Un responsable du Hamas a critiqué le président syrien Bashar el-Assad pour avoir « lésé » son organisation en l’accusant d’avoir pactisé avec l’opposition syrienne dès janvier 2012.

Dans une confrontation publique inhabituelle, le chef-adjoint politique du Hamas, Moussa Abu Marzuk, a déclaré que son mouvement savait qu’Assad risquait de beaucoup perdre avec sa décision « morale et politique » de quitter Damas dès les premiers jours de l’insurrection syrienne.

« Par respect, nous nous sommes forcés à prendre cette décision et à nous retirer des affaires intérieures de la Syrie », a écrit Abou Marzouk sur sa page Facebook dimanche. « Nous n’avons jamais publié une déclaration attaquant ou condamnant le régime syrien. »

Lors d’une réunion, la semaine dernière, avec les dirigeants palestiniens établis, Assad a évoqué les circonstances qui ont conduit le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, à quitter le pays. Meshaal, d’après Assad, avait proposé sa médiation entre son régime et celui des Frères musulmans syriens avant même le début du printemps arabe.

« J’ai dit à Meshaal : « Vous êtes un Palestinien et un combattant et je vous demande de ne pas intervenir dans les affaires internes d’un pays arabe. Notre problème avec les Frères musulmans est une affaire syrienne interne, vous devriez en rester extérieur », aurait dit Assad cité par le site news palestinien Donia Al-Watan.

Lorsque l’agitation populaire a commencé à agiter la Syrie au cours des premiers mois de 2011, Assad a déclaré qu’il avait rencontré une délégation du Hamas dirigée par Meshaal qui était « plus extrême que moi » quant à la nécessité d’éradiquer la dissidence.

« Il a exigé que nous opprimions et que nous liquidions ce mouvement avec toute sa force, car cela représentait une conspiration internationale contre la Syrie », a rappelé Assad. « Meshaal a fait savoir que nous ne devrions avoir aucune pitié envers eux, car ils collaborent avec l’Amérique et Israël. »

Mais alors que le soulèvement a pris forme, le régime d’Assad a commencé à noter la participation du Hamas aux côtés de l’opposition, mettant à mal une longue tradition palestinienne de non-implication dans la politique syrienne. La propre fille de Meshaal? et son gendre, ont été arrêtés par les forces syriennes en train de transporter des armes, a même remarqué Assad.

« Ils ont profité de l’immunité accordée aux dirigeants du Hamas, de sorte que nous les avons arrêtés puis libérés plus tard », a-t-il confié. « Le grand malheur, c’est que le Hamas a essayé de tromper l’Etat syrien sous le couvert de coopérer avec nous. »

Prétendant que les Frères musulmans se sont effectivement rapprochés de Meshaal et non l’inverse, Abu Marzuk a néanmoins admis que Meshaal a critiqué la conduite des Frères musulmans durant les premiers jours de l’insurrection syrienne.

« Dans son évaluation, à ce moment-là, Abu-Walid [Meshaal] avait blâmé les Frères musulmans syriens de n’avoir pas respecté le régime et de l’avoir affronté » a déclaré Abu Marzuk. Il a également nié les actes subversifs de la part du Hamas, affirmant que « le mouvement a empêché quiconque d’agir en opposition au régime de Damas ».

« Ce qui a peiné Abu-Walid au moment de quitter la Syrie, ce sont les relations chaleureuses avec le président Bachar al-Assad et la faveur que le Hamas avait trouvé auprès de Bashar el-Assad, une chose qu’il n’oubliera jamais », a écrit Abu Marzuk. « Le mouvement n’a jamais cessé de louer ou de remercier la Syrie pour cela, mais l’injustice dans les commentaires du président était trop lourde pour que l’on garde le silence. »