Les Etats-Unis ont eu huit capitales avant de s’établir à Washington. Alors qui sont les Américains pour nier aux Israéliens leur droit à déterminer la leur ?

Le ministre des Affaires de Jérusalem, Zeev Elkin, a fait usage de cet argument la semaine dernière lors d’une conférence consacrée au statut de Jérusalem, recommandant vivement à l’administration américaine la relocalisation de son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale éternelle d’Israël.

Contrairement à d’autres pays, Israël n’a jamais eu qu’une seule capitale, a noté Elkin.

« Les Etats-Unis, par exemple, ont eu huit capitales temporaires avant que le président George Washington ne signe la loi de Résidence, le 16 juillet 1790, stipulant la création d’une capitale permanente le long des rives du Potomac –
ce qui est dorénavant connu comme Washington », a-t-il déclaré.

Elkin se référait probablement au fait qu’entre 1774 et 1790, le Congrès américain et les instances qui l’avaient précédé se réunissaient à Baltimore, Lancaster, York, Philadelphie, Princeton, Annapolis, Trenton, et à New York, avant que Thomas Jefferson, Alexander Hamilton et James Madison ne s’accordent sur l’adoption de la loi « de l’établissement d’un siège temporaire et permanent pour le gouvernement des Etats-Unis ».

« Personne ne nie le fait que Washington est la capitale des Etats-Unis », a dit Elkin. « Aucun autre pays ne pourrait supposer suggérer que New York ou Los Angeles seraient des capitales plus adaptées aux Etats-Unis et pourtant, avec les Israéliens, c’est ce qu’il se passe ».

Lundi, le président américain Donald Trump n’a pas signé la dispense reportant la relocalisation de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Une telle dispense est exigée par la loi américaine tous les six mois depuis 1995, en l’absence d’un déménagement concret de l’ambassade. Il devrait la signer dans la semaine.

L’ambassade américaine à Tel Aviv. (Crédit : Ori~/Wikimedia Commons/File)

Mais en même temps, il serait également sur le point de reconnaître publiquement Jérusalem comme capitale d’Israël –
une initiative saluée par Israël et âprement décriée par les Palestiniens, qui revendiquent la partie Est de la ville comme capitale de leur futur état – et par le monde arabe et musulman – en entier.

Mais Trump reconnaîtra-t-il tout Jérusalem comme capitale d’Israël ou seulement sa partie Ouest – comme l’a fait la Russie au début de l’année ? En fonction des mots utilisés lors de sa déclaration attendue, les Israéliens pourraient être déçus.

Lorsque le ministère russe des Affaires étrangères a émis un communiqué le 6 avril disant que Moscou considère « Jérusalem-Ouest comme capitale d’Israël », les responsables israéliens ont gardé le silence. Il est raisonnable de penser que certains d’entre eux se sont réjouis de la toute première reconnaissance par une puissance étrangère de la souveraineté israélienne sur une partie de la ville. Mais ils ont également réalisé que la reconnaissance de la partie ouest seulement apparaissait comme un refus de la revendication de l’Etat juif sur Jérusalem-Est – avec notamment la Vieille Ville – que le pays a capturé en 1967 puis effectivement annexé en conséquence.

La déclaration russe, par exemple, indiquait spécifiquement que Moscou considère « Jérusalem-Est comme la capitale d’un futur état palestinien ». Non désireux de causer la colère au sein du monde arabe et espérant pouvoir conserver son rêve de négocier l’accord israélo-palestinien « ultime », Trump pourrait opter pour une formulation similaire.

Est-ce que ce serait bon ou mauvais pour Israël ?

On peut estimer qu’une reconnaissance partielle est préférable à aucune. Après tout, la communauté internationale a jusqu’à présent refusé de reconnaître la souveraineté israélienne sur quelque partie de la ville que ce soit. Est-ce qu’une reconnaissance américaine de Jérusalem-Ouest – où se trouvent la Knesset, la résidence du président, le bureau du Premier ministre, le ministère des Affaires étrangères et la Cour suprême ainsi que la majorité des quartiers juifs – ne serait pas une avancée dans la bonne direction ?

Pas nécessairement, indique le professeur Shlomo Slonim, expert en politique américaine et en droit constitutionnel à l’université Hébraïque.

« La reconnaissance de Jérusalem-Ouest en tant que capitale d’Israël est un pas vers une nouvelle division de la ville », dit-il.

Les ministres Yariv Levin et Miri Regev partagent probablement le point de vue exprimé par Slonim. La semaine dernière, ils ont menacé de retirer le financement de l’Etat à la prochaine course cycliste du Giro d’Italia si les organisateurs continuent à dire que la compétition se déroulera à « Jérusalem-Ouest ».

« A Jérusalem, la capitale d’Israël, il n’y a ni ouest, ni est. Il y a Jérusalem unifié », ont expliqué les deux ministres du Likud dans un communiqué conjoint. Les organisateurs de l’événement se sont rapidement excusés et ont ôté le mot « Ouest » du dossier de presse – au grand désarroi des Palestiniens.

Un Juif tient les quatre espèces lors de la bénédiction annuelle donnée lors de la fête de Sukkot au mur Occidental dans la Vieille ville de Jérusalem, le 8 octobre 2017 (Crédit : AFP Photo/Menahem Kahana)

La loi de 1995 sur l’ambassade de Jérusalem, qui avait été adoptée à une large majorité au Sénat et à la Chambre mais qui n’avait pas été signée par Bill Clinton, le président d’alors, et qui n’a pas été mise en oeuvre par les présidents depuis lors, est très claire sur les parties de la ville auxquelles elle se réfère.

« Jérusalem doit rester une ville indivisible », dit-elle dans sa Section 3. Depuis, des résolutions innombrables du Congrès ont réaffirmé la conviction des législateurs américains que Jérusalem unifiée devait être reconnue comme capitale de l’Etat juif.

Au mois de septembre 2016, après avoir rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, Trump — qui était alors le candidat républicain à la présidence – avait promis de reconnaître Jérusalem uni comme capitale de l’Etat juif.

« M. Trump a reconnu que Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif depuis plus de 3 000 ans et que les Etats-Unis, sous une administration Trump, accepteront enfin le mandat donné depuis longtemps par le Congrès de reconnaître Jérusalem comme la capitale indivisible de l’Etat d’Israël », selon un compte-rendu de la réunion.

D’un autre côté, Trump est désireux de négocier un accord de statut final entre les Israéliens et les Palestiniens et il sait que la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale israélienne serait « le baiser de la mort » donné au processus de paix, comme l’en ont averti les responsables palestiniens.

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, Trump a donc trois options, explique Eytan Gilboa, spécialiste de la politique américaine à l’université Bar-Ilan.

« Il peut soit parler de ‘Jérusalem’, de ‘Jérusalem-ouest’ ou de ‘Jérusalem unie’. Il y a un débat sur le bon mot à employer même au sein de l’administration », commente-t-il.

Plus probablement, Trump évoquera simplement « Jérusalem », permettant donc à toutes les parties d’interpréter sa déclaration comme elles le souhaitent, a spéculé Gilboa. Israël sera alors en mesure de citer la loi et les engagements précédents pris par le président en affirmant qu’il a voulu parler de la ville entière. Et les Palestiniens, pour leur part, pourront conserver l’espoir qu’il ne faisait référence qu’à Jérusalem-Ouest.