LONDRES – Une figure familière lors des manifestations anti-israéliennes, avec sa barbe rousse touffue et sa gigantesque kippa crochetée, il pourrait bien être – à première vue – un Anglais blanc qui se serait converti à l’islam.
 
Mais Joseph Cohen, 32 ans, est en fait un guerrier solitaire, defendant la cause d’Israël en terrain hostile. Curieusement, Cohen reconnaît qu’il s’inspire beaucoup des méthodes des jeunes activistes musulmans.

Cohen a fondé l’année dernière la Campagne Populaire contre l’Antisémitisme (CPA), mais il a récemment décidé que « l’antisémitisme n’était pas le problème. Le problème c’est l’antisionisme ». Il a donc quitté la CPA et a lancé sa propre campagne, l’ Israel Advocacy Movement [Mouvement pour la défense d’Israël].

Aujourd’hui, Juif orthodoxe pratiquant, Cohen a été élevé à Langley Park, un ancien petit village minier dans le comté de Durham au nord de l’Angleterre, célèbre pour son utilisation comme un endroit rustique pour le cinéma (« Billy Elliot ») et la télévision.

Ses parents laïques s’y étaient installés « pour vivre la belle vie, » hors de la jungle du quotidien. Sa famille était sans aucun doute les seuls Juifs dans la région, et il ne vint à l’observance religieuse que dans sa vingtaine.

Il est aussi important de signaler que ses parents l’ont nourri de Marx et d’Engels, donc contrairement à presque toutes les autres organisations britanniques contestant la propagande anti-israélienne, son approche provient de la gauche plutôt que la droite.

Après son déménagement à Londres, Cohen a été « déçu de l’hostilité entre les communautés juives et musulmanes, en particulier dans le nord-ouest de la capitale. »

Le militant britannique pro-israélien Joseph Cohen est un hybride paradoxal d'un Juif orthodoxe de gauche qui encourage les contacts interconfessionnels (Photo: Autorisation)

Le militant britannique pro-israélien Joseph Cohen est un hybride paradoxal d’un Juif orthodoxe de gauche qui encourage les contacts interconfessionnels (Photo: Autorisation)

Sa réaction a été de lancer en 2012 un site internet pour construire des ponts entre Juifs et Musulmans qui selon lui a obtenu « environ un million de visiteurs par an ».

Le site se spécialise à présenter les similitudes entre les deux communautés – par exemple, en montrant la photo d’une femme en foulard et en invitant les gens à deviner si elle est juive ou musulmane.

« J’ai reçu des commentaires très positifs. J’ai été en contact avec beaucoup de Musulmans et ai commencé à aller à des manifestations pro-palestiniennes, où j’ai été choqué par le niveau d’antisémitisme, » a déclaré Cohen au Times of Israel.

« Actuellement en tant que Juif, je me sens très à l’aise en Grande-Bretagne. Il s’agit en général d’un pays très tolérant. Mais j’ai senti qu’il y avait un énorme échec de la part de la communauté juive organisée face à ces manifestations. Nous n’avons pas réussi à expliquer notre cause au grand public », selon lui.

En s’abonnant aux médias sociaux et aux bulletins de chaque organisation pro-palestinienne et anti-sioniste du pays, Cohen a été au courant de leurs activités de sorte qu’il assiste maintenant à une manifestation ou à un événement anti-israélien chaque semaine. Souvent, il y est la seule voix pro-israélienne.

« La plupart du temps il n’y a aucune présence des organisations pro-israéliennes du Royaume-Uni. Je demande à beaucoup de gens de venir avec moi et ils refusent tous ».

Il y avait un énorme échec de la part de la communauté juive organisée face à ces manifestations. Nous n’avons pas réussi à expliquer notre cause au grand public

Donc, sous la pluie et par beau temps, avec ou sans supporters, Cohen arrive et commence à engager un dialogue avec les manifestants. Beaucoup, reconnaît-il, pensent au début qu’il est musulman. Il dit que les meilleures réactions proviennent des femmes ou de manifestants masculins religieux.

Sa méthodologie comprend un appel à la raison. Par exemple, devant un McDonald, il demande aux manifestants pourquoi ils sont sont là. « A cause des Juifs », marmonnent-ils. Cohen leur demande résolument de s’expliquer et il apparaît qu’ils croient que la chaîne de fast-food est détenue par les Juifs, lesquels contrôlent l’économie mondiale. Il leur repond qu’à sa connaissance McDonald n’appertient pas à des Juifs. L’expression sur leurs visages quand ils entendent ces informations ne peut être décrite que comme une déception.

Aussi souvent qu’il le peut, Cohen se fait accompagner par sa femme ou son beau-frère pour enregistrer ces rencontres, qu’il a postées ensuite sur YouTube. Et ses clips obtiennent des milliers de vues, et des commentaires – souvent de musulmans – disant que « le Juif dit des choses sensées ». Selon Cohen la communauté organisée ne sait pas exploiter efficacement les médias sociaux.

Dans certaines manifestations, il se drape dans un drapeau israélien.

‘La seule façon de contester les idées préconçues est de porter le drapeau israélien et d’être un sioniste incroyablement fier’

« La seule façon de contester les idées préconçues est de porter le drapeau israélien et d’être un sioniste incroyablement fier», affirme Cohen. « Je suis tout ce qu’ils n’attendent pas de voir chez un Juif. Israël n’a pas beaucoup d’amis en Europe et je sens qu’en faisant ce travail, je peux faire une différence ».

Son inspiration et son approche viennent des Musulmans qu’il a rencontrés.

« L’islam est la religion avec la plus forte croissance en Grande-Bretagne et leurs programmes sociaux forment les jeunes musulmans. Je me suis inspiré de leurs méthodes d’évangélisation et de leur capacité à convertir des milliers de Britanniques à l’islam. Vous pouvez voir leurs stands aux coins des rues où ils persuadent un grand nombre de gens à se convertir à l’islam avec du matériel gratuit et des gens bien formés », explique-t-il.

« Je tiens à canaliser une énergie et une technique similaire en plaidant en faveur d’Israël et en présentant la cause israélienne au public britannique », affirme Cohen, qui a mis en place des tables avec des informations sur Israël lors des manifestations pro-palestiniennes auxquels il participe.

Joseph Cohen et sa femme Chloé à une table d'information (Photo: autorisation)

Joseph Cohen et sa femme Chloé à une table d’information (Photo: autorisation)

Ceux qui connaissent Cohen disent qu’il est « courageux dans son opposition aux critiques d’Israël. » Mais la communauté juive organisée, tout en applaudissant ses actions, ne semble pas disposée à se joindre à lui.

Luke Akehurst, directeur de l’organisation We Believe in Israel [Nous croyons en Israël], a déclaré au Times of Israel que vu le nombre de manifestations anti-israéliennes, organiser des contre-manifestations est au-delà de leur capacité.

« Nous devons choisir ce que nous faisons en tant que présence organisée. Et les gens doivent être conscients de ne pas entamer une confrontation qui pourrait devenir incontrôlée », selon Akehurst.

Luke Akehurst,  directeur de l'organisation We Believe in Israel [Nous croyons en Israël]  (Photo: autorisation)

Luke Akehurst, directeur de l’organisation We Believe in Israel [Nous croyons en Israël] (Photo: autorisation)

Akehurst affirme que la communauté juive organisée surveille les manifestations pro-palestiniennes, mais que toutes les organisations disposent de ressources limitées et doivent maximiser leur impact.

« La plupart du temps, il est bien sûr important que nous ne laissions pas la rue, mais nous ne devons pas penser que simplement en arrivant cela va changer les esprits », dit Akehurst. Les organisations pro-israéliennes ont constamment été «conscientes de la nécessité de faire davantage », reconnait-il. « Il est très bon qu’un militant courageux et désintéressé prêche par l’exemple ». Il espère organiser une rencontre avec Cohen dans les prochaines semaines.

Paul Charney, le président de la Fédération sioniste (ZF), se félicite également du travail de Cohen.

« Dans tout ce qu’il fait, je le soutiens de tout cœur », dit-il, mais refuse d’inclure le mouvement de Cohen de soutien à Israël sous la bannière de la ZF. « Il y a tout au long de l’année des manifestations et pour organiser une contre-manifestation crédible, en amenant de nombreuses personnes, nous devons choisir. Cela a moins d’effet si nous contremanifestons tout le temps. Autrement cela semble faible et peu convaincant ».

« Quand nous manifestons », ajoute Charney, « c’est parce que nous avons un message particulier à faire passer. Un message négatif n’est pas un rassemblement »

‘Un message négatif n’est pas un rassemblement’

Un autre souci de Charney est une question de surveillance et de contrôle.

« Si quelqu’un veut faire quelque chose au nom de la ZF, nous devons en être responsables… Les gens comptent que nous – la ZF – soyons responsables et prudents sur ce que nous disons et parfois cela signifie que nous ne pouvons pas répondre sur les réseaux sociaux aussi vite que nous le souhaiterions. »

Cohen, quant à lui, continue à participer à chaque manifestation anti-israélienne, defendant la solution à deux Etats et le dialogue. Il finance lui-même les dépliants et prospectus qu’il distribue, mais insiste pour dire qu’il ne veut pas être décrit comme un militant.

« Je considère cela comme une mitzvah », dit Cohen.