Le discours de mercredi du chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, au Qatar, n’augurait rien de bon. D’une façon ou d’une autre, Meshaal a clairement indiqué que les combats se poursuivront probablement, et longtemps. La position qu’il a présentée, acceptée par toutes les ailes du Hamas – militaire et politique, à Gaza et à l’étranger – est qu’il n’y aura pas de cessez-le feu sans levée complète du blocus sur la bande.

Cette réalité n’est pas facile pour Israël. Devant une proposition juste du leadership politique et sécuritaire d’Israël, l’espoir, même l’hypothèse, fut que le Hamas mette un terme à ses attaques, abandonne, ou modère ses exigences. Mais on est loin de la réalité.

Le Hamas est catégorique : il continuera à se battre jusqu’à ce que l’Egypte et Israël acceptent ses exigences, en partie parce que c’est le désir de la population. Étant donné le très lourd tribut payé par les Gazaouites, ceux-ci insistent pour un changement réel et ne se contenteront pas d’un retour au statu quo.

Meshaal a établi une position de négociation difficile, mais le fait est que le Hamas n’a pas été suffisamment endommagé et ne ressent pas de menace existentielle, c’est pourquoi il ne recherche pas le compromis, et encore moins la capitulation. Ses branches militaires et politiques sont saines et sauves, ses hommes armés tuent des soldats de Tsahal, et ses capacités de roquettes ont été légèrement affaiblies mais pas détruites.

Par conséquent, le public israélien doit comprendre que cette opération peut durer pendant un long moment encore. L’armée poursuivra ses activités dans les prochains jours, jusqu’à ce que le dernier des tunnels soit rayé. La question concerne le lendemain des combats.

Israël devra choisir entre des options difficiles. La première consiste à maintenir ses positions actuelles à quelques kilomètres dans la bande de Gaza, sans approfondir l’incursion. Mais cela exposerait les troupes à des attaques sans autres gains, et peu susceptibles de toucher les échelons politiques et militaires du Hamas.

Deux autres options sont plus probables. La première consiste à élargir l’offensive terrestre afin de vaincre le Hamas ou de le forcer à capituler.

Le problème est que cela signifierait la perte de dizaines d’autres soldats, un séjour long et sanglant dans la bande de Gaza, un renversement de l’opinion de la communauté internationale contre Israël et la fin du consensus public israélien. La seconde est un retrait israélien unilatéral de Gaza, avec une déclaration de cessation des hostilités, semblable à celle qui a mis fin à l’opération Plomb durci en 2009. Cela dans l’espoir que le Hamas comprenne la nécessité de mettre fin à ses attaques sous peine de payer un prix encore plus lourd.

À l’heure actuelle, cette dernière option semble la plus saine et la plus probable. Il y a juste un problème : il n’est pas du tout évident que le Hamas l’accepte. Hamas peut poursuivre ses tirs de roquettes, même après un retrait de Tsahal, et essayer d’entraîner Israël dans une guerre d’usure. En outre, cette option ne résoudrait rien à long terme. Hamas reprendrait la construction de ses tunnels et se réarmerait de roquettes à longue portée, susceptibles de causer plus de dommages à Israël dans le prochain cycle de conflit.

Pourtant, cette option peut être adoptée dans les prochains jours, et intégrée dans l’annonce d’un « cessez-le-feu humanitaire ». En d’autres termes, une fois l’opération contre les tunnels terminée – peut-être dans deux ou trois jours – Israël pourrait annoncer la fin de l’offensive terrestre et le début d’un cessez-le feu humanitaire à la veille de l’Aïd al-Fitr, au début de la semaine prochaine. Mais le Hamas pourrait reprendre ses salves de roquettes quelques jours plus tard. Nous verrons.

A la question d’une possibilité d’un cessez-le-feu unilatéral d’Israël, Meshaal a répondu mercredi soir : « Nous jugerons cela au moment opportun ».

Meshaal semblait très sûr de lui, déclarant que c’est Israël qui est maintenant en état de siège (compte tenu des interdictions de vols internationaux), pas la bande de Gaza. Mais il exerce un leadership à longue distance. Il est au Qatar, pas à Gaza. « Nous sommes prêts à mourir et pas seulement pour obtenir la levée du siège », dit-il, comme s’il parlait d’un tunnel dans Shejaiya et pas un hôtel de luxe à Doha.

Il rejette l’idée de désarmement du Hamas et la proposition égyptienne d’un cessez-le-feu immédiat, suivi par des négociations. Le Hamas serait favorable à un cessez-le-feu humanitaire, dit-il, mais pas du genre de celui proposé. Ne croyez pas que la trêve humanitaire à court terme se transforme en un accord plus permanent, a-t-il indiqué.

Meshaal a affirmé que le Secrétaire d’État John Kerry a appelé ses amis au Qatar et en Turquie au début du conflit et leur a demandé de négocier un cessez-le-feu. Si cela est vrai, cela relèverait du scandale parce que cela signifierait Kerry a coupé l’herbe sous le pied de la proposition de cessez-le-feu égyptienne.

Israël et le Hamas maintiennent tous deux qu’ils sont en train de gagner et que l’ennemi pliera dans quelques jours, voire quelques heures. C’est le sentiment des habitants de Gaza et des Israéliens, mais la réalité est plus complexe et plus problématique : des deux côtés, il y a suffisamment de volonté, de motivation et de capacité pour continuer à se battre, et pas assez pour s’arrêter.