Dernière volte-face en date, l’annonce cette semaine par la formation terroriste qu’elle cèdera aux demandes du Fatah de Mahmoud Abbas, son rival politique en Cisjordanie, en vue de parvenir à une réconciliation palestinienne.

Reconnue par la communauté internationale, l’Autorité palestinienne d’Abbas, est à couteaux tirés avec le Hamas depuis que celui-ci l’a évincée de la bande de Gaza au prix d’une quasi-guerre civile en 2007.

Depuis, les tentatives de réconciliation ont échoué.

Le Hamas tente aussi de reconstruire ses relations avec l’Iran et l’Egypte –mises à mal pour diverses raisons– afin d’alléger la pression qui pèse sur lui.

Le mouvement terroriste palestinien fait en effet face à une crise humanitaire qui va en empirant dans la bande de Gaza qu’il contrôle.

L’enclave palestinienne, ravagée par trois guerres avec Israël depuis 2008, manque d’électricité, d’eau potable et enregistre un des taux de chômage les plus élevés au monde.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies au siège de l'ONU à New York, le 20 septembre 2017 (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York, le 20 septembre 2017 (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

Elle est soumise à un blocus israélien depuis une décennie, et l’Egypte a maintenu presque tout le temps fermé son point de passage avec Gaza ces dernières années.

Et le Qatar, l’un des principaux soutiens financiers du Hamas, a récemment diminué son appui, selon des analystes, gelant certains projets.

L’Autorité palestinienne, furieuse de la création en mars de ce qu’elle considère comme un gouvernement rival à Gaza, a elle aussi fait monter la pression, réduisant les paiements destinés à la fourniture d’électricité et aux salaires des fonctionnaires à Gaza.

Fatigués des coupures d’électricité, des milliers de personnes ont manifesté leur mécontentement dans les rues en janvier, accentuant encore les difficultés pour le Hamas.

Rouvrir la frontière

Le mouvement terroriste mise sur une réouverture de la frontière avec l’Egypte, qui permettrait d’alléger le blocus étouffant auquel est soumis Gaza.

Les relations entre Le Caire et le Hamas s’étaient brusquement tendues en 2013 après la destitution par l’armée du président Mohamed Morsi, le leader des Frères musulmans mouvement dont le Hamas est issu. M. Morsi a été remplacé par Abdel Fattah al Sissi.

Pour convaincre l’Egypte, le Hamas a dû lâcher du lest et s’engager envers une réconciliation palestinienne défendue par Le Caire.

« L’histoire de la réconciliation est du théâtre destiné à un public largement égyptien », a déclaré à l’AFP Grant Rumley, chercheur pour le centre de réflexion américain Foundation for Defense of Democracies, et auteur d’un récent livre sur Mahmoud Abbas.

Il doute toutefois que les mesures annoncées par le Hamas se traduisent par des changements concrets.

Soutien iranien

Les nouveaux dirigeants du Hamas ont aussi recollé les morceaux avec l’Iran, ancien allié et ennemi juré d’Israël.

En mars, le Hamas a élu à la tête de la bande de Gaza Yahya Sinwar, un ancien chef de sa branche armée, les brigades Ezzedine Al-Qassam.

Le chef du groupe terroriste du Hamas à Gaza Yahya Sinwar lors d'une rencontre dans la ville de Khan Yunis, dans le sud de Gaza, le 22 juillet 2017 (Crédit : Said Khatib/AFP PHOTO)

Le chef du groupe terroriste du Hamas à Gaza Yahya Sinwar lors d’une rencontre dans la ville de Khan Yunis, dans le sud de Gaza, le 22 juillet 2017 (Crédit : Said Khatib/AFP PHOTO)

Deux mois plus tard, Ismaïl Haniyeh est devenu le nouveau chef politique du mouvement, remplaçant Khaled Meshaal.

Yahya Sinwar a envoyé des responsables du Hamas en visite secrète à Téhéran afin de rétablir les relations, ont indiqué des membres du Hamas et des analystes.

Pendant des années, Téhéran était le principal mentor du Hamas jusqu’à ce que le mouvement islamiste prenne ses distances avec le régime syrien de Bachar al-Assad avec le début de la guerre en Syrie en 2011. Or l’Iran est un des principaux alliés du régime Assad.

Selon une source du Hamas, le soutien financier iranien s’élève désormais à 15 millions de dollars (12 millions d’euros) par mois.

Yahya Sinwar a déclaré le mois dernier, lors d’un rare point de presse, que l’Iran était de nouveau le « principal fournisseur » pour « les armes, les finances et les entraînements » de la branche armée du Hamas à Gaza.

Le rapprochement avec le Hamas a aussi du sens pour Téhéran qui « comprend que le Hamas est un front avancé (…) à la frontière avec Israël », estime le politologue gazaoui Ahmed al-Wadia.