succès ces dernières semaines, notamment à la frontière libanaise.

Le Hezbollah a déjà déclaré publiquement que son théâtre d’opérations contre Israël serait désormais le Golan

 

Les soutiens du régime, avec l’aide des combattants du Hezbollah, ont repris la plupart des bastions rebelles frontaliers.

Cette semaine, l’armée a conquis la célèbre ville chrétienne de Maaloula, dans la région de Qalamoun. Le principal objectif des forces syriennes et du Hezbollah était de couper les liens entre les rebelles et le Liban afin d’empêcher l’afflux de djihadistes libanais et d’amoindrir les soutiens que reçoivent les opposants autour de Damas.

Dans d’autres régions, le régime se contente simplement de maintenir le contrôle, comme c’est le cas à Quneitra à la frontière israélienne ainsi qu’à Khader, qui fait face au village druze de Majdal Shams, en territoire israélien.

De leur côté, les Druzes et les Syriens, sans doute par crainte des islamistes, ont mis sur pied des milices locales qui combattent aux côtés d’Assad et agissent même dans des villages sunnites voisins tenus par l’opposition.

Un cocktail explosif pour Israël

La présence militaire dans le Golan syrien, jouissant des soutiens d’Al-Qaïda et de l’armée d’Assad, et renforcée par le Hezbollah, représente un cocktail explosif pour Israël. Le Hezbollah a déjà déclaré publiquement que son théâtre d’opérations contre Israël serait désormais le Golan.

La supposition de l’armée israélienne est que les récentes tentatives du Hezbollah pour blesser des soldats à l’aide d’engins explosifs improvisés (EEI) ne sont pas les dernières.

L’organisation terroriste chiite a visiblement tiré partie de l’aide syrienne pour poser des EEI à des endroits mal déterminés. Ces explosifs, s’ils existent vraiment, pourraient être activés en cas de nouvelle attaque d’Israël contre des convois du Hezbollah au Liban.

Le Hezbollah a prévu de faire du Golan son terrain de jeu contre Israël si Jérusalem intervenait au Liban. Dans le même temps, l’énergie et les ressources qu’il consacre à la guerre civile syrienne ne font qu’augmenter.

L’AFP a révélé cette semaine que 5 000 combattants du Hezbollah étaient présents sur le sol syrien. L’organisation a enrôlé un nombre conséquent de jeunes combattants, tout juste majeurs, et les a envoyés s’entraîner plusieurs mois dans la plaine de la Bekaa, puis en Iran.

L’article de l’AFP montre également qu’en raison du grand nombre de recrues souhaitant combattre en Syrie, l’enrôlement de nouveaux soldats a été interrompu.

L’implication du Hezbollah en Syrie a conduit à un changement drastique du modus operandi de l’organisation. Abandonnant la guérilla, le Hezbollah a adopté les tactiques de combat d’une armée régulière.

Ironiquement, les combattants du groupe chiite ont d’ailleurs confié à l’AFP que les soldats syriens étaient moins bien formés que les guerriers surentraînés du Hezbollah.