Une source proche de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, a déclaré samedi le groupe ne considère plus l’Egypte comme un médiateur avec Israël, suite à la décision d’un tribunal égyptien de classer le groupe comme « organisation terroriste ».

Dans l’intervalle, l’Egypte a annoncé ses plans pour créer une force unifiée dont l’objectif sera de lutter contre les militants dans la péninsule du Sinaï. Le président a promis une bataille longue et difficile contre le terrorisme.
« Suite à la décision de la cour, l’Egypte n’est plus une médiatrice en matière israélo-palestiniennes, » a déclaré une source du Hamas à Reuters samedi, quelques heures après l’initiative du tribunal. Le Caire a longtemps été un intermédiaire entre les deux parties et a joué un rôle central dans la négociation d’un certain nombre de cessez-le feu à Gaza, y compris celui qui a mis fin à la guerre de l’été dernier.

Ismail Haniyeh, ancien Premier ministre du Hamas dans la bande de Gaza, a fustigé Le Caire suite à l’annonce, disant : « Vous [les Egyptiens] avez perdu votre sens de la justice […] Les Brigades sont une source de fierté, de respect et de bravoure », a-t-il dit, selon Ynet.

Depuis que l’armée égyptienne a renversé le président islamiste Mohamed Morsi en 2013, les autorités accusent le Hamas d’aider les djihadistes, qui multiplient leurs attaques contre les forces sécuritaires dans la péninsule du Sinaï.

Le choix de classer l’aile armée « groupe terroriste » a été pris deux jours après une série d’attaques coordonnées par les djihadistes contre les forces gouvernementales dans la péninsule du Sinaï, qui ont tué 31 personnes.

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a condamné les attaques, promettant une longue campagne agressive contre les groupes extrémistes opérant dans la région en proie à des troubles.

« Cette bataille sera difficile… et prendra un certain temps, » a-t-il affirmé dans une déclaration télévisée samedi.

« Nous ne laisserons pas Sinaï aux terroristes », a-t-il scandé. Le dirigeant égyptien a prononcé son discours tandis que des commandants militaires annonçaient des plans pour former un commandement unifié contre toutes les forces armées dans le Sinaï.

Un groupe islamique affilié à l’Etat islamique en Égypte, Ansar Bayt al-Maqdis, a revendiqué les attentats de vendredi. Sissi a jeté le blâme sur les Frères musulmans, le mouvement islamiste évincé du pouvoir en 2013, et sur leur fraction, le Hamas.

« Dès le début, il était clair que le Hamas était impliqué dans cette [attaque] », a déclaré Ahmed Mousi, un présentateur de télévision, sur une chaîne proche du président égyptien, selon la Deuxième chaîne israélienne.

L’attaque de jeudi était la deuxième opération d’envergure contre les forces de sécurité égyptiennes dans le Sinaï ces six derniers mois. 31 soldats ont été tués dans une autre opération en octobre 2014. Le succès des militants islamistes basés dans le Sinaï, en dépit des opérations militaires massives, prouve leur résilience et révèle un échec embarrassant pour Sissi dans le maintien de la sécurité et la guerre d’envergure de son administration contre le terrorisme.

Après le coup d’Etat de juillet 2013, qui a destitué Mohamed Morsi et les Frères musulmans, le président égyptien a commencé à sévir contre le Hamas, détruisant des centaines de tunnels vers la bande de Gaza sous blocus et garantissant une surveillance rapprochée sur le poste frontière de Rafah, souvent fermé. L’Egypte construit également une zone-tampon avec l’enclave palestinienne.

L’armée égyptienne et les djihadistes se sont affrontés dans le Sinaï vendredi après l’attaque, faisant deux victimes enfants. Selon les responsables de la santé, un bébé de six mois a reçu une balle dans la tête lors des affrontements et un enfant de six ans a été tué dans l’explosion d’un missile dans la péninsule du Sinaï. Deux autres personnes, dont un enfant de 12 ans, ont été grièvement blessées.

Sissi, qui assistait à un sommet de l’Union africaine en Ethiopie pendant les violences, est sorti de la réunion et s’est envolé « pour surveiller la situation », selon son bureau.

« L’armée et la police vont intensifier leurs raids contre des éléments terroristes et extrémistes dans le Sinaï et à travers le pays », énonçait un communiqué militaire.

Des « représailles militantes »

Selon les militants, les attentats de jeudi étaient des représailles à une vague de répression du gouvernement à l’encontre des partisans de Morsi, dans laquelle des centaines de personnes ont été tuées, des milliers emprisonnées et des dizaines condamnées à mort.

La porte-parole du Département d’Etat américain Jen Psaki a condamné les attaques de jeudi et déclaré que Washington « soutient de manière inébranlable les efforts du gouvernement égyptien visant à lutter contre la menace terroriste ».

L’année dernière, Washington a livré 10 hélicoptères Apache à l’Egypte, qui a déployé des troupes des blindés dans la péninsule, pour mener des opérations antiterroristes conjointes dans le Sinaï.

Le vendredi, l’Iran a souligné la nécessité d’une coopération régionale « pour lutter contre la menace terroriste en Egypte ».

L’objectif principal des attaques de jeudi était El-Arish, la capitale provinciale. Des militants y ont tiré des roquettes sur un QG de la police, une base militaire et un complexe résidentiel des forces de sécurité, selon des responsables.

Un attentat à la voiture piégée et une attaque contre un poste de contrôle militaire au sud d’El-Arish ont suivi.

Séparément, un officier de l’armée a été tué par l’impact d’une roquette sur un point de contrôle de Rafah, à la frontière avec Gaza.

Les responsables ont déclaré qu’au moins 62 personnes ont été blessées dans les attaques.

Ansar Bayt al-Maqdis a affirmé sur Twitter qu’il avait « perpétré des attaques d’envergure et simultanées dans les villes d’El-Arish, Cheikh Zoweid et Rafah ».

En novembre, l’organisation a prêté allégeance à l’Etat islamique, qui a pris le contrôle de larges bandes de territoire en Syrie et en Irak.

Mesures de sécurité

L’attaque d’octobre, également à proximité d’El-Arish, a conduit les autorités à construire une zone tampon le long de la frontière de Gaza pour empêcher l’infiltration de militants depuis l’enclave palestinienne.

Elles ont également imposé un état d’urgence et un couvre-feu nocturne dans certaines parties du nord du Sinaï.

« Ces mesures ne sont que des représailles aléatoires qui créent plus de terrorisme, et une conséquence plus grave serait que des résidents puissent s’identifier » avec les extrémistes, a déclaré Ahmed Abdel Rabo, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

L’armée a déclaré que l’attaque de jeudi était le résultat de « l’échec des Frères musulmans… à semer le chaos le jour du quatrième anniversaire de la révolution du 25 janvier. »

Le 25 janvier 2011, des millions d’Egyptiens ont protesté contre le président Hosni Moubarak, le forçant au bout du compte à démissionner.

Lors de la célébration de cet anniversaire en Egypte dimanche, des affrontements entre manifestants et policiers ont fait 20 morts, principalement au Caire.

Depuis l’éviction de Moubarak, l’Egypte est secouée par des troubles politiques et économiques.