Le cabinet a accordé dimanche son soutien à un projet permettant la mise en place de services sociaux et sanitaires aux femmes et aux enfants de mariages polygames en Israël, l’intégration d’une éducation contre la bigamie dans le système scolaire israélien, et la création de programmes de terrain pour tenter d’attirer l’attention sur ce phénomène.

« Je suis certaine qu’en combinant toutes nos forces dans cette guerre, nous progresserons encore vers l’éradication de ce phénomène, et d’ici un an, nous en verrons les résultats », a déclaré la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, quand la proposition a reçu l’approbation du cabinet.

Les ministres ont voté en faveur de ce projet, qui créerait à la fois un groupe de travail composé des autorités locales, de responsables gouvernementaux, de militants et de professionnels pour fournir un projet d’ici six mois, et une commission ministérielle qui mettra le projet en place. Dirigée par Shaked, la commission ministérielle est composée des ministres de l’Education, de l’Intérieur, des Affaires sociales, de la Santé, de l’Egalité sociale et de l’Agriculture.

La proposition donne aux ministères de l’Education et de la Santé quatre mois pour construire un programme scolaire sur la polygamie et désigner des services de santé spéciaux pour les femmes et les enfants des familles polygames. Elle charge aussi le ministère des Affaires sociales de créer un programme pour intégrer ces femmes sur le marché du travail, ainsi que pour proposer d’autres services sociaux à ces familles.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 29 janvier 2017. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

La ministre de la Justice Ayelet Shaked pendant la réunion hebdomadaire du cabinet, dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 29 janvier 2017. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

La polygamie est illégale en Israël depuis 1977, et est passible d’une amende et de cinq ans de prison. Cependant, la loi est rarement appliquée puisque beaucoup de ces mariages ne sont pas déclarés aux autorités de l’état civil israélien.

La police est réticente à intervenir dans ce qui est perçu comme une pratique religieuse et culturelle profondément ancrée, qui se retrouve principalement dans les communautés bédouines du sud d’Israël. Un député bédouin, Taleb Abu Arar, est ouvertement marié à deux femmes.

Selon les chiffres présentés dans la proposition, un tiers des hommes bédouins d’Israël seraient bigames, et la plupart des femmes prises comme deuxième ou troisième épouse sont des Palestiniennes de Cisjordanie et de la bande de Gaza vivant illégalement en Israël.

La proposition du cabinet a également lié la polygamie aux violences domestiques et à une série de troubles psychologiques.

« Ses victimes principales sont les femmes et les enfants vivant dans des familles polygames. La littérature professionnelle indique que les femmes de ces familles souffrent, entre autres, de violence physique et psychologique, de crise psychologique, de dépression, d’angoisse, d’une faible estime de soi, d’un manque de satisfaction de la vie maritale, d’une baisse du fonctionnement familiale, et de difficultés économiques. »

Parmi les enfants, « beaucoup grandissent privés de [ressources] émotionnelles, éducatives et économiques », peut-on lire dans la proposition.

Une femme lave la vaisselle près de la ville bédouine de Rahat, dans le sud d'Israël, le 24 mai 2005. (Crédit : Kitra Cahana/Flash90)

Une femme lave la vaisselle près de la ville bédouine de Rahat, dans le sud d’Israël, le 24 mai 2005. (Crédit : Kitra Cahana/Flash90)

Le groupe de travail évaluera également les paiements des pensions alimentaires pour les enfants dans le cadre des mariages polygames, et mettra en place des programmes de lutte contre la polygamie, est-il stipulé.

L’Institut national d’assurance d’Israël (INA), qui gère et distribue les aides sociales publiques, utilise une dénomination officielle dans ses directives internes pour les femmes vivant des relations polygames, parlant de « familles élargies ».

Quand le mari d’une femme la quitte pour une seconde épouse, ou que la deuxième épouse est quittée pour une troisième, l’INA rend excessivement difficile à ces femmes d’être reconnues comme parent isolé, un statut qui permet l’accès à des aides financières souvent nécessaires.

Pour recevoir ces aides, l’INA demande des preuves que la femme ne vit plus avec son mari, mais beaucoup de femmes bédouines continuent à vivre près de leurs époux dans l’espoir que leur présence les rappelle à leur responsabilité, notamment de fournir de la nourriture et du soutien.

Melanie Lidman a contribué à cet article.