Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a nommé jeudi Rami Hamdallah pour servir de chef d’un « gouvernement de consensus national », le soi-disant « gouvernement d’unité » accepté par le Fatah et le Hamas.

Pourtant, une annonce officielle sur la composition du gouvernement au complet, qui était également attendue jeudi, a de nouveau été reportée. Actuellement, on ne sait pas clairement quand il pourrait être finalisé.

Selon plusieurs sources palestiniennes, Abbas doit annoncer les noms de nouveaux ministres lundi. Nous verrons bien. Trois positions ministérielles clés entraînent un blocage dans les discussions entre le Hamas et le Fatah.

Le premier blocage concerne le poste de ministre des Affaires étrangères. Abbas insiste que Riyad al-Maliki, déjà en poste, soit confirmé dans ses fonctions ce que le Hamas refuse.

Il n’y a pas non plus d’accord sur le ministre de l’Intérieur.

Les deux factions rivales pensaient que le nouveau Premier ministre lui-même, Hamdallah, accepterait de prendre cette fonction délicate (le ministre de l’Intérieur est responsable de toutes les forces de sécurité palestiniennes, y compris en théorie, celles de la bande de Gaza).

Hamdallah, toujours selon les mêmes sources, a refusé la nomination.

Selon le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuheri, les deux parties sont également divisées sur le poste de ministre des Affaires des Prisonniers. Abbas exige que le ministère soit démantelé, et qu’un comité indépendant soit mis en place pour s’occuper des questions de prisonniers, mais le Hamas souhaite conserver le ministère sous sa forme actuelle.

Les ministres du nouveau gouvernement doivent être des technocrates, des individus indépendants qui ne sont ni membres du Fatah, ni du Hamas. Certains d’entre eux seront pourtant au moins « associés » à l’une des organisations.

Toutes ces divisions et ces querelles sont néanmoins négligeables en comparaison avec ce qui attend les deux organisations après que le gouvernement d’unité nationale soit établi, s’il l’est.

Pour commencer, Abbas et le Hamas ont repoussé une discussion difficile et sensible, mais fondamentale, sur le destin des forces de sécurité du Hamas opérant dans Gaza. Sous quelle autorité agiront-elles ? Qui paiera leurs salaires ?

Le Hamas a déjà fait clairement savoir que les forces armées ne recevront pas d’ordres d’Abbas ou de Hamdallah, mais attendent que le nouveau gouvernement paie leurs salaires. Cela voudrait dire que le Hamas continuerait à contrôler Gaza, sans être dans le gouvernement.

Autrement dit, des droits, mais pas de devoirs.

Le Hamas serait très favorisé par une telle situation : ses membres auraient leurs salaires payés par les caisses de l’Autorité palestinienne, mais ils seraient sous l’autorité exclusive du Hamas. Abbas acceptera-t-il un accord aussi problématique ? Tout cela n’est pas clair du tout.

Une autre pomme de discorde concerne le programme du nouveau gouvernement. Reconnaîtra-t-il Israël ? Acceptera-t-il les précédents accords signés avec Israël ? Renoncera-t-il au terrorisme, comme l’exige le Quartet pour le Moyen-Orient ? Le Hamas a laissé entendre qu’il ne pourrait pas accepter de telles demandes.

Un troisième point de désaccord concerne l’objectif central du nouveau gouvernement : préparer des élections nationales pour la présidence et pour le parlement palestinien. On peut supposer que, pour les élections à venir, à la fois le Hamas et le Fatah insisteront sur une présence en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem Est.

On peut également supposer que le gouvernement israélien, dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sera en désaccord avec tout scénario dans lequel le Hamas participerait à des élections tenues dans Jérusalem Est.

Les leçons de 2006, lorsque les Etats-Unis ont incité Israël à accepter que le Hamas participe aux élections parlementaires, y compris à Jérusalem Est, et qui ont vu la victoire du Hamas, ont été très bien assimilées.

Cela pourrait être un prétexte utile pour les rivaux palestiniens afin d’annuler les élections dans leur ensemble, tout particulièrement du fait que les deux factions sont très incertaines de leurs chances.

Les enjeux de l’élection sont en effet très importants. Le parti perdant serait contraint d’abandonner son contrôle exclusif de la Cisjordanie (si le Fatah perd) ou de Gaza (si le Hamas est défait). Tout reste très flou pour le moment.