Le guide engagé par le journaliste américano-israélien, Steven Sotloff, pour qu’il l’accompagne en Syrie est sorti de son silence mardi.

Il raconte comment ils ont été enlevés par l’Etat islamique en août 2013, un an avant que les djihadistes ne mettent en ligne la vidéo de la décapitation de Sotloff.

Lors d’une interview accordée à CNN diffusée mardi, Yosef Abobaker, un ancien combattant de la brigade Tawheed, un groupe modéré de rebelles syriens, a confirmé qu’un garde-frontière de la frontière turco-syrienne avait informé les membres de l’Etat islamique du lieu où ils se trouvaient au moment où ils sont entrés dans le territoire syrien.

« Je pense que, peut-être, un des gardes à la frontière qui a été contacté par radio aurait indiqué qu’il [le journaliste] ‘est passé par ici, vous pouvez l’attendre : il a ce type de voiture’ », suppose Abobaker, dans un anglais parfois approximatif.

La semaine dernière, Barak Barfi, un ami de Sotloff, agissant au titre de représentant de la famille, a expliqué à la CNN que quelqu’un avait vendu l’information sur la localisation de Sotloff à l’Etat islamique. Cette personne aurait reçu entre 25 000 et 50 000 dollars pour cette information. Il a aussi indiqué que ces précisions étaient fondées sur des renseignements qui lui ont été transmis par des sources sur le terrain.

Abobaker raconte que l’enlèvement a eu lieu le 4 août 2013, 20 minutes après qu’ils aient traversé la frontière pour entrer en Syrie.

Il était armé et il y avait trois autres personnes pour assurer leur sécurité. Malgré cela, explique-t-il à la chaîne américaine, ils étaient en sous-effectif face au 15 combattants de l’Etat islamique qui sont sortis de trois voitures.

« Nous n’avions aucune possibilité pour [nous] défendre », décrit-il. Le groupe de captifs a ensuite été emmené dans une usine de textile située près d’Alep. C’est là qu’Abobaker, les yeux bandés, a été séparé de Sotloff.

Abobaker, qui a été relâché par la suite, explique qu’aucun fonctionnaire américain ne l’a contacté pour l’interroger au sujet de l’enlèvement les mois qui ont précédé la décapitation de Sotloff.

« Personne n’a essayé de me contacter et j’ai essayé d’aider. Personne du gouvernement américain n’est venu me voir pour me poser des questions… Personne ne m’a contacté ou ne m’a posé de questions sur leur condition de détention », raconte Abobaker. « Et ils pouvaient me trouver. C’est facile. Mais, non, personne n’a essayé de me contacter ».

Barfi confirme les dires d’Abobaker et ajoute que c’est l’une des plus grandes erreurs commises par Washington.

La famille de James Foley, un autre journaliste américain décapité par les terroristes de l’Etat islamique, accuse aussi le gouvernement américain d’avoir commis des erreurs lorsqu’ils ont traité de son cas, notamment lors de la négociation de la rançon.

Un article paru dans le Daily Beast peu de temps après l’exécution de Sotloff affirme que l’identité d’Abobaker et le projet d’entrer en Syrie en passant par la Turquie ont été exposés par un photographe canadien peu de temps avant qu’Abobaker ne travaille avec Sotloff.

Abobaker raconte que lui et Sotloff étaient retenus dans des pièces différentes et ne se sont pas revus après leur séparation.

« Parfois j’affirmais qu’ils allaient tous nous tuer parce que je travaille avec des gens de l’extérieur », pensait-il pendant qu’il était retenu en otage.

Mais après 15 jours, son frère et son cousin – qui travaillaient aussi pour Sotloff – et lui-même ont été libérés.

« Ils m’ont demandé ‘savez-vous qui nous sommes’ et j’ai répondu ‘oui, je pense que vous êtes de l’EIIL’ », relate Abobaker.

« Et ils ont répondu ‘oui, nous devrions te tuer. Tu es un espion et tu travailles pour l’Amérique et la CIA et le FBI, mais nous te laissons [tranquille] parce que tu travailles avec [Tawheed], parce que j’ai des papiers… Mais si jamais nous entendons dire que tu travailles encore une fois avec un journaliste, nous te tuerons’ ».

Abobaker a aussi décrit à quel point il était tourmenté par le sort de Sotloff, avec qui il avait une relation amicale.

« J’étais tellement en colère, et après que je me sois calmé, j’étais tellement, tellement triste », décrit Abobaker.

Il était le traducteur de Sotloff et lui organisait des interviews. « J’ai posté un message sur Facebook [pour dire] à sa mère à quel point j’étais désolé… J’ai fait de mon mieux pour le sauver… Je me sens tellement triste, comme si j’avais perdu un frère ».

Il a ajouté que « c’était un homme aimable avec un bon cœur, j’espère qu’il peut reposer en paix maintenant ».