Lors d’une rare rencontre à la suite de la conclusion d’un nouvel accord de réconciliation le 23 avril, Mahmoud Abbas et le chef du mouvement islamiste, Khaled Meshaal, ont réitéré lundi à Doha « leur volonté sérieuse d’ouvrir une nouvelle page fondée sur le partenariat national », selon le Hamas.

Contrairement aux épisodes précédents du feuilleton de la réconciliation depuis 2011, le Hamas n’a émis publiquement aucune réserve sur la composition du gouvernement transitoire de personnalités indépendantes prévu par l’accord, ni sur les promesses de M. Abbas que celui-ci suivrait sa seule politique.

Et le quotidien Al-Qods, publié en Cisjordanie contrôlée par l’Autorité palestinienne et à Jérusalem-Est, a recommencé mercredi à être distribué à Gaza, après l’avoir été brièvement il y a trois ans.

« La chute des Frères musulmans en Egypte et ses conséquences sur Gaza concernant la fermeture des tunnels et le terminal frontalier, ainsi que les difficultés financières, ont contraint le Hamas à rechercher une issue », explique Naji Charab, professeur de science politique à l’Université Al-Azhar de Gaza, en référence aux tunnels de contrebande qui atténuaient l’impact du blocus israélien.

« Le mouvement a donc avancé vers la réconciliation, la meilleure option pour être accepté internationalement », poursuit-il, estimant que « la relation du Hamas avec l’Egypte va s’améliorer dans le cadre de la réconciliation palestinienne ».

« La série de revers des Frères musulmans dans la région, en particulier en Egypte, a aidé les dirigeants pragmatiques, tels que Meshaal, Moussa Abou Marzouk (numéro 2 du mouvement, NDLR) et (le chef du gouvernement du Hamas) Ismaïl Haniyeh, à faire accepter au courant radical la relance de la réconciliation », précise l’analyste politique Hani Habib.

Le mouvement s’est résolu à « confier les affaires à l’Organisation de libération de la Palestine et à l’Autorité palestinienne pour transformer le Hamas en partenaire politique reconnu et accepté régionalement et internationalement sans devoir faire de concession politique, comme reconnaître Israël« , ajoute-t-il.

Position de faiblesse ?

Selon Ephraïm Halévy, un ancien chef du Mossad, le service de renseignements israélien, « c’est l’un des moments les plus difficiles pour le Hamas, qui s’est précipité dans les bras de son ennemi juré, le Fatah après une longue série de défaites ».

Dans une tribune publiée la semaine dernière, l’ex-maître espion conseille au « gouvernement israélien d’envisager sérieusement d’éradiquer le Hamas par surprise » ou bien, de « parler au mouvement islamiste justement au moment où il est en position d’infériorité ».

Le Hamas a analysé les événements régionaux et envisage désormais de « renoncer au gouvernement à Gaza, encouragé par l’expérience du mouvement islamiste en Tunisie », qui a cédé en janvier les rênes du gouvernement, confirme un responsable du mouvement, Ahmad Youssef.

L’expérience du pouvoir à Gaza depuis 2007 « a prouvé que le gouvernement était un fardeau qui épuise les énergies et sape la popularité du Hamas », souligne-t-il.

Selon Walid al-Moudallal professeur de science politique à l’Université islamique de Gaza, « le Hamas s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas combiner son statut de mouvement de libération et de résistance avec l’action politique, comme l’ont confirmé les changements régionaux ».

« La tendance au sein du mouvement est qu’il est préférable de quitter le pouvoir et de préserver les positions du Hamas, ses forces militaires et de sécurité sur le terrain », indique-t-il.

Moussa Abou Marzouk a d’ailleurs souligné samedi qu’il n’avait « pas été question » dans les discussions de réconciliation d’un éventuel désarmement de la branche militaire du Hamas.

Mais le secrétaire général du gouvernement du Hamas, Abdessalam Siyam, a annoncé dimanche « des procédures administratives en vue du retour de 3 000 membres des forces de sécurité de Ramallah (de l’Autorité, NDLR) pour travailler dans les services de sécurité à Gaza ».

Naji Charab prédit que « le courant radical du Hamas va reprendre des forces en gagnant du temps sur des dossiers importants, comme la sécurité et les finances, qui constituent des champs de mines sur le chemin de la réconciliation ».

Adnane Abou Amr, professeur de science politique à l’Université Oumma à Gaza, juge un nouvel échec « possible », mais met en garde contre « une rechute de la réconciliation qui aurait des conséquences désastreuses pour les deux parties ».