La justice militaire du groupe terroriste palestinien du Hamas a condamné à mort dimanche deux Palestiniens pour trafic de drogue, un événement sans précédent dans l’enclave.

Jusqu’à présent les condamnations à mort prononcées par des tribunaux du Hamas visaient des Palestiniens accusés de collaboration avec Israël ou auteurs de meurtres.

« Dimanche, la justice militaire à Gaza a prononcé la peine capitale pour commerce de produits stupéfiants à l’encontre de deux civils originaires de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza », selon un communiqué du ministère de l’Intérieur du Hamas. Le texte ajoute qu’un troisième accusé a été condamné à la prison assortie de travaux forcés.

Le ministère ajoute que « 1 250 sachets de cannabis » ont été saisis, ainsi que « 400 pilules de Tramadol », un médicament utilisé comme une drogue, « durant le seul mois de janvier, soit autant que durant toute l’année 2016 ». Ces derniers mois, les saisies ont représenté « plus d’un million de dollars », assure le ministère.

Marijuana joints (illustrative photo credit: Abir Sultan/Flash90)

Joints de cannabis. Illustration. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

L’un des deux hommes serait un sergent des forces de sécurité internes du Hamas, et a été condamné à mort par peloton d’exécution. Le second sera pendu.

Deux autres suspects, dont un sergent de police, ont été arrêtés en possession de Tramadol, et ont été condamnés à trois à sept ans de travaux forcés et à une amende de milliers de dinars jordaniens.

Les condamnations à mort ont été très publicisées par le ministère de l’Intérieur du Hamas, notamment par une série de tweets portant le hashtag « la peine pour le trafic [de drogue] est la mort ».

Selon un article d’al-Monitor, le Hamas mène une guerre discrète contre le Tramadol ces dernières années, et craint de montrer qu’une épidémie de drogue a vu le jour sous sa direction.

La publicité faite à ces condamnations à mort met à jour la guerre du Hamas contre les opioïdes.

Le Hamas semble accuser Israël de l’usage de drogue, affirmant qu’il travaille à protéger « la société palestinienne de différents dangers par lesquels l’occupation israélienne et les ennemis de notre peuple ciblent la société » palestinienne.

Ce qu’Israël « a échoué à réussir par la guerre et le siège, il ne le réussira pas en propageant des drogues », a ajouté le ministère du Hamas dans son communiqué.

« Celui qui vend de la drogue, son crime n’est pas moins grave que celui qui espionne pour l’occupation [israélienne], son objectif est le même : détruire la société palestinienne », a déclaré le ministère.

Selon al-Monitor, le Tramadol entre cependant dans la bande de Gaza depuis l’Egypte, et non depuis Israël.

La loi palestinienne prévoit la peine capitale pour ceux qui collaborent avec Israël, pour les meurtriers et pour les trafiquants de drogue.

En théorie, toutes les condamnations à mort dans les territoires palestiniens doivent être approuvées par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui siège en Cisjordanie, mais le Hamas ne reconnaît plus sa légitimité.

Depuis le début de l’année, une dizaine de peines capitales ont été prononcées à Gaza, selon le Centre palestinien des droits de l’Homme (PCHR).

Pour le PCHR, « prononcer des peines de mort illégalement est une forme d’exécution extra-judiciaire et ceux y participant ou y contribuant doivent rendre des compte pour ces abus de pouvoir ».

Entre 2007, date de la prise de pouvoir par le Hamas dans la bande de Gaza, et 2016, 96 peines de mort, qui n’ont pas toutes été exécutées, ont été prononcées dans l’enclave palestinienne, indiquait fin 2016 Hamdi Chouqoura, vice-président du PCHR.