Plusieurs personnes haut placées à Jérusalem, au quartier général de Kirya et à l’armée, répètent sans cesse ces deux derniers jours que « le Hamas est frustré » et que « le Hamas veut un cessez-le-feu ». En principe, ils ont raison. Mais ces affirmations doivent être accompagnées de deux mises en garde importantes qui, en pratique, peuvent empêcher la fin de la confrontation.

Il est vrai, dans une certaine mesure, que les dirigeants de Gaza sont frustrés. Ils ne sont pas satisfaits du résultat de leur offensive. Malgré les 1 000 roquettes lancées contre Israël, très peu ont fait de blessés et ces attaques n’ont pas bouleversé plus que ça la vie en Israël.

Le Hamas avait également prévu des plans de grande envergure pour des attaques terroristes à l’intérieur du territoire israélien, mais jusqu’à présent, elles ont toutes été déjouées. Même les attaques sur les communautés et les bases militaires en passant par les tunnels, qui ont été creusés au fil des années, n’ont pas porté leurs fruits grâce aux efforts des renseignements israéliens.

Cependant – et c’est une réserve importante – les dommages causés au Hamas par la campagne de frappes aériennes d’Israël, du moins jusqu’à présent, ont été minimes. Pas un membre haut placé politique ou militaire du mouvement n’a été égratigné par les tirs israéliens.

Pendant ce temps, la capacité de l’organisation à tirer des roquettes sur Israël est restée intacte, tout comme le fonctionnement de son système de commandement et de contrôle.

Selon les évaluations des responsables de la défense israélienne, l’armée israélienne a détruit 2 000 roquettes, qui, avec les 1 000 qui ont déjà été tirées, signifie que l’arsenal du Hamas a diminué d’environ 3 000 roquettes. Le problème, c’est que le Hamas est toujours en possession de 6 à 7 000 roquettes, assez pour continuer à se battre pendant des semaines.

Un autre facteur qui n’est pas moins important pour le Hamas et qui est négligé par les décideurs israéliens est l’opinion palestinienne et arabe.

Il y a quelques semaines, le Hamas était considéré comme une organisation faible et vulnérable, prise en étau entre Israël et l’Egypte. Son régime était sur ​​le point de s’effondrer et le mouvement dans son ensemble avait perdu le soutien de la population en Cisjordanie et à Gaza. Autrement dit, personne dans le monde arabe n’était prêt à parier sur le Hamas.

Et pourtant, en moins d’une semaine, le Hamas est devenu la coqueluche des médias arabes, un héros populaire qui a lancé une pluie de roquettes sur Tel Aviv, Haïfa, et le fameux réacteur de Dimona. C’est un des points que les dirigeants politiques et militaires d’Israël ne prennent pas en compte.

Bien qu’il puisse être frustré par son incapacité à infliger des pertes en Israël, le Hamas profite de sa nouvelle popularité et célèbre le regain d’intérêt des Arabes et des Palestiniens dans la bande de Gaza. Il sait aussi que dans le cadre d’un futur arrangement, l’Egypte devra en tenir compte et ne sera plus en mesure d’ignorer la bande de Gaza.

Cela nous amène à la deuxième mise en garde : le Hamas a l’intention de dicter ses propres conditions pour un cessez-le-feu.

Après seulement deux jours de combats, les membres de l’aile militaire du groupe ont réuni une conférence de presse au cours de laquelle ils ont posé leurs exigences. Israël a interprété cela comme une marque de faiblesse, mais il y a des raisons de penser que ce n’est pas nécessairement le cas. Au contraire, le Hamas souhaitait présenter à son public les raisons du lancement de la campagne.

Depuis, le Hamas a réitéré ses demandes, encore et encore, y compris dimanche dernier, quand le porte-parole, Sami Abu Zuhri, a déclaré que l’offre d’Israël du « calme pour le calme » était inacceptable pour l’organisation.

Contrairement à l’opinion de certains hauts responsables israéliens, le Hamas ne semble pas être pris de panique ni sur le point de s’effondrer. Loin de là : la plupart des personnes qui entrent en contact avec le Hamas ces derniers jours ont l’impression que l’organisation ne veut pas arrêter le combat sans marquer un coup d’éclat.

Qu’est-ce qui pourrait constituer un coup d’éclat ?

Un membre du Hamas a déclaré que son organisation va insister sur la libération des anciens prisonniers, qui ont été libérés en vertu de l’accord Gilad Shalit, mais qui ont été de nouveau arrêtés après l’enlèvement et le meurtre de trois adolescents Israël le 12 juin. En Israël, ils ne vont pas se bousculer pour accepter cette idée.

Pas moins importante pour l’organisation est la question de l’ouverture permanente du passage de Rafah en Egypte. Sauf que pour cette exigence, Israël dépend de la bonne volonté du Caire. Pour le moment, au moins, Le Caire exige qu’en échange de l’ouverture du passage de façon permanente, le Hamas doit accepter que les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne y soient postées ; c’est-à-dire, les gens du président de l’AP Mahmoud Abbas.

En outre, les Égyptiens réclament le déploiement des forces d’Abbas le long de la route de Philadelphie, qui longe la frontière entre Gaza et l’Egypte.

Un autre problème qui pourrait survenir dans ce contexte est qu’on s’attend à ce que le Caire, dans le cadre d’un tel accord, demande l’extradition de 30 membres recherchés d’organisations djihadistes qui se cachent dans la bande de Gaza.

Israël ne devrait pas s’opposer à l’ouverture du passage de Rafah. Il n’est pas possible pour l’instant de prédire quelle sera la position du Hamas sur le déploiement du personnel de l’AP là-bas. La présence d’hommes armés du Fatah serait un premier signe du retour, d’une manière ou d’une autre, d’Abbas dans la bande de Gaza.

Dans le même temps, Israël est en train de cimenter sa propre position.

L’essentiel des messages transmis de Jérusalem par divers émissaires voyageant le long de la ligne Tel Aviv-Le Caire-Doha est qu’Israël n’a pas l’intention de consentir à un cessez-le-feu qui ne garantira pas la destruction des roquettes existant dans la bande de Gaza et qui ne mettra pas fin à la capacité du Hamas d’en fabriquer de nouvelles.

Il est difficile d’imaginer un scénario dans lequel le Hamas accepterait une telle condition. Et même s’il était d’accord, il est douteux que cela durerait longtemps – et le plus gros problème est là : en l’absence d’un changement réel et important dans le Sud, ce n’est qu’une question de temps avant la prochaine vague de combats dans la bande de Gaza.