La prestation de serment du nouveau gouvernement palestinien lundi est un moment historique, au moins symboliquement. En théorie, la cérémonie à Ramallah a comblé le fossé de longue date entre le Hamas et le Fatah, entre la Cisjordanie et la bande de Gaza:

Ce qui a commencé comme un tour de force sanglant et brutal du Hamas en 2007, faisant plus de 160 morts auprès des membres du Fatah, a pris fin après près de sept années avec la perte du gouvernement par le groupe islamiste, mais pas son pouvoir de gouverner.

Et c’est là essentiellement où le bât blesse, du point de vue d’Israël et du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Le Premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, avait à peine annoncé dans l’après-midi qu’il renonçait à son siège, qu’Abbas lui même lui a téléphoné pour le féliciter de ses efforts pour l’unité.

Le principal problème d’Abbas (et d’Israël) est que le décideur dans la bande de Gaza reste le Hamas, même s’il n’est pas à la tête du gouvernement d’unité – ou il n’y a pas un seul ministre.

Pour le Hamas, la demande du gouvernement qu’il s’occupe de la gestion au jour le jour de la bande est devenue inacceptable. Dans la pratique, l’aile militaire du Hamas, avec des dizaines de milliers de membres armés, continuera à gérer la bande de Gaza sur le front de la sécurité.

La réconciliation peut être vue par l’opinion publique palestinienne comme une victoire immédiate et importante pour les deux parties. Abbas, qui a échoué dans ses efforts pour amener un accord important lors des négociations avec Israël, a réussi à mener à bien, selon ses termes, sa promesse d’une réconciliation nationale.

Même si le Hamas a remporté les élections en 2006, Haniyeh a été contraint de démissionner et sa fonction a été remplie par Rami Hamdallah, considéré comme le choix évident d’Abbas.

La composition du gouvernement montre également comment Abbas a bien réussi à lier les mains du Hamas. Tous les ministères centraux ont été remis à des proches d’Abbas.

Aucun membre du Hamas (ou du Fatah) va siéger dans le nouveau gouvernement, et il reconnaîtra Israël, les accords passés et renoncera à la violence et le terrorisme.

Jusqu’à présent, Abbas a obtenu tout ce qu’il demandait. Alors pourquoi le Hamas a-t-il accepté cet accord ? Parce qu’il est au bord de la faillite. Sa situation financière et sa réputation publique sont fragiles, il peut maintenant faire passer son abandon du pouvoir comme une étape « au nom de l’unité ».

Mais le Hamas n’a pas abandonné tout pouvoir ou toute autorité – juste son gouvernement. Le groupe attend de voir les résultats dans l’isoloir, même si les deux parties ont l’air pessimistes sur le fait que les élections pour le parlement et les présidentielles aient lieu comme prévu dans les six prochains mois.

Hamas et non Hamdallah

Il est prévisible que nouveau gouvernement rencontre d’innombrables obstacles. Tout d’abord, tous les bureaux du gouvernement auront à la fois des fonctionnaires du Hamas et du Fatah. Comment est-ce que cela va se passer exactement et qui va payer leurs salaires ? Et que dire des forces armées du Hamas dans la bande de Gaza ?

Ils vont continuer à agir comme si rien n’avait changé, en prenant leurs ordres du Hamas et non de Hamdallah, qui sera le nouveau ministre de l’Intérieur ainsi que le Premier ministre.

C’est une situation ridicule. Si un groupe armé à Gaza décider de tirer des roquettes sur Israël, le nouveau gouvernement ne sera pas en mesure de contrecarrer le tir – il n’y a que le Hamas, qui, n’étant pas dans le gouvernement, pourrait bien ne pas vouloir le faire.

En conclusion : le test pour le nouveau gouvernement n’est pas le fait qu’il ait été créé, mais sa capacité (discutable) de gouverner.

La vraie crainte d’Israël

Les menaces impulsives d’Israël de couper les liens avec le gouvernement d’unité cachent plus que sa préférence de voir le Hamas et le Fatah divisés, et le Hamas diriger Gaza. Le groupe a réussi à faire fonctionner les lanceurs de Kassams.

En plus de cela, le fait qu’il n’accepterait l’existence d’Israël signifie que Jérusalem avait une excuse parfaite pour ne pas faire la paix avec les Palestiniens.

Maintenant, un gouvernement a été formé dans la bande de Gaza et la Cisjordanie qui affirme qu’il va accepter toutes les conditions fixées par le Quartet pour la paix au Moyen-Orient (reconnaissance d’Israël, acceptation des accords précédents et renoncement à la terreur).

Israël a immédiatement déclaré qu’ « Abbas a fait un pacte avec un groupe terroriste ». Vrai, mais Israël oublie que Jérusalem a eu des accords et des ententes à profusion avec le Hamas, et le nouveau gouvernement (au moins théoriquement) acceptera tout ce qu’Israël a demandé pendant des années.

Et même si Israël devrait boycotter ou couper les liens avec le gouvernement d’unité, le problème est que la communauté internationale et même les Etats-Unis ne sont pas convaincus par les allégations d’Israël.

Contre tout cela, les tensions dans les territoires continuent à s’aggraver. La grève de la faim déclarée par les détenus administratifs dure depuis plus de 40 jours et des dizaines d’entre eux ont été hospitalisés.

De plus en plus de prisonniers se joignent à la grève et la rue palestinienne montre les premiers signes de soulèvement. La création du gouvernement d’union ne peut que renforcer indirectement le mécontentement en Cisjordanie, avec la possibilité d’une explosion.