Dix minutes après la prolongation de la trêve humanitaire par Israël à 20 heures samedi soir, des sirènes ont retenti dans la région d’Eshkol adjacente à la bande de Gaza. Le Hamas a rompu la trêve.

Une heure et demie plus tard, le porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, expliquait sur le site d’Al-Resalah pourquoi son mouvement avait décidé de recommencer les tirs, après le long cessez-le-feu de la journée de samedi.

« Tout cessez-le-feu humanitaire qui ne comprend pas le retrait de l’occupation des frontières de la bande de Gaza, permettant aux civils de retourner dans leurs maisons et d’évacuer les blessés, est inacceptable », a-t-il pointé.

Mais évacuer les morts et les blessés est précisément ce que le Hamas a fait pendant la trêve de 12 heures samedi. Selon le site web du ministère de l’Intérieur du Hamas, des forces de police ont été déployées dans la bande de Gaza pour porter secours aux résidents. Le ministère de la Santé de Gaza a signalé l’évacuation de 147 corps.

Le Hamas a également rejeté la décision du cabinet israélien de prolonger la trêve jusqu’à minuit dimanche.

« Aucun cessez-le feu humanitaire n’est valable sans le retrait des tanks israéliens de la bande de Gaza et la possibilité pour les habitants de retourner dans leurs foyers et pour les ambulances se déplacer librement pour évacuer les corps à travers Gaza » a déclaré un porte-parole, selon l’AFP.

Parallèlement, selon des déclarations de responsables et de médias du Hamas, sa décision de poursuivre le combat dépendait moins de l’utilité de la trêve que d’une question d’honneur et de volonté de sauver la face.

« Toute initiative internationale concernant l’agression à Gaza doit être conforme aux sacrifices de notre peuple et aux excellentes capacités de nos combattants », a déclaré le responsable du Hamas Mahmoud Al-Zahar Al-Resalah.

Le Hamas ne veut pas être « dupé » par le cessez-le-feu humanitaire, selon un article paru dans le quotidien du Hamas. « C’est peut-être ce qui explique le refus du Hamas de prolonger [la trêve] de quatre heures, » suppose l’auteur.

« Le Hamas – et les autres factions derrière lui – veut un accord définitif assurant la fin de l’agression et du siège. En bref, il aspire à conclure un ‘accord respectable’, digne du sang versé sur le sol de Gaza ».

Peu après minuit, le cabinet israélien approuvait une demande de l’ONU de prolonger le cessez-le feu humanitaire de 24 heures. Le journaliste palestinien Yasser Zaatreh expliquait sur Twitter la raison du rejet du Hamas.

« C’est une tentative [d’Israël] d’embellir sa laide image, » a annoncé Zaatreh à ses 326 000 followers. « L’éveil international énerve les sionistes. »

Avec le Ramadan qui touche à sa fin et la fête musulmane de l’Aïd al-Fitr qui commence lundi, l’auteur Hussam Dajany, basé à Gaza, avertit d’accepter les propositions de cessez-le-feu.

« Certains veulent un accord de cessez-le-feu pendant la fête, ou tout au moins le premier jour », a écrit Dajany dans un post Facebook intitulé
« Un cessez-le-feu humanitaire pour la fête : entre désirs et avertissements ».

« En dépit de la volonté de plusieurs d’entre nous, surtout les enfants, de célébrer la fête au milieu des ruines de maisons détruites, cela implique un grand danger pour l’esprit belligérant du combattant palestinien qui sortira pour faire naître un sourire sur les lèvres de ses enfants et sa famille. Israël s’en servira pour [nuire] à leur sécurité », écrit-il.

« Ma recommandation : toute acceptation d’un cessez-le feu pour la fête doit interdire des avions espions et offensifs de voler, et inclure un retrait israélien de la bande de Gaza dans son ensemble. J’ai tendance à rejeter un cessez-le feu de fête, à moins qu’il soit permanent, et respecte les droits du peuple palestinien », a-t-il conclu.

Dans une interview avec Al-Resalah, Dajany ajoute : « Un cessez-le-feu humanitaire récurrent sans trouver des solutions fondamentales fait plus de mal que de bien. Ces cessez-le-feu ne devraient pas se répéter, car ils peuvent engendrer une opinion publique nuisible à la résistance [du Hamas] ».