Quelque chose de relativement nouveau est en train de se passer à la frontière entre Gaza et Israël.

Quelque chose de visible, même à l’œil nu : de plus en plus de troupes armées du Hamas sont en mouvement, à deux pas de la clôture servant de frontière, peut-être pour habituer les Israéliens à leur présence dans les parages.

Difficile de savoir pourquoi ils sont là. Une partie des troupes du Hamas mène des opérations de sécurité, tandis que d’autres équipes sont en formation dans des camps très proches de la frontière, comme celui établi sur les ruines de Dugit, une implantation juive évacuée en 2005.

Bien sûr, on ne peut pas exclure la possibilité que le Hamas, en habituant les Israéliens à voir des hommes armés du Hamas à seulement 300 mètres de la frontière, cherche à préparer un raid surprise à l’intérieur du territoire israélien en cas de guerre ou d’escalade des tensions. Ou peut-être que l’objectif, en particulier en ce qui concerne la formation au sein des camps du Hamas, est de créer un effet de dissuasion pour Israël.

Quel qu’en soit le but, il est clair que le Hamas a récemment formé ses troupes pour d’autres buts que les tirs de roquettes ou les attaques de commandos en mer, comme elles l’ont fait pendant la guerre de l’été dernier.

L’aile militaire du Hamas a mené l’infanterie et des exercices de combat en zone urbaine au niveau du peloton, de la compagnie et même au niveau de la division.

En d’autres termes, il est possible qu’en parallèle avec ses méthodes habituelles de fonctionnement pendant la guerre (commandos depuis les tunnels, la mer et l’air), le Hamas tentera la prochaine fois de piller une communauté israélienne ou une base de l’armée, tuant autant de civils et de soldats que possible.

L’entraînement à la guerilla urbaine (en lançant des grenades sur les bâtiments, avant de tirer) est similaire aux exercices de troupes d’infanterie d’Israël. Nous ne pouvons que deviner les intentions du Hamas au sujet de ces exercices de combat en zone urbaine.

Son objectif est peut-être simplement de dissuader Israël de se lancer dans des combats dans la bande de Gaza, car l’organisation est bien consciente qu’un seul raid de l’une de leurs équipes sur une communauté israélienne pourrait entraîner des dizaines de morts du côté palestinien.

Ce modèle relativement nouveau n’est toutefois pas totalement inconnu des Palestiniens.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a parlé à quelques reprises au cours des deux dernières années de « la conquête de la Galilée », s’il devait y avoir une autre guerre avec Israël.

Bien sûr, il ne faisait pas allusion à une réelle appropriation des territoires d’Israël. Il évoquait une éventuelle attaque d’une communauté près de la frontière, avec la mort d’autant de personnes, civiles ou militaires, que possible.

Une telle attaque aurait un effet dévastateur sur le moral d’Israël. C’est peut-être la raison pour laquelle le Hamas s’efforce de former ses troupes à une telle éventualité, en gardant un œil sur une guerre en territoire israélien. En somme, aller à l’offensive plutôt que de rester sur la défensive.

Le Hamas a mené des initiatives similaires au cours de la guerre de l’été dernier, en tentant un raid en mer et en planifiant une attaque terroriste à grande échelle en utilisant les tunnels creusés près du kibboutz Kerem Shalom.

Le Hamas peut aller plus loin lors d’un prochain conflit. Peut-être même en amorçant la guerre en prenant Israël par surprise, grâce aux dizaines de soldats d’assaut massés près de la barrière frontalière et en kidnappant un ou plusieurs soldats israéliens.

S’agit-il d’un scénario imaginaire ? Peut-être. Mais c’est intéressant de remarquer que, pendant un exercice de formation, plus d’une centaine de troupes du Hamas ont été vues s’essayer à l’attaque.

En même temps, le Hamas a travaillé avec diligence sur d’autres méthodes pour une future guerre : raids de commandos, production massive d’obus de mortier à courte portée (y compris ceux avec de grandes ogives) et, bien sûr, le projet de construction de tunnels.

Même si le but de toutes ces activités est de dissuader Israël, peut-être qu’un autre objectif est de marquer un succès pour le Hamas dans le prochain conflit avec l’armée israélienne, après ce que les habitants de Gaza ont perçu comme une défaite dans la guerre de l’été dernier.

Ce qui peut nous aider à comprendre pourquoi les dirigeants du Hamas ne veulent pas d’une escalade, même s’ils s’entraînent, recrutent et équipent leurs troupes. Ils sont bien conscients du prix que cela pourrait leur coûter. Même les commandants d’escadre militaire Mohammed Deif, Marwan Issa, ou le haut fonctionnaire de longue date Yahya Sinwar et son frère Muhammad, ne font pas pression pour passer à l’action.

Malgré les différences qui se creusent et le manque de confiance qu’ils entretiennent avec la direction politique, principalement celle située à l’étranger et dirigée par Khaled Mashaal, ils se rendent compte qu’un nouveau cycle de violences avec Israël nuirait au soutien au Hamas et causerait encore plus de dommages à son infrastructure militaire à Gaza.

Les frères Sinwar semblent être une force montante dans l’aile militaire du Hamas. Yahya, le frère aîné, a été libéré de prison en Israël lors de l’échange de prisonniers pour Gilad Shalit, en octobre 2011. Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’aile militaire du Hamas à Gaza et était présent lors de la formation du groupe, tout comme le Sheikh Ahmed Yassin.

A cause de sa peine de prison, il a été mis à l’écart du pouvoir, mais il a rejoint la direction des ailes politiques et militaires après sa libération.

Sa relation avec son frère Muhammad, qui est considéré comme un commandant de brigade de premier plan dans l’aile militaire, crée un important canal reliant les départements politiques et militaires du Hamas et renforçant la position de Yahya.

Muhammad n’est pas considéré comme un partisan enthousiaste de Mashaal, qui s’est attiré un grand nombre de critiques, surtout dans la bande de Gaza, pour la façon dont il a mené la guerre de l’été dernier (depuis les hôtels cinq étoiles du Qatar) et est désormais controversé pour ses relations problématiques avec l’Iran.

Il existe une réelle possibilité que Sinwar succédera à Mashaal en tant que chef de l’aile politique lors de la prochaine élection. En effet, Mashaal n’a réussi que de justesse à conserver sa position lors du dernier scrutin.

Les temps sont difficiles pour le Hamas. La mauvaise situation économique dans la bande de Gaza, la baisse de sa popularité, les conséquences dévastatrices de la dernière guerre et son isolement sur la scène arabe : tout ceci fait vaciller son fonctionnement dans la bande de Gaza.

Les personnalités du Hamas ne sont donc pas à la recherche d’une escalade. Mais c’est toujours intéressant de relever que le Hamas souhaite éviter d’être perçu comme ayant cédé devant « les Juifs ».

Après qu’Israël a attaqué des positions du Hamas il y a environ deux semaines en représailles à des tirs de roquettes, le Hamas a averti que si Israël bombardait un autre de ses attributs, des roquettes seraient lancées sur le territoire israélien.

La semaine dernière, nous avons vu comment l’armée a répondu aux tirs de roquettes sur Israël : en bombardant une zone ouverte. Bien sûr, il n’y a pas eu de victimes.

Egypte

Pendant ce temps, Le Caire a finalement décidé de nommer un ambassadeur en Israël.

Et le passage frontalier de Rafah dans la bande de Gaza a été ouvert dans les deux directions pendant plus d’une semaine, ce qui n’est presque jamais arrivé depuis la révolution en Egypte en 2011.

La décision a été commentée dans les médias israéliens, pour tenter d’expliquer ces mesures. Il semble que l’Egypte de Abdel Fattah al-Sissi essaie de faire plusieurs choses en même temps.

La première était de préserver l’état de calme. Au regard de la mauvaise situation économique dans la bande de Gaza, Le Caire voulait faire en sorte de maintenir le calme, et l’ouverture du passage de Rafah a été utilisée à ce but. Il s’agissait également d’un geste en direction du Hamas.

Les responsables égyptiens ont réalisé que le Hamas avait finalement commencé – modérément – à agir contre la contrebande d’armes et d’hommes armés de Gaza vers le Sinaï, et ils ont décidé de ‘laisser une porte ouverte’ pour le Hamas.

La lutte contre les terroristes dans le Sinaï a également entraîné un calme relatif, et l’armée égyptienne a remporté plusieurs victoires.

Tout récemment, les troupes égyptiennes ont enlevé aux terroristes la route entre Sheikh Zaweed  et El Arish et mis en place cinq nouveaux avant-postes. Mais aucune décision n’a encore été prise sur le changement de sa politique envers le Hamas.

Le Caire exige toujours que seuls les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne puissent être stationnés à la frontière de Rafah pour s’assurer de son ouverture régulière. (L’une des idées récemment soulevées par les délégués de l’ONU et le quartet international au sujet de l’ouverture des passages frontaliers vers et depuis Gaza était la présence des forces de sécurité de l’AP du côté égyptien. Les Egyptiens ont qualifié cette proposition de ridicule.)

Par ailleurs, les responsables du Caire estiment que les prochaines semaines seront cruciales pour la diplomatie entre Israël et l’Autorité palestinienne.

À la lumière du projet des Palestiniens consistant à impliquer la Cour pénale internationale de La Haye et d’autres organisations internationales, les Egyptiens voulaient nommer un ambassadeur expérimenté en Israël qui pourrait être en mesure de servir de médiateur entre les deux parties et calmer le jeu une fois de plus.

À bien des égards, Le Caire veut retrouver son ancien statut en tant que médiateur, principalement dans le cadre des pourparlers de paix.