Le Hamas prévoirait de soutenir la mise en place d’un état palestinien le long des lignes de 1967, une initiative qui pourrait représenter un glissement monumental par rapport à la politique de longue date du groupe, qui revendique toutes les terres de la Palestine historique, et ce même s’il ne reconnaît toujours pas la légitimité d’Israël.

La nouvelle politique sera annoncée dans des amendements apportés à la nouvelle charte du Hamas, qui devrait être rendue publique au mois d’avril, après que le bureau politique a achevé ses élections internes, a rapporté mardi le quotidien pan-arabe a-Sharq al-Awsa, citant des sources internes au groupe terroriste islamiste.

Cette nouvelle politique est actuellement élaborée afin d’engager des partenaires régionaux et internationaux tels que l’Egypte, indique l’article.

Cette annonce survient après un certain nombre de déclarations faites par des dirigeants du Hamas ces derniers mois, selon lesquelles le groupe reconnaîtra les frontières de 1967, mais pas l’Etat d’Israël.

Le Hamas est un groupe terroriste qui cherche à détruire Israël et s’est opposé à l’Etat juif au cours de trois conflits majeurs depuis qu’il s’est emparé de la bande de Gaza en 2007. Au cours des années, il a tiré des milliers de roquettes contre Israël, creusé des tunnels transfrontaliers pour mener des attaques et orchestré des attentats suicides qui ont tué des centaines d’Israéliens.

Des membres des forces de sécurité palestiniennes du Hamas présentent un faux raid contre un poste de l'armée israélienne pendant la cérémonie de fin d'un programme de formation militaire du Hamas, à Gaza Ville, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Des membres des forces de sécurité palestiniennes du Hamas présentent un faux raid contre un poste de l’armée israélienne pendant la cérémonie de fin d’un programme de formation militaire du Hamas, à Gaza Ville, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

« Tous les organismes du Hamas, qu’ils soient affiliés à son aile politique ou à ses brigades militaires, ont contribué à élaborer cette déclaration », ont indiqué des sources proches du groupe.

Le discours des « lignes de 1967 » se réfère généralement aux lignes qui séparaient Israël et les territoires que l’Etat Juif a conquis en 1967, lors de la guerre des Six Jours sur la Jordanie (Jérusalem et Cisjordanie), l’Egypte (bande de Gaza et Sinaï), et la Syrie (plateau du Golan).

Les amendements de la charte auraient été peaufinés lors d’une réunion organisée à Doha, au Qatar, à laquelle assistaient le président sortant du bureau politique du Hamas Khaled Meshaal, son successeur présumé, l’ancien Premier ministre de Gaza Ismail Haniyeh; et le haut responsable du Hamas Moussa Abu Marzouk. L’article n’a pas précisé quand cette rencontre avait eu lieu.

Le Hamas prévoirait également de rompre officiellement ses liens avec l’organisation des Frères musulmans, selon l’article.

Les amendements à la charte devraient appeler à « la séparation de toute entité ou organisation étrangère ».

Le Hamas a été fondé à la fin des années 1980 en tant que branche palestinienne des Frères musulmans.

Le Hamas a également l’intention de déclarer qu’il ne s’oppose « qu’à l’occupation israélienne », excluant le mot « Juifs », un effort visant à écarter les accusations d’antisémitisme formulées à son encontre.

La charte actuelle du Hamas, écrite en 1988, est un cocktail de tropes nazis, communistes, antisémites, islamistes et de théories du complots. Elle établit notamment que ce sont les Juifs qui sont à l’origine des révolutions française, russe et des deux guerres mondiales, qu’ils contrôlent les médias et les Nations unies, qu’ils ont infiltré les Franc-Maçons et qu’ils ont financé de leurs propres deniers le colonialisme.

Au mois de janvier, le responsable du Hamas Osama Hamdan avait déclaré à Al-Jazeera que « vous découvrirez dans ce document des mots clairs contre les sionistes, contre l’occupation de nos terres. Nous résisterons aux occupants, peu importe qui ils sont. Et nous ne sommes opposés à personne en terme de religion ou de race. »

Un Palestinien aide un petit garçon à enflammer un drapeau israélien pendant la cérémonie de fin d'un programme de formation militaire du Hamas, à Gaza Ville, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Un Palestinien aide un petit garçon à enflammer un drapeau israélien pendant la cérémonie de fin d’un programme de formation militaire du Hamas, à Gaza Ville, le 22 janvier 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Alors que Hamdan semblait s’être efforcé de démontrer que le Hamas n’était pas antisémite (et il n’est pas le premier dirigeant du groupe à le faire), les médias officiels du Hamas abondent de messages antisémites, souvent enveloppés dans une rhétorique islamique.

Lors d’une émission diffusée en direct par la télévision du Hamas, la chaîne Al Aqsa, au début du mois, le député du Hamas Marwan Abu Ras a accusé les Juifs de recruter des prostituées dans l’armée « afin d’attirer les Arabes dans des pièges » et ajouté que les commandants juifs envoient « des jeunes filles infectées par le SIDA forniquer avec les jeunes Arabes. »

« Mes frères, sachez que les gens, les pierres et les arbres haïssent tous les Juifs. Tout le monde sur cette terre hait cette sale nation, une nation qui n’appartient pas à l’Humanité. Ce fait a été prouvé dans le Coran et dans la Sunna », avait indiqué Abu Ras.

Tandis que les dirigeants du Hamas ont parfois déclaré aux médias anglophones qu’ils accepteraient un état sur les lignes antérieures à 1967, les porte-paroles et les médias officiels du groupe terroriste continuent presque quotidiennement à promettre de retrouver toute la terre de la Palestine historique, dont l’Etat d’Israël, dans son intégralité.