Ramallah – Un Palestinien qui parcourt le chemin entre Ramallah et Naplouse ces jours-ci pourraient facilement croire que le parti le plus populaire en Israël est le parti d’extrême droite d’Eli Yishai, le Yahad.

Il est difficile de ne pas voir les grands panneaux avec les portraits de Yishai, Yoni Chetboun et les autres, qui sont omniprésents en Cisjordanie. Ici et là, on peut voir une fois de temps en temps, une photo du Premier ministre Benjamin Netanyahu ou du dirigeant de Koulanou, Kahlon.

Mais malgré la présence des politiciens de droite sur les routes utilisées par les Palestiniens, on doit souligner que les résidents de Cisjordanie ne pourraient pas moins s’intéresser aux élections israéliennes. Pour eux, ce vote est l’un de ces rituels israéliens accomplis tous les 2 ou 3 ans et qui ne changent rien.

Vous pouvez l’entendre n’importe où en Cisjordanie ou à chaque fois que vous vous rendez là-bas : gauche ou droite, ce n’est que du vent, il y aura de nouvelles constructions d’implantations, toujours des avant-postes illégaux etc… Pour le Palestinien moyen, il n’y a pas de différences entre le dirigeant du parti travailliste, Isaac Herzog, Netayanhu, le leader de HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, ou Yair Lapid de Yesh Atid.

Mais ce n’est pas le cas en ce qui le leadership palestinien, que ce soit le Hamas à Gaza ou l’Autorité palestinienne et l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP) en Cisjordanie. Leur intérêt pour les élections israéliennes est vif, pour ne pas dire obsessionnel.

Chaque conversation avec les journalistes israéliens ces jours-ci tournent autour des chances des différents partis de gagner les élections. Chaque sondage publié fait des vagues dans la presse palestinienne, et encore plus dans les couloirs du pouvoir.

Chaque entité, que ce soit le Hamastan ou le Fatahland, ont chacune leur préférence et leur souhait, et même au sein de chacun de ces mouvements, les disputes font rage pour savoir quel parti serait « le mieux pour les Palestiniens ».

Le Premier ministre  Benjamin Netanyahu avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas le 15 septembre 2012 (Crédit : KOBI Gideon/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas le 15 septembre 2012 (Crédit : KOBI Gideon/Flash90)

Prenez l’exemple du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dont la position officielle est que les élections sont uniquement la préoccupation des citoyens israéliens, et qu’il est prêt à négocier avec n’importe quel parti élu. C’est ici, cependant, que la position officielle se termine : Il n’y a pas doute que Abbas aimerait voir l’Union sioniste dirigée par Herzog et l’ancienne ministre de la Justice Tzipi Livni être élue. Abbas connaît personnellement et apprécie les deux dirigeants. Il a rencontré les deux dans le passé, publiquement et en privé. Il connaît leurs positions et est persuadé qu’ils sont sérieux dans leur intention de conclure un accord de paix avec les Palestiniens.

Mais Abbas et son entourage sont également conscients de la faiblesse inhérente du camp de centre-gauche israélien.

« La gauche veut un accord de paix, mais ne peut pas y parvenir. La droite pourrait, mais ne le veut pas », était l’analyse d’un haut responsable de l’Autorité palestinienne.

« Herzog et Livni sont des gens très sérieux. Mais nous pouvons prédire à partir des sondages quelle sorte de coalition ils pourraient être en mesure de bâtir s’ils gagnent les élections. Ils ne seront pas en mesure d’entamer le processus spectaculaire et historique de se retirer des frontières de 1967. Nous pourrions engager des négociations sans fin avec eux mais cela ne conduira pas à un accord tout en bénéficiant d’un soutien international parce qu’Israël aura soi-disant un gouvernement de gauche – mais dans la pratique, les choses ne seront pas différentes [du gouvernement] de Netanyahu ».

La déclaration finale de ce responsable reflète une position très populaire parmi les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne les plus bellicistes, y compris certains qui sont impliqués dans les négociations avec Israël, qui croient que « Netanyahu est mieux pour les Arabes ».

Isaac Herzog (g) et Mahmoud Abbas (Crédit : Flash 90)

Isaac Herzog (g) et Mahmoud Abbas (Crédit : Flash 90)

Pour eux, Netanyahu a réussi à servir la cause palestinienne plus que n’importe quel autre Premier ministre israélien et sans lui, les Palestiniens n’auraient pas un soutien international aussi important pour leurs différentes actions.

« J’ai décidé d’accrocher le portrait de Netanyahu près du portrait d’Arafat, il y a longtemps », a récemment confié un journaliste palestinien associé à l’OLP au Times of Israel. « S’il y a quelqu’un qui nous aide à gagner le soutien de la communauté internationale et qui est la cause du véritable fossé avec les Etats-Unis, l’allié le plus proche d’Israël, c’est bien Netanyahu ».

Ceux qui sont de cet avis voient Herzog et Livni comme une menace réelle à la capacité de l’OLP à prendre des mesures au Conseil de sécurité ou ailleurs dans l’arène diplomatique.

Abbas et son entourage, d’autre part, savent à quel point une victoire de Netanyahu pourrait être coûteuse dans ses élections. En ce qui les concerne, si le Likud forme le prochain gouvernement autour d’une coalition de droite, un affrontement sera inévitable.

Une source proche d’Abbas a déclaré au Times of Israel cette semaine que dans un tel scénario, une percée diplomatique ne sera pas envisagée, la construction des implantations se poursuivra, les Palestiniens vont poursuivre leurs démarches diplomatiques – et, à un certain moment en 2015, la coopération sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne cessera.

Même lors de l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, le leadership israélien a ouvertement envoyé des messages au Hamas déclarant qu’il ne souhaitait pas détruire le mouvement.

« Ce n’est pas clair ce que Netanyahu fera avec les impôts [qui sont actuellement gelés par Netanyahu en représailles à la décision de l’AP d’adhérer à la CPI et de tenter d’intenter un procès contre Israël pour crimes de guerre], mais même s’il décide de reprendre les transferts, cela ne signifie pas que la collaboration sécuritaire se poursuivra ad infinitum, surtout au regard de l’impasse diplomatique. »

« Donc nous avons tous conscience que l’escalade de la violence n’est qu’une question de temps. L’establishment de la défense [israélienne] le sait aussi. Nous serons obligé de mettre fin à la coopération, et la situation au sol s’empirera encore et encore jusqu’à ce qu’Abbas annonce qu’il met un terme à tout et rend les clés à Israël. Cela sera la fin de l’Autorité palestinienne mais nous n’aurons pas d’autres choix », poursuit la source.

« Nous préfèrerions, bien sûr, que les deux parties négocient plutôt que de se laisser entrainer dans une autre Intifada. Mais nous avons conscience que cela n’arrivera pas avec Netanayahu. Il y a trop de méfiance entre lui et Abbas ».

Le scénario cauchemardesque pour le Hamas

Pour le Hamas, la question est moins compliquée. Pour son leadership, le scénario catastrophe est une victoire du duo Herzog-Livni et des progrès des pourparlers de paix avec Abbas.

Si un tel scénario se précise, la popularité du mouvement continuerait de chuter. (Un sondage publié cette semaine par le Jerusalem Media and Communications Center, ou JMCC, a déjà révélé que seulement 22 % des Palestiniens voteraient pour le Hamas si des élections législatives avaient eu lieu prochainement). Dans un tel scénario, le Hamas pourrait également devoir faire des efforts pour empêcher le progrès des négociations – même au prix d’une nouvelle guerre avec Israël.

Les membres de la brigade al-Qassam lors d'un défilé le 14 décembre 2014 (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Les membres de la brigade al-Qassam lors d’un défilé le 14 décembre 2014 (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Un accord de paix entre Israël et Abbas ne serait rien de moins qu’un tremblement de terre pour le Hamas, et il ne souhaite pas voir les deux côtés progresser vers des négociations sérieuses.

Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon, d’autre part, sont « mieux pour le Hamas ».

Telle est l’opinion qui prévaut parmi les commentateurs à Gaza, qui estiment que de grands accords pourraient être conclus avec ces deux – y compris un cessez-le-feu à long terme.

Le Hamas a conscience qu’Israël ne veut pas voir le mouvement de Gaza, ou même son gouvernement, s’effondrer. Tant que le Hamas maintient la paix, pour ainsi dire, il reste un partenaire idéal pour Netanyahu – cela permet de garantir, pour l’instant, qu’Israël n’est pas attaqué avec des roquettes à partir de Gaza, que l’entretien de la bande de Gaza soit assuré, même à un niveau minimal et, surtout, offre beaucoup la preuve qu’ « il n’y a personne avec qui négocier ».

Même lors de l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, le leadership israélien a ouvertement envoyé des messages au Hamas déclarant qu’il ne souhaitait pas détruire le mouvement. Et les officiers de plus haut rang des Forces de défense israéliennes ont clairement déclaré dans des interviews de presse pendant le conflit qu’il n’avait aucune intention de nuire au leadership politique du Hamas.

Le Hamas est aussi conscient que l’Egypte est devenue une menace plus tangible pour lui qu’Israël, et que Netanyahu et Yaalon sont extrêmement hostiles à l’égard d’Abbas. En d’autres termes, il est conscient que la seule voie viable pour la levée du blocus de la bande de Gaza se trouve au Nord-Est, avec Israël, plutôt que dans le sud, avec l’Egypte.

C’est pourquoi le Hamas envisagerait favorablement une tahdiya, ou un cessez-le-feu à long terme (mais temporaire), tel que l’a rapporté par le Times of Israel cette semaine. En vertu d’un tel arrangement, le Hamas s’abstiendra de commettre toute action militaire – et cela inclurait le forage des tunnels – pendant cinq ans, et en retour, le blocus de la bande de Gaza serait complètement levé. L’économie de Gaza monterait en flèche, le règne du Hamas deviendrait stable, et aussi longtemps qu’Israël sera dirigé par Netanyahu, il continuera à s’opposer à Abbas en Cisjordanie, la position de l’OLP se détériora aussi.

L’idée d’un cessez-le-feu à long terme avec le Hamas n’a pas été clairement rejetée par les décideurs israéliens. Cependant, cette approche mettrait Jérusalem en porte-à-faux avec Le Caire.

« Israël a oublié qu’un voleur reste un voleur. Un assassin reste un assassin. Et le Hamas a été et reste les Frères musulmans », a déclaré un haut responsable égyptien au Times of Israel cette semaine. « Même si vous parvenez à une tahdiya avec eux, ils finiront par vous attaquer ».